‹ Albrecht DürerChapitre 3 sur 34 · Il devint peintre du roi de Pologne · texte numérisé non relu

Il devint peintre du roi de Pologne

4. Ce tableau, qui se trouvait encore, du temps du biographe de Pirkheimer, chez Jean Imhof, petit-fils de Pirkheimer, a disparu depuis.

Tienne ; mais sa mère « craignit que le ciel ne tombât sur tous deux, )> et il dut se rendre seul à cheval en cette ville, où son frère Andréas, encore en voyage, ne tarda poini à venir le retrouver'.

La renommée de son talent avait franchi les Alpes. Aussi à peine fut-il arrivé à Venise, qu’il reçut la commande d’un tableau pour le Fondaco dei TedeschF. Délivré des tracasseries de sa femme, fêté, recherché par lesWelches^ il regrettait peu le séjour de Nuremberg, et passait gaiement le temps « au milieu d’une société composée de gens affables et sensés, savants et bons musiciens, comprenant la peinture et nobles de cœur. » Mais Albert Dürer observait son monde et savait démêler, parmi les braves gens qui l’entouraient, ceux qui au contraire méritaient peu sa considération. « 11 y en a beaucoup parmi eux qui sont infidèles, menteurs, vo- « leurs, véritables scélérats qui, je crois, n’ont pas de pareils sur la terre, « et, si on ne le savait pas, on les prendrait pour les hommes les plus (( agréables. Je ris souvent moi-même quand ils me parlent; ils savent « qu’on sait de belles méchancetés d’eux, mais ils s’en moquent. »

Cette amitié que lui témoignaient les gentilshommes, il était loin de la trouver parmi les artistes italiens jaloux de son mérite, au point que ses amis crurent devoir l’avertir de ne point manger ni boire en leur compagnie. Les peintres ravalaient ses ouvrages, disant qu’ils n’étaient point antiques et qu’ils ne valaient rien, et cependant ils ne perdaient point une occasion de les contrefaire. Trois fois même ils le firent comparaître devant les magistrats, et le forcèrent à payer une amende de quatre florins'^.

Giovanni Bellini, alors âgé de quatre-vingts ans, avait l’âme trop élevée et occupait un rang trop incontesté, parmi les artistes, pour ressentir envers Albert Dürer cette jalousie que lui portaient les autres peintres.

'1. M. Haller von Hallerstein possède dans sa bibliothèque des lettres curieuses, écrites par Albert Dürer à son très-honoré et sage Wilibald Pirkheimer, citoyen de Nuremberg. Ce sont ces lettres , publiées pour la première fois par Murr dans son Journal des Arls, t. X, qui nous ont servi pour cette époque de la vie du peintre. Toutes ces lettres portent l’empreinte du cachet d’Albert Dürer, qui était une porte ouverte dans un écusson fixé à un chevalet. Ces armes parlantes, dessinées par luimême sur un de ses portraits en bois, d’après lequel nous les avons reproduites en tête de cet article, faisaient allusion à son propre nom, qu’il écrivait quelquefois Thürer [Thür signifie porte). Les peintres d’alors aimaient à figurer leur nom sous cette forme de rébus.

2. Espèces de caravansérails où les voyageurs d’une même nation se réunissaient.

3. Par ’Welche, Albert Dürer entend tout ce qui n’est point Allemand.

4. Probablement à l’école Saint-Roch. Cette amende semblerait prouver que l’exercice de la peinture n’était point libre.

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