M°° PRENTICE ET LORD NELSON
(La scène se passe à Québec—au Chien d'or en 1782. )
C'est un charmant pays
ue l’île de Cythére, Allons-y, mon Irys Ensemble y faire L'amour, l'amour, La nuit et le jour. Yup! Yup! Tra la la la la !
Yup! Yup! Tra la la la la!
(Ancienne chan OR. }
Quelques mots sur les jolies femmes en général. sur une jolie québecquoise du siècle passé en particulier,
Les coquettes jeunes et Jolies ont signalé leur présence parmi les enfants d'Adam par d'étranges bouleversements ; Qui en doute ? Leur règne, bien qu'éphémère de sa nature, a laissé des traces imdélébiles. Vouloir nier que les plus grands hommes, les guer. riers les plus farouches se SOnt senti désarmés, faisaient piteuse “gure, Ont amené pavillon en présence de ces visages roses de dix-huit ans, ce serait vouloir supprimer de l’histoire le rôle de mille et une coquettes enragées : ignorer Hélène, Dalilah. Judith, Aspasie, Cléopâtre, Louise La Vallière, Mie Lecouvreur. Ninon.
* . 5 Emma Hamilton, etc. etc., etc.
Un poëte français résumait cette ivrévocable maxime en cos mots :
"C’est l'amour qui fait le tour de la ronde, ”? ?
Un barde d'Albion :
“Tis love that makes the world go round, ”
Cherchez, si vous en avez le loisir, ce qu'en pensaient Goëthe. —le Tasse—Le Camoëns.
Pour le quart-d'heure, écoutez ce qu'en'dit le chantre des Har n0nies, Lamartine, dans la vie de Nelson. page 16. La scène passe à Quèbec vers 17892
se
D Mix PRENTICE ET LORD NELSON.
Parmi les mousses légendaires, les treditions, que le temps à groupées autour de notre vieille forteresse, il en est une qui, pour n'avoir pas été suffisamment examinée, n'en est pas moins vivace ; un des premiers qui la mentionne est le capitaine John Knox, oflicier de Wolfe, dans son volumineux journal du siége de 1759. La mémoire de Philibert, l’effroyable vengeance infligée au coupable, aussi bien que l'inscription audessus de la porte, tout prête au Chien d'or un caractère particulier de mystère.
C'est également at Chien d'or où se tenait ce fameux café, fréquenté comme lieu de réunions par nos grand-pères pendant et longtemps après l'invasion d'Arnold et de Montgomery. Le Bon: face était un monsieur Prentice ;! Richard Montgomery vraîsemblablement y séjourna vers l’époque du siége de 1759, alors qu'il servait dans le {7e régiment anglais; 1 était connu des hôtes, puisque le Ter ou le 2 janvier 1776, on s'adressa à Madame Prentice pour identifier le cadavre du ci-devant officier britannique devenu chef des rebelles Yankees; de fait, elle le reconnut. Le café continua d’être achalandé. La fille de la maison, paraît-il, était douée d'une merveilleuse beauté. Comment autrement expliquer la violente passion qu'inspira cetle Hébé, à l’homme dis-
| Le député-commissaire, Jas. Thompson contemporain de Madame Prentice, a biun vonlu nous fournir, à notre demande, la note suivante sur cette dernière, sa parent: ** Madame Prentice, la tante de ma mère, continua, après le décès de son
poux, M, Miles "Prentice, à tenir l'hôtel célèbre, alors connu sous le nom de
Free Masons Hall” maintenant le Bureau de poste, Elle avait une fille douée d'une grande beauté, qui épousa un M. Sprowle, lequel avait un emploi publie au Nouveau-Brunswick (celui d’arpenteur général, je crois), Madame Prentice à fini ses jours dans notre résidence, rue Sainte-Ursule, vers l’année 1792. C'était une
bien belle personne, 1 est très probable que Nelsoi fut un des habitués de l’hô-,
tel, et qu’il se soit amouraché de la belle demoiselle Prentice, mais je ne me rappelle pas l'avoir oui dire.” Signé : Jas. THOMPSON.
Le même incidentest relaté comme suit dans la vie de Nelson, parle lauréat Southey :
‘* At Quebec Nelson became acquainted with Alexander Davison ; by whose interference he was prevented from making what would have been called an imprudent marriage. The A/bemarte was about to leave thestation, her captain hadtaken leave of his friends, and was gone down the river te the place of anchorage ; when the next morning, as Davison was walking on the beach, to his surprise he saw Nelson coming back in his boat, upon inquiring the cause of his reappearance, Nelson took lis arm, to walk towards the town, and told him he found it utterly unpossible to leave Quebec without again seeing the woman whose society had contributed so much to his happiness there, and ofering her his hand. ‘‘If you do, said his friend, your utter ruin must inevisably follow” "Then let it follow,” cried Nelson, ‘for I am resolved to do it and I, replied Davison, ‘un resolved you shall not.” Nelson, however, ujron this occasion was less resolute than his friend and suffered himself to be led back to the boat.” Zife of Lord Nelson-—by Rob. Southey L. L. D.”
Un ancien nous écrit :
Mr, Thompson says he is sure it was Miss Prentice who was s0 pretty—Mr. H......... says it was her cousin and that Nelson’s ship had gone down to St. Patrick’s Hole, when he came back-that Miss Prentice married à Colonel who was subsequent]y appointed Governor of Chelsea or Greenwich Hospital.”
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tingué qui avait, sans doute, déjà vu les plus belles femmes de l'Angleterre.
Le quartier, d'ailleurs, était fertile en aventures galantes. Vers le même temps, le fils du roi George III, le duc de Clarence, l'ami de Nelson, plus tard Guillaume IV, digne frère des roués ducs de York et de Sussex, dit une tradition, y fut étrillé d’importance. La frégate la Pegasus, où il servait comme midshipman, était en rade: il se trouvait en congé : et pris d’admiration pour une jeune beauté de Québec, (la chronique ne dit pas si c'était la Circée qui avait captivé Nelson) il la poursuivit jusque sous le toit paternel, mais le prince avait calculé sans tenir compte du père de la donzelle, lequel, muni d'un vigoureux fouet à cheval, en caressa sans miséricorde les royales épaules du duc qui s’exclamatt comme un possédé : Ne frappez pas! je suis le fils du roi! je suis le fils du roi!—: Vous êtes le fils du roi, » répliquait le père outragé, «eh bien, voici comme l’on traite le fils du roi:» et il lui administra une dose que le royal duc n'oublia pas de sitôt, mais revenons à ce qui se passait vers 1782 au Chien d’or. Le héros de cette aventure-ci devint, quelques années plus tard, le plus grand homme de mer de la Grande-Bretagne.
Nelson commandait alors le brick !’Albemarle de vingt-six canons. «Ayant reçu ordre de venir en Amérique, il passa,» dit Larnartine, «quelques mois à Québec. Epris d'une ardente passion pour une belle canadienne d’une classe inférieure à son rang, il n'hésita pas à sacrifier son ambition à son amour et à quitter le service pour épouser celle qu'il aimait, au moment où l’escadre faisait voile pour l'Europe. Ses officiers, inquiets de son délire, descen. dirent à terre pour l’arracher à son idole, et lui firent violence pour le ramener à son bord. On pressentit, dès cette époque, que l'amour, cette ambition insatiable des âmes tendres, serait l'écueil de sa vie.»
Un ancien de Québec, le colonel John Sewell commandant les volontaires, nous a fourni le nom de l'héroïnede cette aventure. Ce serait Mlle Prentice, la fille du propriétaire du célèbre café—qui a été mentionnée plus haut. Le colonel Sewell tient ce faitde l’hon. Wm. Smith, greffier du conseil, un des contemporains du duc de Clarence. L'hon. M. Smith ajoute une circonstance que Lamartine a omise, savoir, que le duc abandonna l’idée de ce singulier mariage à l'instance de Mathew Lymburner, ancien négociant de Québec. Quoiqu'il en puisse être, cet incident, décrit en détail par Lamartine, fait naître bien des conjectures—d'utiles enseigne ments.
Il a son côté plaisant. L'imagination se reporte à cette côte, rue la Montagne qui nous est si connue, à cette époque de 1787, pour
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y contempler le cortége des gais marins « faisant violence » à leur jeune capitaine pour le «ramener à son bord, » loin du doux sourire de la belle canadienne. On se figure l’amoureux Horatio, le futur amant de la séduisante mais sanguinaire Lady Hamilton, le boulevard de la Grande-Bretagne, le vainqueur d'Aboukir, de Trafalgar, de Copenhague, se débattant, se tordant de désespoir, sous l'étreinte de ses compagnons de gloire, pour se dérober, mais en vain, à sa brillante destinée. Voilà la partie comique de cette affaire.
Mais quelle perspective se présente, si le Titan de la mer eut réussi à se soustraire à la tendre sollicitude de ses officiers ?
Que de changements dans la carte de l’Europe ; que de nouveaux horizons dans l’histoire, si Nelson eût déserté le service naval de sa patrie en 1782! Napoléon eût sans doute dicté la loi au monde entier. Sa suprématie sur mer eût consolidé sa domination sur le continent européen ; et cela, parce qu’un amoureux, jeune capitaine de frégate, s'était pris de passion pour une ravissante canadienne.
Sillery, juillet 1867.
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Les Bostonnais à Saint-Pierre’ rivière du Sud, 1776.—Le curé Bailly.—Loyauté des quatre seigneurs De Beaujeu. —Couillard. —Taschereau. — De Gaspé.— Triste état des rebelles au spirituel et au temporel. —Encan des meubles et effets du seigneur Gabriel-Elzéar Taschereau à Ste. Marie, d’après les ordres d’Arnold,—Procès-verbal de la vente.—Une curieuse pièce,
Que de fois, ai-je contemplé, sous leur aspect le plus riant, en juin, les vertes prairies de Saint-François et de Saint-Pierre, Rivière du Sud: je les ai vus aussi en automne, ces guèêrets à perte de vue, couverts d’une abondante moisson, et j'ai eu occasion plus d’une fois, d'admirer ces terres à blé, —planches, unies comme un marbre, quelquefois labourées avec symétrie :—elles me rappellaient la fertile vallée de la rivière Chambly, lieu choyé de l'agriculteur canadien. Tout dernièrement encore je revoyais ces lieux—morneset silencieux: une de nos grandes tempêtes d'hiver grondant dans les airs me fit regagner à la hâte l'hôtellerie du village où je cherchai,—en attendant que la voie ferrée pût reprendre ses voyages,—dans les livres, une distraction à l’ennui qui m'obsédait. Bientôt je me rappelai que Saint-Pierre avait un nom dans les annales du passé : que la tradition et les vieux manuscrits y placaient un incident assez notable de la guerre des Bostonnais ; qu'un belliqueux curé le Rév. messire Bailly, en compagnie du seigneur Couillard et du seigneur deBeaujeu, y devint la victime de sa martiale ardeur pendant l'hiver de 1775-6. Messire Bailly était-il le curé de Saint-Pierre pour cette année, me dis-je ? allons compulser les registres de paroisse ? Je m’adressai de suite à mon excellent ami, messire Narcisse Beaubien, prêtre desservant, lui expliquant l’objet de ma recherche. Mon aimable hôte, non-seulement me produisit sans délai de vénérables Folios étiquetés
1775-65 etc., il mit encore à ma disposition un petit tableau chronologique des prêtres desservant Saint-Pierre depuis la fondation de l’église, «1727 à 1869,» imprimé à ses frais et distribué en don à ses paroissiens. Grande fut ma surprise de n'y pas voir figurer le nom du belliqueux messire Baïlly. Néanmoins, en compulsant le régistre des ManiaGEs, B4PTÊMES ET SÉPULTURES, nous trouvâmes, sous la date du 31 janvier 1776, une entrée signée par Chs. Frs. Pailly, prète., constatant que ce jour, lui, le dit Chs. Frs. Baïily, « Directeur du Séminaire de Québec» avait baptisé Marie Charlotte Bernache.» Eureka ! Eureka ! m'écriai-je. Mon hôte me At promettre de lui donner connaissance des faits d'armes du patriotique curé... et voici.
À part quelques détails que l'on trouve dans nos histoires du Canada sur l'affaire de Michel Blais, ? tel est le nom qu’on donne à ca combat, les renseignements suivants puisés à des sources peu connues pourront intéresser.
Parmi les manuscrits, présentés par notre ::gretté ami G. B. Faribault, à la Société Littéraire el Historique, il en est un sur l’invasion de 1775-6. M. Faribault dit tenir ce document de feu l’hon. J. M. Fraser, mort vers 1860, dont l'ancêtre servait en Canada à l'époque de 1775 lequel semble lavoir reçu soit de Hugh Finlay ou du capt. Pat. Daly du régiment Royal Emigrant, (84th) commandé en 1775 par le Col. McLean. Ce journal est assez circonstancié, mais à chaque ligne, il y perce une haine si implacable contre les Canadiens que la lecture en devient ennuyeuse. Sous la date du 6 avril 1776, on lit: « À deserter came in, says : That Gen. Lee is on his way to this place, (Quebec) with 4,000. About 100 Cana. dians were got together by one William Ross who formerly served în the 78th (Col. Fraser’s) and one Mr. Beau and Mr. Gaspé, to whc à our Governor had sent secret orders by the Beaumont men, and wüh these they intended to seize the rebel battery at Point Levy, and open a communication with the town but the oiher Canadians betrayeu them, and a great body ef them having joinel 100 Bostonians, they all marched and attacked the small party 6f Royalists whom they routed, after killing four or five : amongst the rest, one Mr. Bailly, «& priest, who was a zealous Royalist was murh :rounded. Though the Canadians in general are treacherous, yet there «re a few honest amonsgt them» Le dernier trait ra que faire de commentaire : l'histoire est là pour prouver que. sans les Canadiens-fiançais en 1775 et en 1812, le Canada était perdu pour l'Angleterre les Anglais de 17% devraient être les derniers à jeter aux Canadiens le mot de traîtres, quand le chef de l'armée d’invasion, le géné-
() Michel Blais,, si mes renscignements sont exacts, est l'ancôtre du député pour Montmagny, Louis Blais, écr., de St, Thomas, avocat.
1 chroidation en don figurer pulsant s trou- 16e par hs. Frs.
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ral Montgomery était un de leurs officiers qui, avec Wolfe, vint en Canada en 1%9 ; on trouve deux autres officiers anglais le major Moses Hazen, ct le capitaine Donald Campbell parmi les «rebelles» et plusieurs des principaux marchands anglais de Québec et de Montréal, sympathisaient ouvertement ou secrète ment avec les hordes de Montgomery et d'Arnold, les Lymburner, les Wells, les Bonfield, les Zacharias McCauly, Murdock Stewart, etc. Le Col. Henry Caldwell, le grand père de Sir Henry Caldwell qui est mort ces années dernières, écrivant en juin 1776, à son ancien chef et ami le général Murray, mentionne le fait d'armes de messire Bailly comme suit :
«L forgot to mention «à cireumstance in favour of the Canadians (lacould willingly say as much in their favour, consistent with truth, as Lcould.) À habitant from Beaumont (the only one that crossed to toiun during the winter from thal side) came to Quebec in a canoe with some fresh provisions, and mentionned that many of the inhabitants of the south side were inclined to serve the government, if they knew how, The general by this man wrote to À M de Beaujeu, who lived in obscurity on the Îsle aux Crues, to try and endeavour to assemble the Canadians, and eut the quard they then had at Point Levy. Ie engaged about 150 Canadians in that design ; but they were betrayed by others of the disaffected Canadians. Some of them assembled in a house together, were surrounded, ana about thirty taken prisoners. Messire Bailly, « priest, was shot through the body, and also taken ; he, however has soon been released, and recovered of his wounds. The priests, in generee! behaved well and refused to vonfess the Canadians in the rebel l'ivrest, for which they suffered persecu: tion. Messire de Lotbinitre. «'one eccepted, he they proposed to make Bishop. Monsieur De... tas almost the only person of the noblesse that did not every thïng he could for the publie service.» ?
Les curés de campagne, avant, comme le dit le colonel Caldweli refusé de confesser ies annexionnistes, pendant l'hiver de 1776, il est à présumer que plusieurs ne firent pas leurs pâques. C'est ce que le brigadier général Wooster écrivait au colonel Warner le 6
janvier 1776 : «The clergy refuse absolution to all who have shown
themselves our friends and preach damnation Lo all who vil not take up arms against us.» I faut avouer que les temps étaient durs pour nos amis les ennemis, au spirituel et au temporel. Les jour naux tenus à l’armée d'invasion, avant d'arriver à la Beauce men tionnent entre autres friandises un potage confectionné d'un gra terreneuve appartenant au capitaine Dearborn pour le gouter de
) Frere du héros de la Mononwahela ; il mourut vers ISI1. ) Lettre du col. Caldwell au général James Murray, publié en 1867 par la
} ciété Lattéraire et Historique
ces Messieurs ; potage et bouillon, entrailles y comprises, tout fut dévoré avidement ; on avait d'abord nrétendu que c'était de la viande d'ours, attendu que ce potage avait une teinte verdâtre. 1
Enfin, pour varier les mets, on faisait bouillir pour les attendrir et ensuite frire des pantalons de peau d'orignal, pour nourriture ; l'attirail d’un barbier, se transforma en une soupe. « Old moose hide breeches were boiled, and then broiled on the coals and eaten, a barber’s powder bag made a soup in he course of the last three or four days before we reached the first settlement in Canada.» Tout changea de face, une fois entrés dans la terre promise de la vallée de la Chaudière. Les cultivateurs de ces cndroîïts n’eurent pas la peine de remettre aux fôûtes de Noël ou de Pâques à faire leurs boucheries, les yankees les firent pour eux. Les poulaillers et les lards de la Beauce contribuèrent beaucoup au soutien de ces désintéressés patriotes, la plupart Irlandais, dit Caldwell, qui devaient par leur courageuse initiative régénérer le monde. Mais ceci nous éloigne de l'incident principal de cet écrit : le fait d'armes de messire Bailly. Ouvrons donc un mémoire du temps, le manuscrit de Simon Sanguinet, avocat de Montréal, dont l'intéressante relation sera sous peu, espérons, livrée à la publicité. Nous y trouverons au moins un historien sympathique.
« Le 25 mars,» dit Sanguinet,» il se forma un parti de canadiens «royalistes dans les campagnes du sud en bas de Québec, au nombre « d'environ trois cent cinquante hommes, commandés par M. Beau- « jeu, ancien capitaine canadien : Il fitavancer un avant garde de «cinquante hommes jusque dans la paroisse de Saint-Pierre, com- «mandée par le sieur Couillard, pour favoriser sa marche, jus- «qu'à la Pointe Lévis, vis-à-vis pour entrer dans la ville s’il était «possible, afin de donner du secours. Mais il s'assembla un autre «parti d'habitants de différentes paroisses, avec environ cent cin « quante Bostonnais qui cernèrent la maison où était l'avant-garde « des Royalistes, les attaquèrent vivement et le firent prisonniers «dans le combat. IL v a eu trois habitants Royalistes tués, 0 ix de «blessés avec M. Baïlly, prôtre qui était avec eux ; ils auraient « tous été tués après s'être rendus prisonniers si les Bostonnais ne « l’'eurent empêché. Il fut envoyé dix-huit prisonniers à Montréal «et le reste renvoyé chez eux avec promesse de ne plus prendre « les armes. M. Beaujeu fut obligé de congédier sa petite armée et « de se cacher de crainte d’être fait prisonnier, L'on vit dans cette «affaire des pères se battre contre leurs enfants et les enfants «contre leurs pères, ce qui paraîtra sans doute bien étrange.» De quels autres faits-d'armes, Saint-Pierre et les autres paroisses de
1 Journal de Ware,
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la côte sud furent-elles le théâtre pendant l'hiver de 1776, l'histoire ne dit mot.
Le brave seigneur de l'Isle aux Grues retourna à son île fortunée, et Messire Chs. Frs. Bailly, + revint probablement au séminaire de Québec, dont il paraît avoir été le directeur. Enfin, les braves habitants de Saint-Pierre ct des paroisses circonvoisines n'eurent pas à attendre bien longtemps pour un changement de fortune ; le 6 mai, tous les Yankees échappés à la picotte, ou à la mitraille, tous ceux qui survécurent aux suites des indigestions que durent leur causer les grasses volailles de la Beauce ; tous ceux enfin dont l'estomac fut assez robuste pour digérer les fragments de pantalons de peaux d'orignal bouillis, puis rôtis, ou du potage d’entrailles de terres neuves, «au jus verdâtre»; tout ce qui avait encore vie parmi c?tte bande de tanneurs, de chapeliers, de forgerons, de cordonniers, d’aubergistes, la plupart irlandais de naissance «halters, tanners, blacksmiths, shoemakers, tavernkeepers, chiefly Fish, dit le col. Galdwell, qui les avait étrillés d'importance ; tous prirent la clef des champs ; maintenant leur mémoire est immortalisée en belle prose, par le grand historien des Etats-Unis ; d’un coup de baguette, Bancroft transforme le tout en héros dignes de la Grèce antique!!!
Je dois dire ;jue ces traditions de combats sont vivaces parmi les bons habitants de ces paroisses et que l'esprit militaire paraît y avoir de fortes racines ; — au moment de mon arrivée dans le village St. Pierre, une escouade d'alertes volontaires, en tuniques brillantes, revenaient de chez leur commandant le Capt. Landry, où l’on se disposait, par uu examen préparatoire, à passer en revue devant le major de brigade le col. Duchesney, qui y était attendu ce soir-là même.
IT
Le lecteur a pû voir par les pièces précédentes, combien de dé. tails intimes de la palpitante période de 1775, existent enfouis, inconnus dans les vieux manuscrits et les traditions du passé : que de beaux faits d'armes, que d'actes de dévouement à la patrie pendant ce terrible blocus de Québec eu 1775-6 !—qui donc nous retracera les angoisses de nos pères dans toute deur hideuse réalité pendant le douloureux hiver que les hordes d’Arnold —plus féroces que les Féniens de Ridgeway—promenaient la
(4) M. G. R. Charles-Francois Bailly de Messien coadjuteur de M. G, R, Hu. bert-—né à Varennes, district de Montréal, 4 nov. 1740-—ordonné prêtre à Québee, 10 mai 1767—nommé curé à la Pointe-aux-Trembles en 1777—coadjuteur, 30 jui
J , juin 1788—nommé à Rome évêque de Capse, in partibus, 26 sept. 1788. Mort à l'Ha. pital-Général, 20 mai 1794—et inhun la Pointe-aux-Trembles, dont il était curé depuis 16 ans, (L abbé Tanguay
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