‹ Albrecht DürerChapitre 24 sur 34 · La Face de Jésus-Christ. B · texte numérisé non relu

La Face de Jésus-Christ. B

9. Le Ravissement d’une jeune femme. B. 72. Dans le musée de Compiègne, nous avons vu une planche qui paraissait être celle d’Albert Dürer ; mais sa position élevée, l’obscurité de la pièce, nous ont empêché de vérifier si véritablement cette planche était bien originale.

10. Le Canon. B. 99. Le millésime est 1518, et non pas 1516, comme l’indique Bartsch. Elle représente probablement la pièce d’artillerie fournie pour la guerre contre les Turcs par la ville de Nuremberg, dont on distingue les armes sur l’affût.

OEUVRES DIVERSES d’aRT ET DE LITTÉRATURE

Albert Durer, doué d’une imagination très-riche, fut un de ces génies qui embrassèrent les arts dans leur universalité. Il ne fut point seulement peintre et graveur excellent, mais encore architecte, ingénieur, orfèvre, sculpteur et écrivain distingué.

Aucun de ses travaux d’architecture n’est connu de nos jours, et on pourrait les mettre en doute, malgré la tradition, si une petite note dans son journal de voyage, i 520-1521, ne prouvait qu’il s’en occupa réellement. « J’ai été, dit-il, obligé de tracer le plan d^une maison pour le médecin de (( madame Marguerite, qui veut en faire bâtir une d’après ce projet. » Le British Muséum possède aussi parmi ses collections un superbe dessin à la plume et légèrement teinté avec des couleurs à l’eau représentant une fontaine qui, à notre connaissance, n’a jamais été exécutée. L’eau jaillit de la bouche d’êtres humains, et sur la face extérieure du bassin des ermites, des bergers avec leurs troupeaux, des chasseurs, des soldats se confondent avec mille autres figures, produits d’une imagination septentrionale. La renommée veut encore qu’à l’exemple de Michel-Ange, Albert Dürer ait dirigé les travaux de fortification de Nuremberg. Ses connaissances en géométrie, le traité remarquable, accompagné de gravures, qu’il (it paraître sur ces matières, et son titre de conseiller de la ville de Nuremberg peuvent, en effet, nous autoriser à croire qu’il fut chargé de ce soin. Quant aux sculptures qui figurent sous le nom du peintre de Nuremberg dans les musées de l’Europe, nous les mentionnerons ici à cause de leur petit nombre. Mais ne les ayant point vues pour la plupart, ou les ayant considérées à des époques auxquelles nous ne pensions pas devoir écrire sur ces questions délicates, nous ne saurions nous porter garant de ces attributions, trop souvent basées sur le seul désir d’augmenter, par l’éclat d’un nom illustre, l’intérêt de morceaux dus à des artistes

inconnus. La sculpture attribuée à Albert Dürer avec le plus de probabilité est un charmant petit bas-relief en pierre représentant la naissance de saint Jean-Baptiste. Ce morceau, conservé au British Muséum, offre un sujet qui ne se trouve point dans l’œuvre gravé du maître; la composition est bien celle d’Albert Dürer, et les airs de tête sont bien ceux familiers à cet artiste; le tout a été travaillé par une main extrêmement habile qui en a fait un petit chef-d’œuvre digne du nom dont le monogramme est gravé au bas de la pierre, avec le millésime 1510. Le musée de Gotha possède deux charmantes statuettes figurant Adam et Ève, et qu’on dit être de sa main. A Munich on lui donne deux madones, basreliefs sculptés en bois et datés des années 1515 et 1516, ainsi que deux autres bas-reliefs en marbre avec son monogramme; ces derniers offrent l’image de deux femmes nues, vues, l’une de face, l’autre de dos. A Brunswick, on attribue à Dürer un Saint Jean prêchant dans le désert, merveilleux bas-relief sculpté avec beaucoup de finesse, et duquel plusieurs personnages se détachent entièrement en ronde bosse. A Dresde, dans la collection Das Grüne Gewôlbe, divers ouvrages exécutés en ivoire et en bois portent son nom ; et à Vienne enfin, mais sans motifs sérieux, on veut qu’il ait exécuté un travail en ivoire qui couvre une arbalète U

Les œuvres d’orfèvrerie exécutées par Albert Dürer dans l’officine de son père ne sont pas mieux connues que ses travaux d’architecture ou de sculpture. Ges objets, délicats par le travail, précieux par leur matière, et que la mode met si peu de temps à déprécier, ont tous été perdus. Sandrart nous apprend, mais sans les avoir vus, que, jeune encore, Albert avait ciselé avec talent sept sujets de la Passion. Les estampes rarissimes àxx petit Crucifix, dont Daniel Specklé dit avoir vu la plaque d’or au châ-

1. On trouve quelquefois, notamment au Louvre et dans le séminaire de Bruges, des bas-reliefs en bois ou en pierre lithographique avec le monogramme d’Albert Dürer, mais qui n’appartiennent à ce maître que par les compositions empruntées à ses gravures. Dans la collection Sauvageot, léguée au Louvre par cet amateur éminent, trois médaillons en bois sont donnés, sans raison aucune, à notre maître. Le plus faible en porte le monogramme tracé d’une main hésitante ; le second, exécuté avec sécheresse, ne peut avoir été taillé par cet artiste; le troisième, et aussi le plus important par les dimensions, est un chef-d’œuvre en ce genre de travail. Mais rien ne peut justifier l’attribution qui en a été faite à Albert Dürer. Une médaille nous apprend que ce portrait est celui de Josse Trycshes, commandeur provincial de l'ordre tectonique pour le grand bailliage d’Autriche; la légende nous dit encore que ce personnage avait 64 ans, quand fut frappée cette effigie. Ce seigneur étant né en '1470, la médaille et le bois, dont l’un est évidemment la copie de l’autre, n’ont pu, dès lors, être exécutés avant l’année '1534, époque à laquelle Albert Dürer était mort.

teau cl’ Ambras, et surtout le petit Saùit Jérôme, ne sont peut-être que des épreuves de nielles ciselés par notre maître pour l’empereur Maximilien qui, suivant la coutume de ces temps^ attachait au bord relevé de son chapeau une médaille religieuse. Toujours est-il que Dürer fit beaucoup de dessins pour les orfèvres de son temps, ainsi qu’il a pris luimême le soin de nous l’apprendre dans la relation de son voyage des Pays-Bas, où il nous dit qu’il dessina pour l’orfèvrerie, entre autres objets, trois poignées d’épée pour son ami Tomasin et un sceau pour Torfévre Jan L

Plusieurs numismates attribuent aussi à Dürer quelques médailles. M. Dumesnil a même produit à l’appui de cette opinion des passages extraits de la correspondance d’Érasme avec Pirckheimer^. Suivant cet écrivain, notre maître aurait fait, d’après le célèbre philosophe, un buste ou une médaille. Mais de la lecture des pièces citées par M. Dumesnil il ressort, suivant nous, contrairement à la pensée de cet historien, qu’ Albert Dürer n’est point l’auteur de cette médaille. En effet, le 8 janvier 1525, Érasme écrit à Pirckheimer pour lui faire savoir qu’il a reçu la première épreuve de son portrait, puis il ajoute : « Je désirerais être « peint par Dürer; pourquoi pas par un si grand artiste? Mais le pourra- (( t-il ? Il avait commencé à Bruxelles à tracer mes traits au charbon ; « mais cette esquisse doit être, je le crois, depuis longtemps détruite. S’il (c peut faire quelque chose d’après mon médaillon fondu et de mémoire, « qu’il fasse pour moi ce qu’il a fait pour vous, bien qu’il vous ait donné « un peu trop d’embonpoint. » Cette lettre dit assez qu’ Albert Dürer n’est point l’auteur de l’effigie en bronze d’Érasme, pour nous dispenser d’une discussion plus longue.

Plusieurs autres médailles sont encore données à notre artiste ; comme elles sont évidemment indignes de lui, nous les passerons sous silence et nous n’entretiendrons nos lecteurs que de deux pièces qui, par leur beauté et leur monogramme, peuvent au moins faire croire qu’ Albert Dürer en modela la cire ou qu’il en tailla l’effigie en buis, s’il n’en fit pas couler le cuivre sous ses yeux. L’une représente une tête de femme qui rappelle le type de la Lucrèce de Munich, qu’on croit être le portrait

4. Tous ces dessins ont été probablement perdus depuis; nous n’avons jamais eu l’occasion d’en voir un seul, et aucun écrivain n’en a signalé. Mariette rapporte avoir vu une suite gravée de dix pièces d’orfèvrerie (quatre en hauteur, six en travers) portant la marque d’Albert Dürer. Nous avons en vain cherché cette curieuse série que Mariette croit avoir été exécutée par Le Blon sur les dessins du peintre de Nuremberg.

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