INDIGO BIRD
J'ai sonvenance, une belle matinée de juillet, d'être descendu dans mon jardin au moment où l'aurore de ses premiers feux illuminait lescimes altières de mes grands chênes. Au milieu d'un parterre de fraises, était un vieux pommier chargé de fruits et de feuilles et cher à mes enfants pour avoir abrité le berceau de plusieurs générations de rouge-corges (merles). Un couple de ces aimables oiseaux en avait alors choisi la fourche hospitalière pour y construire leur nid: là, sur du fin foin et des mousses pétries de boue, reposaient, doux espoirs de la future couvée, quatre émeraudes. Mes yeux s'y portèrent comme par instinct. La femelle étaità son poste, l'œil vigilant ; le mâle, perché sur la plus haute branche d'un grand orme voisin—l’orgueil de Spencer Grange—roucoulait à sa compagne une de ses chansonnettes les plus tendres. Près du pommier croissait un tournesol 1 dont la Corolle, amoureusement penchée vers l'astre du Jour, laissait épanouir une fleur orange, au milieu d'un feston de verdure. A l'extrémité de chaque feuille, étincelaient—saphirs vivants— d'innombrables goûtelettes de rosée ; au centre du tournesol gisait une ravissante petite créature dont la poitrine et les ailes azurées se détachant de l’acanthe et du vert tendre, miroitaient aux rayons du soleil levant: le petit maëstro me salua de quelques roulades mélodieuses, puis 11 s'envola. J'étais ravi de tant de splendeurs : ce spectacle, que peut-être il ne me sera jamais donné Ce revoir, avec une telle mise en scène, m'éblouit par sa magnificence—par la variété et l'harmonie de ses contrastes. Etait-ce, me
1 L'héliante,