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M. DAIGREMONT, A TOURS

La France seule n'a pas le privilège de se montrer trop souvent injuste envers ses propres enfants. En Piémont, jusqu'à ces derniers temps, tout tableau tant soit peu remarquable était immanquablement attribué à un peintre étranger. Sur la foi de Lanzi, qui, dans son Histoire de la, peinture (t. V, c. vi), avait déclaré si légèrement l'inaptitude de la contrée à toute autre chose qu'à la guerre et aux combats, on condamnait sans examen les efforts de plusieurs siècles. Presbitero, Gandolfino, Macrino d'Alba, étaient à peine connus; quant à Defendente de Ferrari, personne même ne soupçonnait son existence. Il a fallu la découverte récente d'un document de premier ordre dans les archives de Moncalieri, pour mettre fin aux fantaisies de certains critiques qui, en présence d'œuvres dont ils ignoraient l'origine, évoquaient presque indifféremment Venise ou l'Allemagne.

Une fois en possession d'un point de comparaison , — le triptyque de San Antonio di Ranverso, — il ne fut pas difficile de rendre au maître ce qui lui appartenait. Sa vie active, qui s'étend tout au moins de 1503 à 1535, si l'on en juge par les dates extrêmes relevées sur ses tableaux, s'est entièrement passée en Piémont, où il a travaillé pour les églises d'Avigliana, Chieri, Chivasso, Ciriè, Feletto, Fossano, Ivrea, Moncalieri, San Benigno in Canavese, Suse, Turin et Saint-Michel de Cluse. Le monogramme composé d'un grand F surmonté d'une croix qu'accompagne à droite un petit p, qui se voit à Ivrée, à San Antonio di Ranverso, et ici même, audessous des ossements jetés sur le sol en avant du sépulcre, se trouve en outre expliqué : il signifie Ferrari pinxit , et sa présence confirme les autres appréciations fondées sur la couleur, le dessin et une tendance très prononcée à ne tenir aucun compte des progrès accomplis, à se faire l'imitateur des anciens maîtres. Du reste, si l'on veut des renseignements plus complets, tant sur l'homme que sur les œuvres, rien n'empêche de lire la brochure publiée à Turin par le baron Gamba, en 1876 : Abhadia di San Antonio di Ranverso e Defendente de Ferrari, da Chivasso, pittore deW ultimo de' Paleologi.

Le tableau dont nous nous occupons n'est pas seulement d'une authenticité incontestable, il appartient au meilleur temps de l'artiste, qui l'exécuta, en 1524, pour l'église du couvent des Capucins, dite de San Francesco al Bosco, tout près

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