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L10 LA GRANDE MARÉE DU MOIS D'AOUT

On a en Canada aussi, longtemps chassé connne des barbares —des Goths el des Ostrogoths.

On ne respectait rien: on n'éparguail rien d'emplumeé, I y a encore, nous le eraignons—parmi ceux qui portent le fusil, des ames ordurières—désavouées de St Hubert=capables de tirer une bécasse rouge sur son nid au printempsde denicher un merle. une becassine, une perdrix où miûme, un canard branchu, pour en vendre les œufs. I nv a que l'amende et la prison qui puisse faire respecier à ses misérables, le temps sacré de lincubation des œuls —de l'éclosion des jeunes, C'est par le fouet de la loi seule que vous ferez comprendre à cette canaille, que pour chaque mdividu des espèces sédentaires, {ué au printemps, c'est une couvée entiere

-peut être quinze individus--de perdus pour Fautomne,

L'on à réussi, de cette sorte, à éloigner le gibierdes villes età le refouler aux iles solitaires du bas du fleuve—aux côtes inaccessibles de la Baie d'Hudson, où il se rencontre encore en prodigiense quantité. C'est par ces mpitovables tueries en tous les temps de l’année, que nos voisins ont réussi à extirper le saumon dans l'Hridson—{e dernier saumon avant été capturé, iv a pres de qua. rante ans.

L'espace me manque pour noter les endroits de chasse autour de Québec, Le Bas Bijou est à peu près épuisé ; Ghâteau-Richer et Ste. Anne ont de la peine à fournir leurs 4,000 Décassines des temps passés, La Bécasse rouge est plus rare à la Côte à Bonhomme, aux Salines, à la Baie du Fobvre. St Joachim fournit moins d'outardes, Les tourtes jadis si nombreuses ont presque dis parues— it faut aller dans le distriet de Niagara où ur Kentncky pour les trouver en abondance. La chasse au mena gibier de grève est encore fort fruelueuse—fort amusante : an voici, un petit tableau, dont le prineipal mérite est d'être vrai

La grande marée du mois d’aout.

Par une tieéde matinée, (le 21 août je crois.) en l'année 184? mon sommeil fut interrompu par un jet lumineux s'infiltrant à travers ma fenûtre qui avail vue sur Torient, t'était un vermeil rayon de Paurore, pouvait être au plus quatre heures et demie du matin: déjà le murmure cadencé de a mer rentrante, roulant sur les galets, m'annoneait que je n'avais pas un moment à perdre, si je voulais tirer pete de la grande mer d'août, cette haute marée que l’on à nommée, si à propos, grande mer des alouettes.

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LA GRANDE MARÉE DU MOIS D'AOUT. Il] Il est vrai: j'avais peu loin à aller pour me rendre au théâtre de mes futurs exploits. Besoin n'était que de descendre la pente de la petite éminence dont le pied est baigné par les hautes eaux du fleuve et dont le sommet, coiffé de peupliers de Lombardie, laisse apercevoir une longue maison blanche à toiture noire et à persiennes vertes.—C'étaii Le manoir du seigneur, mon vieil oncle qui, depuis un quart de siecle, entouré de sa famille, y coulait des jours dorés. Mes vacances de seminariste étaient déjà fort entammées, sans que j'eusse eu le temps de m'en apercevoir, tant avait d'attrs.t pour moi,le séjour de l'ile giboyeuse où mon respecté parent dispensait l'hospitalité avec le laisser-aller des honnêtes gens qui vivaient aux temps homériques. Homme spirituel autant qu'excellent tireur, aimable conteur—il se plaisait surtout à distraire les jeunes amis que la belle saison ou les vacances amenaient sous son toit, par le récit de ses aventures de chasse ou de ses voyages sur mer, sans oublier une épisode où il figurait comme prisonnier de guerre en Espagne : ainsi s'écoulait douce et bien remplie la vie du propriétaire de lle enchanteresse que deux siècles auparavant le Chevalier de Montmagny s'était fait concé. der par la Compagnie de Ja Nouvelle France, comme terrein de chasse ; c'est là, si tu en croit l'histoire, que le Nemrod français venait, chaque auti .nne en pourchassant canards et bécassines, oublier les soucis de la vie publique. Certes il n'avait pas mauvais goût note ancien gouverneur !

O vous tous disciples du grand Saint-Hubert et vous amants de la belle et grandiose nature du Canada, désirez-vous apprécier le charme de cet endroit ? veuillez donc nr'accompagner dans ma course matinale ?

D'abord, avant d'endosser fusil et carnassière, descendons à la salle à manger nous fortifier coutre les humides vapeurs du matin ; un vaste bol de lait fumant nous attend sur le buffet : nous y ajouterons deux œufs frais, du sucre ad libitun et quelques cueillerées d’une eau-de-vie pâle et vieille tout comme si M. Chi niquy n'eut jamais vers 1840 entrepris une croisade contre les spiritueux ; cette prescription religieusement remplie, en avant mes braves!

—4« Hola! Mossieur, s'écrie le garcon de ferme, vous alliez oublier que c'est aujourd'hui la grand'mer des alouettes: emportez done en sus avec vous des paniers !”

C'est qu'en effet le mois d'août est par excellence le mois des alouettes, le premier gibier de grève de la saison de chasse, Vers le vingt de ce mois, les bandes commencent à arriver des pays du nord. Leurs volées sont peu nombreuses d’abord, puis elles deviennent plus considérables, puis on les compte par miriades.

112 Là GRANDE MARÉE DU MOIS D'AOUT.

Vous entendez leur voix dans les airs, qui, cependant à peine arrive jusqu'à vous, tant leur vol est élevé :; elles tournent, tournent à cette hauteur, pour explorer leur cher pays de passage et. dans leurs gyrations, elles se rapprochent de plus en plus de la terre ; enfin leurs joyeux cris sont distincts el vous voyez leurs escadrons ailés décrire mille et mille évolutions dans l'élément diaphane, au sein duquel ils flotient avec tant de légereté et de grâce.

Le moment de prendre terre arrivé, les alouettes longent les arbres de la forêt, les falaises de la côte, descendent comme des tourbillons vers les plages et les eaux du fleuve qu’elles rasent à les toucher—s'élèvent de nouveau.—redescent encore et finissent par s'abattre sur les bancs de sable qu’elles couvrent de leurs flocons mouvants. Il faut ainsi les voir tomber, comme une grosse bordée de neige grise, sur les Battures aux alouetles à l'entrée du Saguenay, sur les Bancs de Portneuf vis à-vis de Rimouski, sur la Batture de Manikouagan, et autres endroits ou leurs essaims sans nombre semblent se donner rendez vous. à la fin d'août de chaque année.

C'est de ces chef-dieux de réunion quelles se répandent par bandes moins considérables, bien que nombreuses encore sur tous les rivage de notre grand fleuve.

Le soleil est déjà visible à lhorizon, Fair est frais: le temps calme-—et nous voici qui arpentons la grève de la pointe sud est de l'ile aux Grues.

— Mais avant d'aller plus loin, d'où vient ce nom, demande un des interlocuteurs ?

—C'est tout simple...

Du temps que la Reine Berthe filait”...…. pas précisément ; mais vers l'époque où M. De Montmagny chassait,.……. longtemps Après... et même de nos jours, l'oiseau voyageur chanté par

Horace, gruem advenam-la grue v faisait étape et, pourtant, ce mélancolique rêveur est pas de nos endroits: les vastes prairies du sud-ouest le réclame pendant Fhiver, et l'été, il va confier ses pudiques amours, aux savannes, aux iles solitres et aux paisibles lacs des pays du Nord.

—Si c'était des grands hérons bleus au lien de grues.....les amis de Wilson, au lieu des vengeurs d'Ibyeus.. 1 Que diriezvous ?

—Je dirais, sur ce point comane sur bien d'autres : lat lux !

Qu'avez-vous done, chasseurs mes anis: d'où vient votre é6ba

issement? est-ce que, par hasard, voas étiez sous l'impression qu'il ny avait que Québec, le Saguenay ou les Mille [les qu

L'épisode de la mort d’Ibycus est relaté dans l'Oraifhologie du Canada, page 328.

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