Lettre de G. Hartmans, ami d’Albert Dürer, à M. Buchler
l’habileté avec laquelle le vieux et sage Théophraste avait su les exprimer*. » Il avait une âme ardente qui le poussait vers tout ce qui est honorable ; aussi mérita-t-il le renom de très-honnête homme. Mais autant la vertu de sa femme était morose et chagrine, autant celle d’Albert Dürer était aimable. Après avoir su jouir dans sa jeunesse de tout ce qui peut égayer la vie, sans être contraire aux devoirs et au bien, il en approuva constamment l’usage dans sa vieillesse. Il aimait les distractions gymnastiques ainsi que la danse, et affectionnait tout particulièrement la musique.
Quelques années après son mariage, en 1502, Albert Dürer perdit son père. Ce pieux vieillard, dont la vie s’était tout entière partagée entre le travail et les soins qu’il donnait à sa famille, vit venir la mort sans la redouter. Il mourut plein de résignation, en recommandant à sa femme et à ses trois fils (seuls enfants qui lui restassent des dix-huit qu’il avait eus) de vivre selon les préceptes de Dieu. Il chargea Albert Dürer, dont il fut assez heureux pour voir les premiers succès, de veiller sur sa famille qu’il laissait pauvre. Albert, se conformant aux volontés de son père, fit entreprendre un voyage à son frère Andréas^, pour qu’il se perfectionnât dans la peinture, prit chez lui Hans^ et, deux ans après, sa mère, à laquelle il ne restait rien pour vivre.
Peu après ce malheur, Wilibald Pirkheimer, qu’il « aimait comme un père, » aux conseils et à la bourse duquel il avait souvent recours, vit mourir sa femme, et cette perte fut également douloureuse aux deux amis. Albert Dürer la peignit sur son lit de mort, tenant entre ses mains défaillantes un cierge, et recevant l’extrême-onction'^.
Par une de ces ironies trop fréquentes, la mort frappait une femme modèle de grâce et de bonté, brisait un mariage cimenté par l’amour, et laissait subsister une union que la discorde troublait sans cesse. Albert Dürer, naturellement doux, devenait tous les jours plus incapable de lutter contre le caractère intraitable et plein de dureté d’Agnès. Aussi fut-il heureux de trouver un prétexte pour échapper à la domination de cette nouvelle Xantippe. Vers la fin de 1505, il partit pour Venise, devant à la générosité de Pirkheimer l’argent nécessaire pour accomplir son voyage.. Il aurait désiré emmener avec lui son frère Hans, pensant que le séjour de Venise lui serait utile, ne fût-ce que pour apprendre la langue ita-
'I. OE livres de Pirkheimer, p. 212.