‹ Album canadien [microforme]Chapitre 6 sur 25 · DE LA · texte numérisé non relu

DE LA

Bigot et son groupe. —Madame Pean. —M. Pean.—Dechenaux, —Cadet, —Varin, — La Friponne.—Penissault. —Madame Cadet. —Corpron.—Estèbe, — Mosaïque de débauchés et de femmes galantes. Le parti des honnôûtes gens.—Montcalm. —Bougainville.—Taché—Bourlamarque. —La Corne. —De Beaujeu. —De Léry et autres,

L'histoire, a-t.on dit, se répète, rien de plus vrai. La mise en scène varie ; les hommes changent, mais les passions, mobiles de leurs actions, restent inaltérables, à ce point, que leurs caractères deviennent susceptibles d'analyse et de démonstration presqu'aussi infaillibles que les calculs du géomètre.

Chez l'individu, l’infirmité physique devance, présage la mort du corps, de même l'infirmité morale dénote la chute de l’âme : l'un et l’autre terme symbolisent ‘décadence, ruine, anéantissement.

IL en est des nations comme des individus. Nous trouvons cet enseignement admirablement développé dans les événements qui précédèrent immédiatement la cession de la colonie, pendant cette douloureuse période d'ignominie pour la France et le Canada—le règne de Louis XV.

Placez-vous au milieu du dix-huitième siècle, etque trouve:-

vous dans la vicille Europe ? Corruption, rapacité, mollesse chez les grands ; asservissement, dégradation chez les peuples; une vile tourbe taillable, corvéable à merci et sans merci; des maîtres et des esclaves, au lieu de souverains et de sujets.

Ne comptez pas de trouver le sens moral vivace, la noblesse dans les sentiments, le mérite en honneur dans la colonie, quand les gouvernants sont voués à toutes les infamies dans la métropole : l'onde du ruisseau peut-elle rester pure quand le fleuve qui l’alimente charrie les immondices des grandes cités? Le Canada d'alors recevait de la France ses lois, ses inspirations, ses modes, ses fonctionnaires; ces derniers y venaient avec leurs vices. Examinons le personnel de l'administration en Canada avant la cession ; Levons le voile sur la profonde misère du peuple, et nous comprendrons bientôt pourquoi la colonie accepta sans regret le nouveau régime, le joug de l'Angleterre, dès qu'il devint un fait

accompli.

L'année 1755 avait été une année de disette ; il n’y eut point de bled : pour ne pas mourir de faim, il fallut demander à la France des provisions de bouche. Les munitionnaires et les commis du roi surent bientôt trouver, dans la misère publique, le moyen de faire d'immenses fortunes ; on se gorgeait de richesses au Canada, puis on réalisait ses biens et on allait à Bordeaux, à Paris, à Rochefort, jouir du fruit du pillage. Le mot de Bigot, à son ami De Vergor avait sa raison d'être.

Le récit de l'historien Charlevoix n° r" ps au-delà de 1722, comme l'on sait; il ne reste comparrüser *:. que neu de documents écrits par des contemporains de 4742 a 1759. Heureusement, nous avons une relation assez remaru. ‘le des événements de 1749 à 1760, grâce à la Société Littéraire et Historique de Québec, laquelle, depuis plus d’un quart de siècle, remplitnoblement unedes principales conditions de sa charte en pnhliant d'importants documents historiques relatifs à l’histoire du Canada. Grâce donc à cette antique association qui s’est successivement enrichie des travaux des Vallières, des Andrew Stuart, des Faribault, des Garneau, des Ferland, des abbé Holmes, nous avons depuis quelques années à notre disposition un travail plein d'intérêt intitulé : «Mémoires sur les affaires du Canada depuis 1749 à 1760. Cest, je pense, le regretté Geo. Faribault, qui prit la plus grande part à la publication de cet écrit. Ces Mémoires, qui ne portent pas de nom d'auteur, sont attribués à De Vauclain ; nous les considérons comme précieux, parce qu'ils concordent avec les écrits de cette époque et qu'ils semblent l’œuvre d’un contemporain éclairé, capable de juger de la situation, et consciencieux dans ses jugements. Aidé de ce document, le lecteur pourra citer au tribunal

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d'une impartiale postérité les plus fameux coquins de l'époque, leur imprimer au front une juste flétrissure et apprécier convenablement les menées ténébreuses de ceux qui avaient éntérét à ce que la France perdit ve beau pays: car, avec l'abbé Ferland et d'autres, nous sommes enclins à voir dans la manière dont on défendit le Canada, plus que de la tiédeur, plus que de l’indifférence, rien moins que de la trahison de la part de la coterie Bigot.

Il était de l'intérêt de cette faction de céler ses infamies sous la ruine commune : les scélérats consommés brûkent l'habitation qu'ils ont dévastée après en avoir outragé les habitants : l'incendie cache toute trace du crime.

Voyons donc ce qu'était le peuple du Canada en 1755 ; étudions le trop fameux Bigot et examinons la physionomie de son en. tourage.

François Bigot, treizième et dernier Intendant de la Nouvelle- France, était d’une famille de Guienne, illustre dans la robe, et il avait été Intendant de la Louisiane. Il était de petite taille, mais bien fait, d’un port agréable, d'une grande bravoure, actif, aimant le faste, les plaisirs et surtout l2 jeu. ? IL vint en Ganada vers 1748. Si tout son crime eut consisté à faire le commerce, il eut à peine été blâmé; c'était dans les idées du jour : ses appointements n'étaient nullement proportionnés à l'importance de 52 charge, ni aux dépenses dans lesquelles sa position l'engageait. Ses fraudes sur le trésor, sa rapacité, les extorsions que ses affidés pratiquaient sur le peuple canadien, voilà ce qui a rendu sa mémoire à jamais exécrable. Il existait à Québec une association composée du secrétaire de l’Intendant, Deschenaux; du munitionnaire général des vivres, Cadet, et du capitaine et aide-major des troupes, Hugues Pean : Le trésorier Imbert les secondait ; Pean était le chefet Bigot le grand chef. Entre Bigot et Pean il y avait commerce d'amitié et autres. «Le mérite de Pean, disent les Mémoires que nous avons déjà cités, consistait dans les charmes de sa femme, qui trouva lieu de plaire à M. Bigot; elle était jeune, sémillante, pleine d'esprit, obligeante, d'un caractère assez doux; sa conversation était enjouée et amusante ; enfin, elle fixa l'Intendant qui, durant tout son séjour en Canada, ne fut attaché qu'à elle, et il lui fit tant de bien qu'on envia sa fortune. Il allait régulièrement chez elle passer toutes les soirées : elle s'était composée une petite cour de personnes de son caractère qui, par leurs égards, méritèrent sa protection et firent des fortunes immenses; en sorte que ceux qui, dans la suite, désirèrent avoir de l’avancement ou obtenir des emplois, ne purent les avoir que par son canal; domestiques, laquais et gens de rien furent faits garde-magasins dans les postes ;

1 L'auteur des Anciens Canadiens en fait, d'après la tradition dans sa famille, un tout autre portrait.

leur ignorance et leur bassesse ne furent point un obstacle ; en un mot, les emplois furent donnés à qui elle voulut, sans distinc. tion, et sa recommandation valut autant que le plus grand mérite ; aussi, bientôt les finances se ressentirent de l'avidité de tous ces gens, et le peuple gémit sous leur pouvoir arbitraire.» Tel est le portrait que l’auteur des Mémoires nous trace de la belle ‘me Hughes Pean, sous les traits de laquelle nous croyons rec aaître cette intéressante élève des Ursulines de Québec, Angélique Des Meloises, qui était au pensionnat vers 1735.

«Brassard Deschenaux, fils d'un pauvre cordonnier, était né à Québec: un notaire, qui avait 6t6 en pension chez son père, lui avait appris à lire; comme il était d’un esprit vif et pénétrant, il profita beaucoup, et entra fort jeune au Secrétariat de M. Hocquart, alors Intendant; M. Bigot, qui l'y trouva, l’a toujours conservé, et le fit faire, non sans peine, écrivain do la marine; laborieux mais rampant, il sut plaire à Bigot, qui lui accorda bientôt sa confiance et ne vit et n’agit que par lui: mais cet homme était vain, ambitieux, insupportable par sa hauteur, et surtout avait une envie si démesurée d’amasser de grands biens, qu'i' avait coutume de dire «qu’il en prendrait jusque sur les autele 1ne doit point s'étonner qu'avec de pareils sentiments, il ai' ent abusé de la confiance de son maitre et lui ait fait faire bien des fautes. »

«Cadet était fils d’un boucher ; il fut occupé dans sa jeunesse à garder les animaux d’un habitant de Chaïlesbourg ; ensuite, il fit lui-même le métier de boucher, où il eut assez de bonheur. Quand il eut amassé quelque bien, il le mit dans le commerce; son esprit intriguant le fit connaître à M. Hocquart, qui le chargea de quelques levées et lui accorda la fourniture des viandes pour les troupes. Deschenaux sentit que cet homme pouvait lui être nécessaire ; il le ménagea, se lia même avec lui et le recommanda à l’Intendant dans toutes les occasions ; en sorte qu’il fut souvent chargé de faire des levées pour la subsistance des troupes; en effet, on ne vit guère d'homme plus industrieux, plus actif et plus entendu dans les marchés : le triumvirat en eut besoin et chercha à l’élever, ce qu’il fit en lui faisant donner le titre de munitionnaire général il était cependant généreux, bienfaisant et prodigue même jusqu’à l'excès.

La «Belle amazone aventurière, » que Le sieur Joseph Rufño s'était choisie pour femme, était sans doute la moitié de l’heureux boucher. (Voir Relation du Siége de Québec, par J. C. Panet.)

«Pean avait trop bien débuté pour ne pas s’apercevoir qu’avec un Intendant tel que M. Bigot, on pouvait tout oser ; il avait gagné, sans s’en apercevoir, cinquante mille écus: l’Intendant, qui avait

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besoin d'une levée considérable de bled, l'en chargea pour le fa. voriser ; il lui fit compter de l'argent du trésor avec lequel il paya comptant : ensuite cet [atendant rendit une ordonnance qui fixait le prix du bled beaucoup plus haut que Pean ne l'avait acheté : celui-ci le livra au Roi sur le prix de l'ordonnance, de sorte qu'il réalisa en peu de temps un profit considérable : ensuite il fit construire des goëlettes, qui, étant continuellement employées, lui rapportaient de grands bénéfices, parce que les voyages les plus lucratifs leur étaient réservés.

«Get avantage n'était pas suffisant : il s'établit une société dans laquelle Cadet, d’un côté, parut seul, et de l’autre, un particulier nommé Clavery, qui peu après fut fait garde-magasin à Québec. Cadet allait sur les côtes, achetait du bled qu'il faisait convertir en farine. Il avait loué un moulin en bas de Québec, et c’est là que l’on chargeait ordinairement les goëlettes pour les Isles.

«Pean avait aussi fait bâtir, sur une de ses seigneuries, de grands hangards ;! les vaisseaux, en s'en retournant, y prenaient leurs cargaisons ; de cette façon on dérobait la connaissance de ces enlàvements aux habitants de Québec, et on éludait l'ordonnance de l'Intendant: le contrôleur Bréard entrait de part dans toutes ces manœuvres, et de très-pauvre qu'il était lorsqu'il vint en Canada, il s'en retourna extrêmement riche.

(A l'égard du commerce, on joua un autre rôle; on fit bâtir, près de l’Intendance,? ane grande et vaste maison, avec des magasins; et pour sauver les apparences, on y vendit en détail : Clavery, dont j'ai parlé plus haut, eut la garde de ce magasin: il était commis du sieur E:‘ebe, garde-magasin du Roi à Québec; mais le but réel de cette entreprise était d'y attirer tout le commerce, et surtout de fournir tous les magasins du Roi. En effet, l'Intendant envoyait chaque année à la Cour l’état de ce qui était nécessaire pour l’année suivante ; il pouvait diminuer à son gré la quantité à demander, laquelle les circonstances d’ailleurs rendaient toujours insuffisante. Ce magasin se trouvait justement fourni de tout ce qui manquait à celui du Roi; on n'avait pas recours, Comme auparavant, aux négociants, dont les affaires furent par là considérablement diminuées. On trouva encore le moyen de fournir plusieurs fois la même marchandise au Roi, et toujours de la lui faire payer plus cher ; c'était de ces coups concertés entre ceux qui avaient le gouvernement en main et à qui rien n’échappait. Le peuple, cependant, s’apercut bientôt du but

1 Serait-ce à Beaumont où le fief de Livaudière appartenait à M. de Pean, Chevalier de la Livaudière?

2 Au Palais, faubourg St. Roch de Québec. Q

de ce nouvel établissement, et norama, par dérision, cette maison «la Friponne.»

«Enfin, en 1755, les bleds ayant manqué, ceux des années précédentes ayantété enlevés, ou étant dans les magasins du triumwvirat, le peuple de Québec fut réduit à la mendicité. Dans cette fâcheuse circonstance, au lieu d'avoir recours au bled caché, on fit croire à l'Intendant que cette denréce n’était pas aussi rare qu’on le lui disait, mais que les habitants refusaient de le vendre, afin d'obtenir un plus haut prix ; qu'en conséquence il devait donner des ordres pour en faire la recherche dans les campagnes, et taxer chaque habitant, tant pour subvenir à la subsistance de la population ? dela ville qu’à celle des troupes : ? il fit donc dresser un état des vivres qu'il failait pour empêcher le peuple de mourir de faim, et remit à Cadet le soin de faire cette levée. Celui-ci parcourut les campagnes avec ses commis, et il s'empara d'une plus grande quantité de bled qu'il ne fallait. Les habitants, à qui on arrachait ainsi la vie et la semence, vonlu’ent se plaindre, quelques-uns vinrent effectivement à l'Intendance ; mais l’impitoyable Deschenaux, toujours alerte, écartait tout ce qui pouvait nuire à ses desseins; avant de parvenir à l'Intendant, il les fäisait interroger ; ces braves gens avouaient le sujot de leur visite; alors on les

1 Mémoires sur les Affuires du Canada, 1749—1760—Page 66.

2 Les années suivantes furent également désastreuses.

“L'hiver de 1757 a 1758 fut extrémement long et rude, et détruisit encore la récolte de 1758 ; la disette se changea en famine, on lit dans une lettre de M. Doreil, du 26 février : ‘* Le peuple péris de misère, Les acadiens réfugiés ne mangent depuis quatre mois que du cheval où &e la merluche (morue sèche) sans

pain. 1len est mort plus de trois cents...... Le peuple canadien à un quart de livre de pain par jour...... La livre de cheval vaut 6 sols : on oblige ceux qui

sont en état d’en manger de prendre de cette viande par moitié. Le soldat a demi livre de pain par jour : pour la semaine on lui donne 3 livres de bœuf, 3 livres de cheval, ? livres de pois et 3livres de morue.” Depuis le ler avril, la famine augmentant, on ne donna plus au peuple que deux onces de pain. Tout était d’une “horrible cherté, ‘Au mois de mai, il n'y avait presque plus de pain ni de viande ; la livre de bœuf valut alors 25 sols ; autant la livre de farine ; ‘Et cependant, dit M, Doreil, ils prennent leur mal en patience.”

‘Pendant ce temps, chez l’intendant Bigot, on passait le carnaval, jusqu’au mercredi des cendres à jouer ‘fun jeu à faire trembler les plus déterminés joueurs.” M. Bigot y perdait plus de 200,000 livres au quinze, au passe-dix, au trente et quarante. ‘ (Dussieux).

Quant aux secours et vivres à atteudre, de la mére-patrie, même sous forme de c'iarité, il n’y fallait pas penser. L’Evtijue de Québec äans sa touchante lettre adressée le 9 novembre 1759, au ministre de la marine, ne put obtenir rien ‘ pour ses pauvres canadiens sans abris et sans ressources.” Cent ans après comme le fait bien observer le savant Professerr français Dussicux,” cette généreuse population canadienne a donné 125,000 fr. aux veuves et aux orphelins de nos soldats morts à l'Alma (Voir le Monitéur Gu 2 mars 1855 ”)—Quand l’on compare le chiffre $953,23 des dons de notre ancienne mére-patrie aux pauvres incendiés de St. Roch du 14 octobre 1866, avec le chiffre $195,302.62 des dons de notre nouvelle mère-patrie, (Voir le rapport du Chronicle de Québec 11 nov. 1869) il appert que le tribut que notre jeune pays offrait aux veuves et aux orphelins français de l’'Alma en 1855 a éveillé un bien faible écho en France en 1866.

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voyait à Deschenaux, qui cemmencait par les maltraiter, et les enacer de les faire jeter en prison, s'ils persistaient à vouloir ler à l'Intendant ; puis il allait prévenir celui-ci, à qui on les vait dépeints comme des rebelles ; Bigot les faisait approcher, et d'écouter leurs raisons, les rudoyait et les maltraitait tellent qu'ils se trouvaient encore heureux de n'être point emprinnés; en sorte que bientôt personne n'osa plus se plaindre. Cependant le pain n'en devenait pas moins rare. L'Intendant vait commis dés personnes qui faisaient distribuer le pain chez es boulangers, à qui le gouvernement fournissait de la farine. Le peuple, aux jours indiqués, se portait en foule à la porte des oulangeries où il était inscrit; là on s'arrachait le pain de vive 'orce ; on voyait souvent des mères se plaindre de ne pas en avoir u‘tout, ou pas assez pour en donner à tous leurs enfants; les nalheureuses couraient chez lIntendant pour implorer son serurs et son autorité ; mais tout était inutile ; il était assiégé d’un ombre d'advlateurs, qui ne pouvaient comprendre, au sortir des pas abondants et délicats qu'ils venaient de prendre chez lui, imment on pouvait mourir de faim.

Si le peuple de Québec était vexé, celui de Montréal ne l'était s moins. Ilest vrai que le comestible n'y était pas tout à fait uasi rare, mais en revanche le commerce y était beaucoup plus ombé qu'à Quebec. Varin, Commissaire de la Marine, et Martel,

carde-magasin du Roi, s'étaient emparés de tout. Disons un mot

ces deux personnages. Francois Victor Varin était Français de issance: le uns le font fils d'un cordonnier; d'autres, d’un aitre d'école... était vain, menteur, arrogant, capricieux et tie; 1 était d’une très-petite stature et n'avait rien d'imposant aus la physionomie ; au reste il était perdu de mœurs... Martel ut fils d'un marchand autrefois établi à Port-Roval, qui vint à bec, lorsque les Anglais s'emparèrent de cette place ;

ivre il était pauvre, il sollicita des emplois: un de ses frères,

luite, Jui procura, ainsi qu'à trois autres de ses frères, des pro

cteurs qui les firent avancer au-delà de leurs espérances... Ces ux personnages mirent en combustion tout le commerce de lontréal : ils s'emparèrent de tous les équipements des canots..….... ur achever de ruiner le commerce, ou établit, comme à Qué e, une maison qu'on nomma la friponne, et dont on donna la ‘ection à un nommé Penissault qui a fait tant parler de lui sous

le munitionnaire Cadet, »

Cadet avait chez lui un nommé Corpron.—homme de néant ue les coquinneries avaient fait chasser de chez différents nélants dont il était commis, mais il avait de l'esprit et entendait rfaitement le commerce : Cadet l'avait depuis deux ou trois ans

à son service ; il l'avait intéressé dans son commerce, en sorte qu'il était devenu son homme de confiance ; il fut aussi le premier de tout, et commenca à prendre connaissance des affaires ; il examinait les comptes rendus ; il avait le détail du gouvernement de Québec ; on ne sait quels arrangements il fit avec le munitionnaire, mais personne n’ignore qu'il gagna de grandes sommes, et qu'en très peu de temps il devint paissamment riche. Les gouvernements de Montréal et des pays d'en haut furent confiés aux nommés Pénisseault et Maurin. Pénissault était d'un caractère vif, et entreprenant ; il était excellent pour le dehors, comme à faire des marchés, à faire travailler, et à avoir l'œil en même temps sur différentes choses ; mais il était de mauvaise foi et double dans toutes ses démarches : on prétend qu'il avait été obligé de sortir de France pour des affaires de commerce : il avait épousé une fort jolie femme, fille d'un marchand de Montréal, qui devint 14 maîtresse de Péan, à qui M. le Chevalier de Lévis l’enleva et l'a emmenée en France.»

Le Chevalier, sans doute en sa qualité de seigneur suzerain, ré clamait comme un baron des ancicus jours, le droit de prélibation, sur les meilleurs crûs de la colonie.-—-La vie galante de la belle, spirituelle mais frèle Madame Pénissault, «l’aliéna » de son digne époux, sans cependant rompre avec lui.» Quelle charmante bon hommie ! Au lieu de se flamber la cervelle, le vertueux fonctionnaire, disent les Mémoires, se dédommageu sur les femmes de ceux qui étaient sous ses ordres, »

Je clôrai maintenant avec le portrait d'un bossu—le sieur Maurin—cette mosaique de voleurs—de débauchés et de femmes du demi monde, que la France envoyait ou maintenait, parmi les fonctionnaires, au Canada. Cet état de choses, sans la con quête eut sans doute duré tant que La Pompadour, qui régnait en Frauce sousle nom.det Louis XV, ne s'en serait pas scandalisé : elle n’était pas, comme l'on sail, d'une sévérité draconienne àl'article de la décence publique.

«Maurin était l’homme le plus difforme de la colonie ; il était bossu et n'avait rien que de sinistre dans la physionomie et le maintien ; mais il avait beaucoup d'esprit et quelque peu orné

il poussa le luxe jusqu'où il pouvait aller au Canada ; et à l'égard du désir d'amasser du bien, Cadet, ne pouvait choisir deux personnes qui se concilieraient mieux et qui employraieni

plus de moyens de vexations et de détours qu'eux ; aussi on ne

1 Le dernier représentant de la race Latine au Canada se rappellera, non sans amertume, de l’exclamation que la perte de la colonie en 1759 ** des quinze milles arpents de neige ” de Voltaire, —arrachait, à celle qui avait la beauté d’Aspasie, sans enavaoir le patriotisme. ‘* Enfin, le roi dormira tranquille

e, en sorte le premier affaires ; il Lvernement cle muniles sommes, e, Les gouconfiés aux in caractère $, comme à ilen même vaise foi et il avait 6té rce : il avait [ontréal, qui à Lévis l’en-

suzerain, ré e prélibation, de la belle, de son digne rmante bon eux fonction-

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su—le sieur t de femmes it, parmi les sans la con qui régnail ; scandalisé :

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mie : il était nomie et Île 1e peu orné au Ganada ;

avait choisir mployraieni aussi on ne lera, non sans

cs quinze milles uté d’Aspasie,

t voler et en donner l'exemple plus impunément et jouir avec

V1 plus de faste et d'arrogance qu'ils le firent.» Mémoires ete. page 87.)

Bigot et ses complices furent, à feur arrivée en France, écroués

\ la Bastille pendant l'instruction de leur procès qui dura quinze mois. Le gouvernement français, pour échapper à la réprobation sénérale que la perte de la colonie suscitait et pour donner le hange à l'opinion ‘publique, proclama à son de trompe, sa dé-

terminalion de punir exemplairement tous ceux associés de près ‘ù de loin au gouvernement du Canada. On enveloppa cinquanteintg personnes dans l'arrèt de proscription—Pour comble de

bassesse, le gouvernement de la Pompadour (elle qui, pendant les

dix-neuf années que dura sa faveur, a recu 36,924,140 livres)

pour ruiner effectivement le commerce et l'avenir de ses colons, léshonorait et refusait de payer les traites de son Intendant sur lo trésor,—son Intendant qu'il avait autorisé à tirer ad dibitum : s traites de Bigot se montaient à £500,000 sterlg. et le papiernonnaie à £4,000,000 sterlg. On ne paya d'abord que 4 p. c. sur e montant, mais « la Grande-Bretagne, dit Bibaud, obtint plus ud de la France, pour les Canadiens devenus ses sujets, un

dédommagement de trois millions de livres en contrats, et de six

nilles Evres en argent, de sorte qu'ils reçurent cinquante-cindq

pour cent de leurs lettres de change, et trente quatre pour cent de

eu;s ordonnances.

Une commission présidée par M. de Sartine, lieutenant général l2 police, et composée de vingt-sept juges au Chatelet, fut chargée » juger souverainement eben dernier ressort Îe procès ordonné

jar le Roi.

j Le 10 déc, 1763, intervint le jugement suivant contre les principaux prévariiteurs, ‘BrGor, banni à perpétuité du royaume, ses biens confisqués, 1,000 livres d'a ende, condamné à 1,500,000 Livres de restitution ; VARIN, banni à perpétuité du royaume, ses biens confisqués, 1,000 livres mende, condamné à 800,000 livres de restitution; ‘BrkARD, banni pour neuf ans de Paris, 500 livres d'amende, 300,000 livres de stitution ; ‘eCapeT, banni pour neuf ans de Paris, 500 livres d'amende, 6 millions de resti-

tution;

“PENISSAUUT, banni pour neuf aus de Paris, 500 lives d'amende, 600,000 livres le restitution; ‘MAURIN, banni pour neuf ans de Paris, 500 Livres d'amende, 600,000 livres de stitution :; ‘ CorPRoN, condamné à être admoneste en la chambre, 6 livres d'aumôûône, 600,000 res de restitution; ‘ESTERE, condamné à être admonesté en la chambre, 6 livres d’aumône, 30,000 restitution; MARTEL DE ST, ANTOINE, condamné à être admonesté en la chambre, 6 livres iumône, 100,000 livres de restitution ; ‘* DENovAX, condamné à être admonesté en là chambre, 6 livres d'aumône ; ”? \vec emprisonnement pour les dix condamnés, dans la Bastille, jusqu'au paie-

LES DÉRNIÈRES ANNÉES

On nous pardonnera la longueur de ces exiraits en considération de la lumiere qu'ils jettent sur cette ligue d’escrocs qui se partageait le pouvoir dans la Nouvelle-France : la galanterie allait de pair avec le pillage. Les succès de Pean auprès de Bigot étaient dus aux charmes de son épouse ; ceux de Penissault auprès de Pean et du général de Lévis, étaient de même aloi—l'accommodant mon sieur Penissault s'indemnisait de ses petits mécomptes domestiques sur les femmes de ses subordonnés : madame Penissault tenait une urande table, où les commis du munitionnaire, tous gens de néant, étaient admis: on blâma souvent M. le Chevalier de Lévis d'y manger presque tousles jours comme il faisait, et de se confondre avec eux; son mari ue la voyait pas la plupart du temps...

Il serait facile d'assombrir encore cette peinture, tout en restant dans le domaine du vrai. On aurait tort, cependant, de se faire illusion et de croire que la société toute entière était corrompuc Deux partis bien accentués se disputaient l'empire : la coterie Bigot, la corruption même, formée de « gens de rien,» comme on l'a vu, et le parti d'honneur dans lequel on comptait Montcalm. Bougainville, Taché, Bourlamarque, La Corne, DeBeaujeu, De Léry, et une foule d'autres : presque toutes les anciennes familles du Canada appartenaient à ce dernier parti. Nous continuerons, dans un autre article, l'étude de l'époque qui vit tomber la colonie sous la domination de l'Angleterre,

Sillery, pres de Québec.—1$70

ment des restitutions ci-dessus prononcées, Dussieux ajoute, sur l'autorité d Noulavie, que lu belle madame Penissault aurait sn gagner les bonnes grâces du du de Choiseul lequel lui aurait accordé, à elle, des lettres de justification pour son mari et permis de conserver les gains frauduleux qu'il avait été condamnéà rendre La perte du Canada coûta cher à la France en gloire, en argent, en prestige son acquisition, coûta encore plus cher à l'Angleterre, car en outre des S0 millions sterling dépensés par l'armée et la flotte, mentionnés par Lord Chestertield, cette acquisition lui coûtait, seize ans plus tard, la perte de ses plus riches Provinces qui s'érigèrent en république parce que l'Angleterre voulait les taxer sans leur assentiment au moyen dela représentation, et comme l’a très bien fait remarquer Môntgomery Martin, la taxe que l'on voulait imposer aux Provinces, en 1775, était pré- &isément pour combler le déficit causé par la dépense faite pour la conquête du Canada, Singuliére coïncidence ! :

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NOTES DE VOYAGE, Erc.

Les Bostonnais à la Beauce, 1775.—Diude rôti.—Vin d'Espagne.—Saint Igan.—

L'Enfer.—Brise-culottes.— Saint-George.— Saint-François.— Saint-Joseph.—

Sainte-Marie.

“ Dimanche, à novembre 1775. On apprit ce jour, que M. Robicho ! avait été fait prisonnier : grande panique s'en suivit parmi les paysans menacés par les Anglais, s'ils refusaient de secourir Québec.

Nous arrivämes à la Chapelle de Sainte- Marie où nous fimes bombance. Dinde rôli excellent. Vin d'Espagne.”

(Journal tenu par le Dr. Isaac Senter, médecin et chirurgien dans l'armée d'Arnold.)

La fète de la Toussaint, dit la tradition, ne fut pas particulièrement gaie à la Beauce, en 1775. Il y avait plus que les prières et les funèbres chants de l’église pour les saints du martyrologe : une si terrible préoccupation régnait sur le sort des vivants que l’on avait peu de emps pour penser aux morts; car Ce jour même après la messe, campait en face du lieu saint, sur la rive de la Chaudière, une soldatesque déguenillée et affamée que la renommée peignait comme plus impitoyable, plus féroce que les Huns d’Attila. Sainte-Marie, qui n'avait pas lonnée dans les velléités révolutionnaires de Saint-François et de Saint-Joseph, énergiquement

1 M. les antiquaires auraient-ils la complaisance de nous dire ce qu'était ce M. Robicho ?

combattues par l’'évèque Briand dans son mandement' du 22 mai 1775 avait raison de redouter l’arrivée de ce ramas de déserteurs ? de l’armée anglaise à Boston, décidés à porter le fer et le feu au sein mème de la province anglaise de Québec. Les Canadiens d'alors n'avaient pas, paraît-il, plus de confiance dans les yankees de 1775, que leurs descendants n’en ont eu dans ceux qui les ont suivis, après un siècle d'expérience. Ni les mielleuses promesses des délégués du congrès, Franklin, Chase, Carroll; ni la voix de sirène de Lafayette, n'avait pù faire opter pour la république, ce peuple qui adhérait encore si fermement à la monarchie, nonobstant les tracasseries et les injustices que les nouveaux

{ “ Jean-Olivier Briand, par la miséricorde de Dieu et la grâce du Saint-Siège. Evéque de Québec... A tous les peuples de celle colonie: Salut el Bénédiclion,—

“ Une troupe de sujets, révoltés contre leur légitime Souverain, qui est en même temps le nôtre, vient de faire irruption dans cette province, moins dans l'espérance de s’y pouvoir soutenir que dans la vue de vous entrainer dans cette révolte, où au moins de vous engager à ne pas vous opposer à leurs pernicieux desseins.

La bonté singulière et la douceur avec laquelle nous avons été gouvernés de la part de Sa Très-Gracieuse Majesté le roi George III, depuis que par le sort des armes nous avons été soumis à son empire: les faveurs récentes dont il vient de nous combler en nous rendant l'usage de nos lois, le libre exercice de notre religion et en nous faisant participer à tous les privilèges et avantages des sujets britanniques, sufliront sans doute pour exciter votre reconnaissance et votre zèle à soutenir les intérêts de la couronne de la Grande-Bretagne. Mais des motifs encore plus pressants doivent parler à votre cœur dans le moment présent. Vos serments, votre religion vous imposent une obligation indispensable de défendre de tout votre pouvoir, votre patrie et votre roi. Fermez donc, chers canadiens, les oreilles et n’écoutez pas les séditieux, qui cherchent à vous rendre malheureux et à étouffer dans vos cœurs les sentiments de soumission à vos légitimes supérieurs, que l'éducation et la religion y avaient gravées.

“ Portez-vous avec joie à tout ce qui vous sera commandé de la part d’un gouverneur bienfaisant, qui n’a d’autres vues que vos intérêts et votre bonheur. Il ne s’agit pas de porter la guerre dans les Provinces éloignées : on vous demande seulement un coup de main pour repousser l'ennemi et empêcher l'invasion dont cette Province parait menacée. La voix de la religion et celle de vos intérêts se trouvent réunies et nous assurent de votre zèle à défendre vos frontières et vos possessions.

‘ Donnée à Québec sous notre seing, le sceau de nos armes et la signature de notre secrétaire le 22 mai 1779.

‘+ J. OL. évèque de Québec, ‘“ Par monseigneur, ‘“ Signé : F. PERRAULT, ptre.

Plaçons maintenant en regard de ce patriotique mandement, l'allocution du colonel Arnold, adressée à quelques Canadiens et surtout aux Indiens qui habitaient Sartigan :

“ Sartigan, 4 nov. 1775.—En réponse, dit Senter, à la pompeuse harangue qu'un chef sauvage prononça en présence du chef des rebelles, Arnold s'exprima comme suit: ‘Amis et frères,” je m'estime fort heureux de rencontrer tant de mes frères, venus de différents points du grand pays, et plus heureux encore de vous rencontrer en amis et comme étant intéressés autant que nous dans le succès de cette expédition. Mes frères, nous sommes les enfants de ce peuple qui

2 Journal de Senter. Puge 8

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maitres avaient suscitées depuis la cession du pays. Le curé de Sainte-Marie, le Révd. messire Verreau, ! dit la tradition, mouta en chair à vèpres et exhorta ses ouailles à héberger ceux des soldats d’Arnold, qui n'avaient pu se procurer de gîte, comme étant le seul parti à prendre dans cette triste conjoncture. La tradition ajoute de plus qu'une partie de l’armée d'invasion dina sans invitation au Manoir du seigneur Gabriel Elzéar Tachereau lequel était absent et passait l'hiver à Québec.

a levé la hache contre nous. 11 y a de cela plus de cent ans, nous étions tous comme une seule famille: de religion diflérente, nous vinmes en ce pays du consentement de notre roi. Nos pères ont acheté les terres des sauvages et sont devenus un grand peuple: nombreux comme les étoiles du ciel.

‘“ Nous avons ensemencé la terre, et nous sommes par notre industrie devenus riches. Maintenant, un nouveau souverain et ses grands, hommes pervers, veulent nous enlever,—sans notre permission, —nos terres et nos richesses,

“ Cela nous a paru injuste et tous nos grands hommes, du fleuve Saint-Laurent au Mississipi, s'assemblèrent à Philadelphie, où ils s'entendirent et adressèrent au Roi une supplique, disant qu’ils agiraient en frères et combattraient pour lui, mais qu'ils ne consentiraient pas à céder leurs terres et leurs biens. Le Roi refusa d'obtempérer à notre prière, envoya une vaste armée à Boston et s’efforça d’ameuter contre nous nos frères du Canada. L'armée du Roi, à Boston, investit les campagnes et les demeures et tua grand nombre de femmes et d'enfants, au sein de leurs paisibles occupations. Les Bostonnais firent appel à leurs frères des campagnes : ils volèrent à notre secours ; en six jours, ils levèrent une armée de cinquante mille hommes, chassant les troupes dû Roi qui se réfugièrent à bord de leurs vaisseaux, tuèrent ou blessèrent quinze cents de leurs hommes. Depuis cela, elles n’osèrent franchir les limites de Boston.

“ Maintenant nous apprenons que les Français et les Indiens du Canada se plaignent à nous de ce que les troupes du Roi les tyrannisent et leur font payer très-cher le rhum, etc., et les excitent à prendre les armes contre les Bostonnais leurs frères qui ne leur ont jamais fait de mal. Conformément aux vœux des Français et des Indiens, nos frères, nous sommes venus à leur aide avec l'intention d’expulser les soldats du roi : une fois ces derniers expulsés, nous retournerons en notre pays et laisserons cette contrée, à la paisible jouissance de ses habitants. Si les Indiens, nos frères, veulent se joindre à nous, nous leur en saurons fort gré; nous leur accorderons par mois une portugaise, deux piastres le prime, avec provisions de bouche et le privilége de se choisir des chefs militaires pour leur commander.”

Senter ajoute que ces promesses séduisantes—uù le rhum à bon marché élait

pour quelque chose—eurent l'effet désiré ; cinquante Indiens prirent leurs canots et se mirent en route.

t Messire Jean Marie Verreau, né le 22 mars 1740, au Château-Richer, fils de François Verreau et d’Elizabeth Gagnon; ordonné, le 25 août 1766; premier curé résident de Sainte-Marie de la Beauce, en 1766. Messire Verreau semble avoir remplacé lerécollet Claude Loiseau, en religion ‘“ frère Théodore”, missionnaire à Ste, Marie et à St.Joseph en 1762, lequel avait succédé au récollet Claude Cliche, connu en religion sous le nom de ‘“ Frère Didace” ; lequel était missionnaire en 1759 à Sainte-Marie et à Saint-Joseph de la Beauce, il mourut le 7 février 1780.

En 1785, la paroisse parait avoir été desservie par Messire J, Maurice Jean ; eu 1786, par Messire Jos. Deguise ; en 1795, par Messire Jos. Lelièvre-Duval, lequel CAAIUS tard aumonier du Régiment Royal Canadien et mourut à Repentigny en \

Le respectable messire Verreau mourut 19 août 1817, âgé de 78 ans, à Saint- Thomas, dont il avait été le curé depuis 1796; en 1796, Messire Antoine Villade, né à Blois, le 8 septembre, 1768, prenait la cure de Sainte-Marie, où il décéda, le ? juillet 1839, âgé de 70 ans.

Je dis que ceci se passait le premier novembre 1775 (jour de la Toussaint), parce que je n'aime pas à me quereller avec cette antique et vénérable Dame, qui a nom la Tradition : mais une autre Dame non moins vénérable et antique, connue des poëtes grecs sous celui de madame Clio ! et que je nommerai tout simplement l'Histoire, fixe l’arrivée d’Arnold et de ses mirmydons à Sainte- Marie le 5 novombre 1735, un dimanche. On avait expédié le 7 Oct. à Québec avec des lettres à un ami d'Arnold que la ville recelait un allemand du nom de Jacquith et deux sauvages Penobscots du nom de Sabattis et Enneos. Ces coureurs de bois étaient munis d’un canot d'écorce et de provisions ; ils connaissaient le pays comme les canadiens eux mêmes.

Isaac Senter, médecin de l’armée envahissante, dit positivement dans son journal que j'ai cité en tête, que ce copieux diner de “dinde rôti, arrosé de vin d'Espagne ” du bon Benecarlo ou du vieux Porte sans doute,—dont il conserva si agréable souvenance, avait lieu à la chapelle de Sainte Marie.

Le Révd- messire Verreau,qui avait montré sa sollicitude pour le bien être des simples soldats, n’aurait pas, ce semble, oublié les redoutables chefs de l'armée d'invasion ; et vû la proverbiale hospitatalité du curé des campagnes en Canada, il nous est permis de croire que, faisant contre fortune bon cœur, le dit messire Verreau avait à

sa table, ce jour là, peut-être le général-en-chef Arnold, le chapelain des troupes, le Révd. Samuel Spring, le Dr. Senter, quelques officiers marquants, tels que le Lieut.-Col. Greene, le capitaine Morgan, Aaron Burr, volontaire âgé alors de dix neuf ans si fameux par la suite et son ami le major Mathias Ogden : l'armée d’Arnold, comme l'on sait, avait quitté Cambridge, près de Boston, le 13 septembre précédent, forte de 1,100 hommes. ? Après la défection causée par

{ Clio était la muse de l'Histoire.

? Le Licutenant-Colonel Greene du Rhode Island, succéda comme second oflicier en grade, au Lieutenant-Colonel R. Enos. Les majors étaient R. J. Meigs, du Connecticut ; L. Timothy Bigelow, du Massachusetts. Les carabiniers de la Virginie étaient conduits par le Capitaine Morgan, Humphrey et Hette. Hendricks était à la tête d'une compagnie de la Pennsylvanie; Thaver en commandait une du Rhode Island. Thayer, Arnold, Melvin, Senter, Meigs, Dearborn, Henry ont tous laissé, chacun un Journal de la compagne. Le Commandant de l'expédition, Arnold, qui était souvent venu à Québec, trafiquer sur les chevaux, avait des instructions pacifiques et conciliantes à l'adresse des Canadiens, de la part de l’illustre Washington : il lui était de plus spécialement enjoint d'avoir toutes espèces de Bons procédés, pour le jeune Pitt, fils du célèbre Lord Chatham, qui s'était montré l'ami des rebelles au parlement anglais, dans le cas où il serait fait prisonnier. Ce jeune homme servait alors dans un régiment anglais en Amérique; plus tard, il devint le célèbre ministre Pitt. Jes bonnes intentions de Washington, furent sans effet, car Lord Chatham désapprouvant la politique du Roi, en Amérique, avait déjà rappelé son fils chéri, et Sir Guy Carleton en anticipation duwrappel, l'avait envoyé en Angleterre porteur de.-dépêches.

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GOUCY LE CASTEL.

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NOTES DE VOYAGE, 47 le colonel Roger Enos, qui, avec trois compagnies, rebroussa chomin, le 25 Octobre. Le gros de la bande, réduite aux dernières extrémités, par le froid, la fatigue et la faim, (scènes que nous avons retracées ailleurs) arriva, après des fatigues inouies, souvent dans l’eau jusqu'à la ceinture, exténuée par la faim, le 4 novembre, à un endroit de la Beauce, que les sauvages appelent Satigan les Anglais Sartigan, et Jean-Baptiste, qui ne manque jamais l’occasion d'enrichir le calendrier de quelque nouveau saint, Saint Igan.

Ces transformations de nom se rencontrent à la Beauce et ailleurs ; ainsi les côtes entre Ste. Marie et Ste. Margucrite se nomment Serasto ou St. Rasto, selon la dévotion des individus, ! avec le temps, on en viendra à St. Roustaud peut-être. St. Roustaud, au reste vaudra bien Saint-Morissette (Sommerset) ou Saint Fold (Stanfold) et pour passer du sacré au profane, notons quel. ques autres localités nanties de pittoresques sobriquets tels par exemple, que les lieux suivants où il nous a été donné de pérégriner ; L'Enfer,—Brise-culottes,— Vide-poche,— Frappe-sac. Tremblez, infortunés voyageurs, que la nuit surprendra dans les hôtelleries, de ces sombres endroits ! si vous n'éprouvez pas toutes les horreurs de l'enfer du Dante, où l'espoir n’entra jamais, vous y subirez à coup sûr celui de la faim. Pour vous, ni ‘“ Dinde rôti,—ni Vin d'Espagne ” Erperto crede. Mais revenons au Curé de Ste. Marie et à ses pensionnaires en 1775.

Le lendemain du copieux diner, Le 6 novembre, le général Arnold débarrassa Sainte-Marie de ses soldats jusqu'au dernier, non

1 La chapelle vôtive bâtie en 1778 par Madame Taschereau et son fils le seigneur G. E. Taschereau, grand père du Juge Jean T. Taschereau de Québec, fut détruite par le feu en août 1826, ou 1827: la nouvelle fut bâtie à quelque .l'istance du Domaine, par la famille Taschereau en 1830 ; ses voûtes servent de lieu de sépulture aux membres de cette famille. Chaque année à la fête patronale (le 26 juillet) les curés des paroisses environnantes viennent y dire la messe et les populations s'y portent en foule. Pour ne pas dérober le moindre fleuron de la couronne de cette bonne Ste. Anne, qui a fait marcher droit tant de boiteux, voir clair tant de borgnes, guéri tant de rhumatismes, je rappellerai ici un incident miraculeux où son intercession fut invoquée au siècle dernier, par une des châtelaines du manoir. ‘ Les soleils d'avril avaient gonflé la Chaudière, qui débordait de toutes parts, menaçant de tout engloutir; dans cette extrémité, une des jeunes châtelaines, Delle M... Ts s'avisa de faire placer la statue de Sainte Anne, à quelques pieds au delà du torrent débordé lui adressant l'invocation suivante * S{e Anne, si vous n'y prenez garde, la rivière va vous mouiller les pieds e! vous emporter,” aussitôt la rivière cessa de monter et l'eau se retira. Voilà un incident à l'adresse des nombreux pélerins à la chapelle Ste. Anne, à Ste. Marie, qu'en ma qualité de chron “eur, je ne pouvais sans crime omettre, La miraculeuse statue, échappée à endie de 1877, est la même qui orne le fronton actuel de la nouvelle chapelle. moment où je revois ces lignes, les caveaux de l'historique chapelle s'ouvrent nouveau pour réunir aux cendres d'une des fondatrices, Dame Julie Louise chereau, la plus jeune des filles du loyal seigneur G. E, Taschereau—morte en

39, celles de son époux décédé le 18 janvier 1870 à Ste. Marie, Richard Achille l ortier, écuier, médecin.

cependant sans avoir, noté en noir dans son carnet, le seigneur de céans, Gabriel-Elzéar Taschereau, fieffé royaliste. Le 7 novembre, barbouillés de boue, crottés jusqu’au yeux, les sans culottes d'Arnold, couchaient à quatre lieues de Québec.à Saint-Henri; et à onze heures du matin, le 8 novembre, (le 10 novembre selon Bancroft,) le corps expéditionnaire s’installait à la Pointe-Lévis; mais en anticipation de leur arrivée, le commandant anglais, Cramahé, en l'absence de Sir Guy Carleton, avait fort sagement fait venir, du côté de la ville, toutes les embarcations de Lévis ; de sorte que la traversée du fleuve ne put s'opérer que le 13 novembre,

‘“ Pendant les horreurs d'une profonde nuit, ”

sans bruit, sans flambeaux, au moyen de trente canots d’écorce, montés par des Indiens qu'ils avaient engagés à Sartigan, sous la direction d’un traître—un M. Haulstead, ! natif de Jersey et alors trafiquant de Québec. M. Haulstead entreprit les fonctions de pilote, dit Senter, dans cette périlleuse et difficile entreprise. Les canots, dont le point de départ était près des moulins (ceux du colonel Caldwell ?) vers la Chaudière, firent trois voyages avant de complèter leur tâche, de neuf du soir à deux heures du matin. On débarqua à Wolfe’s Cove (l’anse à Gilmour) et à Sillery, après avoir éludé la vigilance des deux vaisseaux de guerre anglais, le Lisard et le Hunter mouillés en rade, et dont les canots sillonaient le fleuve en tous sens. On alluma dans une demeure sur le rivage un grand feu, où l’on se chauffa; puis, au jour, l’on traversa le plateau des Plaines d'Abraham et comme il eût été, dit encore le Dr. Senter, absurde de tenter de prendre Québec d'assaut, les troupes d’Arnold allèrent s'emparer de la belle villa du colonel Caldwell, Sansbruit sur le chemin” Sainte-Foye et firent main basse sur les provisions de bouche que le colonel y possédait; Caldwell, comme l’on sait, officier distingué sous Wolfe en 1759, commandait la milice anglaise de Québec en 1775, et mourui en 1810.Ilétait le grand-père de Sir Henry Caldwell, décédé à Londres, ces années dernières.

1 C'est sans doute le même que le M. Halsted mentionné par Arnold, dans sa lettre au Congrès du 24 Janvier 1776 “General Montgomery on his arrival in this country (Canada) was pleased to appoint M. John Halsted commissary: he is a gentleman wo has been very active and zealous in our cause—is a merchant—1 beg leave L recommend his being continued''—Ce munitionnaire serait-il le même auquel le Col. Caldwell fait allusion dans sa lettre du 15 Juin 1776—The 8th November they, (les Yankees) got lo Point Levy where they took post, as also al my mill. The fellow whom 1 had employed Lo put the mill in order, and who was to have a share in the profits of it, turned out à great scoundrel, put me Lo great expense and has proved to be in the rebel interest. he aflerwards was LA

theircommissary of provision and acted in that position till the siege or blockade... was raïsed—61h May.”

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A mème date, Arnold envoya un détachement d'a peu près deux à trois cents hommes, jusqu’auprès des murs de Québec : lesquels par forme de défi, poussèrent trois hourras. Pendant deux à trois jours Arnold campa à une demi-lieue äe Québec, faisant de Sans bruit, son quartier général. Mais, sur examen, trouvant sa poudre endommagée et que ses amunitions lui faisaient défaut, il retraita le 19 nov. jusqu'à la Pointe aux Trembles, pour y attendre l’arrivée du Général en chef de l'armée du Nord, le brigadier Richard Montgomery.

Le 3 décembre, Montgomery fier de ses lauriers au Fort St. Jean et maître de Montréal opérait sa jonction, avec son lieutenant à la Pointe aux Trembles, et ordonnait ce jour même une grande parade devant l'Eglise de cette paroisse, des 675 “ vétérans ” d'Arnold, pour les complimenter, sur lénergie, la persévérance et le succès qui avaient couronné leur tentative d’invasion, à travers les savanes, les stériles montagnes, les torrents qui séparaient le Maine et le Vermont du Canada. Puis leur ayant fait distribuer les uniformes et vêtements pillés dans les hangards du roi, à Montréal, et réunissant ses nombreuses cohortes au détachement d’Arnold et aux deux cents Canadiens du Colonel Livingstone, il descendit à Québec, affronter les baïonnettes anglaises et canadiennes aussi bien que les horreurs d’un hiver canadien l'on sait avec quel succès.

Puis, le Dr Senter dans son Journal fournit, comme les autres, le dénouement du drame sanglant, le 31 décembre 1775, à près de Ville, où tomba Montgomery et au Sault-au-Matelot où Arnold fut blessé au genou et mis en déroute. Revenons à la fertile vallée de la Chaudière.

Il est peu de sites en Canada, qui, pendant la belle saison, donnent une plus haute idée de richesses agricoles, que les quatre paroisses semées à la suite les unes des autres, sur les deux rives de la Chaudière , St. George,—St. François, —St. Joseph,—Ste. Marie.

St, George commence là où la Rivière-du-Loup rejoint la rivière Chaudière, à vingt lieues de Québec ; tout y parle du voisinage de la grande république fondée par Washington et Franklin ; l'on sent à chaque pas que l'on approche des lignes ou bornes entre le Canada et l'Union. Le mouvement de va-et-vient est plus animé : les enseignes des auberges sont écrites en langue anglaise ; les paysans oublient l'antique politesse française, vantent Lawrence Lowell, Bangor, Augusta, Watterville. Plusieurs chantiers de billots sont en opération dans les bois aux environs; les fournitures et provisions s’obtiennent en Canada. Les propriétaires et les employés se reconnaissent par leurs feutres aux vastes bords,

leurs brillantes breloques, leur haute stature, leur longue figure et leurs bottes malouines. Ils boivent modèrement ; mais ils guessent,chiquent, crachent et jurent beaucoup. Les plus avaneës parmi nos jeunes canadiens à leur retour chaqne printemps des chantiers du Maineet des manufactures de Lowell, parlent un idiome qu'ils croient être l'anglais. Le vrai chic yankee, à mon idée, manque à la prononciation, si la joue est vierge de la succulente torquette de tabac : cniquer et cracher pour le Yankee, est un besoin, une institution, A tout prendre, Saint-Georges est une belle et grande paroisse : l’aisance des cultivateurs se remarque dans leurs longues maisons bien blanchies à la chaux, pleines d'enfants et de confort; écuries, granges, remises tout est blanc, hors la classique porte rouge de grange. La seigneurie de Saint-George-Aubert-Gallion, appartient à l’opulente famille Pozer, dont un membre, M. Christian H. Pozer, avocat au barreau de Québec, représente] le comté de Beauce au parlement provincial.

St. George-Aubert-Gallion fut concédé eu fief le 24 sept. 1736 à Dame Veuve, Thérése de la Lande Gayon, veuve de François Aubert, en son vivant Conseiller au Conseil Supérieur de Québec : ce fief avoisinait celui de Fleury de la Gorgendière, concédé le le 23 sept. 1736.

Saint-François : voilà uue fort populeuse paroisse ; c'est La Californie de la Beauce,—du Canada, dirais-je, Notre ami, le seigneur De Léry, vous en donnera des nouvelles. C'est vraiment frappant de voir l'impulsion que la découverte et l'exploitation du précieux métal ont communiquée à Saint-François.

L'on ne voit que résidences de mineurs, auberges de mineurs ; la voie publique est creusée sous vos pas, {unellée en différents endroits par les chercheurs d’or ; vous roulez, Dieu sait, sur combien de millions —poussière d'or, or en lingots, or dans le quartz, à vos côtés, là haut sur 11 montagne, sous vos pieds —de l'or partout. Votre œil vientil de mesurer les profondeurs d'un ravin tout bouleversé, comme par l'effet d'un tremblement de terre ? Qu'estce que cela, vous € . andez à votre charretier ?—Des excavations de mines, monsieur, dit-il.

Bientôt vons remarquez de vastes travaux dans Le lit de la rivière mème. Qu'est-ce ? dites-vous ? des excavations de mines, monsieur. Ici, c’est un petit château en pierre sur la rive ? la résidence des directeurs de la compagnie, vous dit-on. Là, c'est un superbe moulin à broyer le quartz. Plus tard vous franchissez successivement les deux célèbres rivières aurifères : la rivière Gilbert d’abord, — un peu plus loin, la rivière amine. Heureux coquins de la &eauce qui possédez ces deux Pactole dont l'onde abrite des linsots valant

ure et nt,chijeunes ineet it être iation, quer el \ tout isance s bien curies, ge de irtient Pozer, ce au

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NOTES DE VOYAGE. 5l

jusqu'à 8410 chaque. J'ai lu que dans la cathédrale de Mexico, pays célèbre pour ses mines d'argent, la principale lampe du sanctuaire était d'argent massif et assez vaste pour admettre dans l'intérieur à la fois huit hommes, pour la nettoyer; voilà ce qui manque à l'église de Saint-François, l’'Eldorado du Canada, une lampe d’or massif capable de contenir une ou plusieurs personnes pour la nettoyer, laqueile, ça va sans dire, serait présentée en don, par le millionaire de l'endroit.

St. Joseph fut concédé en fief, par le roi de France le 23 septembre 1736, au sieur Fleury de la Gorgendière, agent de la Compagnie des Indes, à condition d'ouvrir conjointement avec le sieur Pierre Rigaud de Vaudreuil, capitaine d’une compagnie d’infanterie et le sieur Thomas Jacques Taschereau, conseiller au conseil supérieur à Québec, tous deux concessionnaires du même jour, le premier de St. François—le second de Ste. Marie—un grand chemin, pour chevaux et voitures des rives du St. Laurent, à travers les dites trois concessions; ces “oncessions portent haute, moyenne et basse justice. Les seigneurs Rigaud de Vaudreuil La Gorgendière et Thomas Jacques Taschereau étaient beau-frères—Rigaud de Vaudreuil et La Gorgendière échangèrent le mème jour chacun, leur fief l’un contre l’autre.

Nous voilà au chef-lieu. Cours de justice, prison, avocats, shérif, de temps à autre un grand juge, une superbe cathédrale, ! assise comme une reine, sur une colline, voilà ce que l’homme l’a fait, Saint-Joseph. Mais vous, vertes prairies d'été, guerèts à perte de vue, champs fécondés, chaque printemps, de l’alluvion de la rivière débordée, nouveau Nil, c'est de la main de Dieu que vous êtes tombés; vous témoignez de son intarissable munificence, et de sa bonté ! Les paysans de St. Joseph ont dans leur basse-cour, dans leurs pores, moutons, volailles, avoine,—des mines plus précieuses que celles de St. François. Ils sont tous à l'aise : j'entends ceux qui sont industrieux et économes de leur temps et de leur argent. Je m'incline devant ta prospérité, à Saint-Joseph ; mais sans oublier les titres de ta belle voisine.

Ste. Marie.— Pourquoi des quatre opulentes paroisses échelonnées sur la rivière Chaudière, Ste. Marie m'impressionne-t-elle le plus favorablement ? En quoi consiste donc son charme ? Est-

1 Les campagnes de la Beauce justifient encore à ce jour la description que Bancroft naguère en tracait, ‘The party (Arnold’'s,) followed the winding of the river to the parish of St. Mary, straggling through a flat and rich country, which had for its ornament many low bright whitewashed houses, the comfortable abodes of a cheerful, courteous, and hospitable people. Iere and there along the road chapels met their eyes, and images of the Virgin Mary and rich imitations of the Saviour's

sorrows ”’ (ist. United States Vol. VII, P. 117.) :

ce dans la majesté de sa grandiose cathédrale! gothique, et dans le solide confort de son nouveau presbytère, digne demeure pour son pasteur lettré? Est-ce dans les vertes chevelures de ses ormes majestueux—avenue ombreuse, où nous assure-t-on, bien des amoureux ont juré fidélité, hélas ! éternelle, —ormes qui vous escortent pour ains, dire, jusqu'au seuil de ses manoirs, à tourelles antiques ? Esi-ce dans le tranquille murmure de ton onde, dans les historiques reminiscences du passé que tu évoques, Belle Rivière ? Chaudière ?

ëst-ce dans les traditions de bravoure, de loyauté, d’hospitalité, de bon ton, d. jovialité qui flottent, au-dessus de ces vieux noms respectés de notre histoire, comme un suave parfum, une Iumineuse auréole ?—les Duchesnay, les Taschereau, les De Léry— noms pesants à porter parce qu'ils semblent obliger à beaucoup. Est-ce dans les prés accidentés, les ondulants côteaux qui reposent la vue des deux côtés de la rivière ? Est-ce par-dessus tout pour le voyageur fatigué du trajet, par monts et vallées, du fond des lointains cantons de Lambton, d'Ayimer, de Broughton et de Saint- Frederic, l'idée du confort matériel qui l'attend aux hôtelleries de Sainte-Marie, ou de l'accueil cordial que lui feront de vieux amis ? Ce charme réside peut-être dans toutes ces choses réunies.

Ces parages avaient pour moi, tout dernièrement encore, un charme de plus : le charme d'être témoin d'un acte de dévouement spontané, sans espoir de gloire ou de récompense, hormis le témoignage d’une bonne conscience.

Avec la permission du lecteur, je mêlerai ce petit incident aux bribes d'histoire que contiennent ces hâtives Notes de voyages, ele.

En novembre dernier, la glace n'avait prise que partiellement dans la rivière Chaudière, au pont de Sainte-Marie. Au centre existait une longue mare entourée de bordages : le dégel augmenta la mare et affaiblit les bordages : le courant n’en était, par la crue des eaux, que plus rapide. Ce soir là, je passais la veillée sous un

1 La cathédrale de Ste. Marie, desservie par le Révérend Messire Ls, Proulx, est certainement l’un des plus Eux temples du culte catholique en Canada, La révolution française donna à Ste farie, non seulement un prêtre dévoué dans la personne de feu Messire Villade, mais encore quelques richesses artistiques fort prisées au vieux monde, Le tableau aux fonds baptismaux, importé en Canada par des prêtres français evpalriés, date de loin, de bien loin, dit-on. Il serait venu

en France avez St. Louis, au retour de sa croisade en Palsstine : si c’est le cas, merci de votre présent, Messire Villade !

? La Rivière Chaudière était la grande voie de communication pour les sauvages qui venaient anciennement de la Nouvelle-Angleterre à Québec. Le Jésuite Gabriel Druillettes, parti de Silleni le 29 août 1616, parait avoir été le premier qui remonta Ja rivière Chaudière jusqu'au Kennabec,—on sait que l'idée d'Arnold de pénétrer en Canada par le Kennebec et ln Chaudière n'était pas neuve. Le gouverneur Pownall en 1758 l'avait suggéré dans un écrit “TEA 06 THE SERVICE or America.” Un colonel Montrésor l'avait tenté avec succès avant Arnold.

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toit hospitalier où je devais coucher. A onze heures, au moment où je me disposais à gagner mon confortable alcôve pour demander au sommeil ses pavots, on annonce ‘un cheval qui se noie.” Chacun de courir d’abord pour arracher à une mort certaine l'infortuné maître, puis pour sauver le pauvre animal, dont les efforts pour surnager et la respiration haletante s'entendent de fort loin. Malgré l'embarras de la cariole, la courageuse bête, lassée d'avoir tenté en vain de remonter sur les bordages, refoulait à la nage le courant pour venir où nous étions, implorer comme par instinct, le secours de l’homme. Il fallut allier quérir échelles, amarres, Canots pour opérer le sauvetage dans l'obscurité. Bientôt les longs gémissements du noble animal, impuissant à remonter sur la glace, devenaient plus saccadés : parfois, ils ressemblent au râle d’un agonisant. Le temps presse M. F......, que je nommerai le bon Samaritain, s'élance le premier sur la glace perfide ; cramponné à une échelle, il parvint à saisir par les oreilles le cheval qui était venu trois fois à sa voix, et, nonobstant ses désespérés efforts, on réussit à lui passer dans le col l’amarre ; on l’étoutfe et à force de bras, on le tire sur la glace presque mort. Mais le maître où est-il ? Dort-il du long sommeil avec d’autres victimes sous l'onde perfide ! Demain nous le saurons, car ce soir lobscurité dérobe toutes traces. Je complimente le bon Samaritain sur son dévouement. “ Bah ! ditil: j'en ai bien tiré d’autres du même endroit : l'hiver dernier, je fus chercher la nuit, en canot dans la rivière, un pauvre diable lequel, quand je lui demandai de la rive, s’il était mort, me répondit : Non, mais j'achève !” Mon ami le Bon Samaritain, me racontait de la sorte ces périlleuses aventures, où il risquait très-souvent ses jours—Ccomme une bonne plaisanterie. Vive le Bon Samaritain !

J. M. LEMoINE.

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