VIERGE DE PITIÉ ENTRE QUATRE SAINTS
d'Avigliana. Vers 1852, en exécution de la loi Siccardi, qui supprimait les biens de mainmorte, il fut vendu, ainsi que le couvent, à un magistrat du nom de Marlino. Ce dernier, après en avoir fait faire une copie, l'a cédé, il y a une vingtaine d'années, au propriétaire actuel.
La scène figurée, au premier abord, n'est pas très facile à indiquer. Nous n'avons pas là une véritable Pieln , c'est-à-dire vme Vierge de douleurs, tenant sur ses genoux le divin Crucifié. Marie, semble-t-il, qui a assisté au drame du Calvaire, procède toute sevde à l'ensevelissement de son fils. Les autres témoins des derniers moments de Jésus, ceux qui se voient toujours d'habitude autour du sépulcre, après avoir, de leurs mains pieuses, aidé à la descente de croix, sont remplacés par saint François d'Assise et saint Bernardin de Sienne, le premier reconnaissable à ses stigmates, le second au monogramme du nom de Jésus. Puis, en avant, sont agenouillés : du côté gauche , saint Nicolas de Tolentino , qui porte un lis et une croix , sans compter qu'un soleil brille sur sa poitrine; du côté droit, sainte Claire élevant l'ostensoir, dont la présence sur les remparts d'Assise occasionna, dit- on, la fuite des soldat? musulmans de Frédéric II. Cette pièce d'orfèvrerie, par un retour à certaines pratiques du xv" siècle, est accusée en relief au moyen de pâte et richement dorée.
Au-dessous du tableau proprement dit, règne ce que les Italiens appellent una predelhi, c'est-à-di: ,^ un gradin également peint à sa partie antérieure, et consacré à la reproduction de petits sujets empruntés à la vie du saint que l'on voulait particulièrement honorer. Ainsi saint François nous apparaît : d'une part, harcelé par (juatre diables, se jetant aux pieds de la Vierge, dont il implore l'assistance; de l'autre, dans la célèbre grotte de l'Alvernia, en Toscane, recevant les stigmates. Ces deux scènes, traitées d'autre manière que le reste, se complètent aux extrémités par les portraits en buste de Jérémie et d'Isaïe, l'un et l'autre clairement désignés par des versets tirés de leurs prophéties : 0 vos omnes qui transitis per viam, ntlendilc et videle (Trenor. prim., id est Lamentationum primum caput). — Et eril eius f/lorîosum sepulcrum (Isaïe , xi, 10).
Le cadre, qui est admirablement conservé, n'est pas moins digne d'attention que le reste. Sur un fond bleu azur, se détachent en or des ornements d'une grande délicatesse, sculptés dans du bois de peuplier blanc. Pas la moindre trace de stuc; tout a été fait avec soin pour durer des siècles. Ajoutons que, dans les écoinçons, s'aperçoivent encore les armoiries suivantes : d'azur au chevron de gueules [sic], cantonné, en chef, de deux têtes de lion d'or lampassé de gueules surmontant chacune une lleur de lis d'or, en pointe, d'un lion d'or lampassé de gueules.
Ferrari se distingue par un grand charme de coloris, une certaine naïveté voulue et l'expression de pieuse tendresse qui est peinte sur les visages de ses saints. C'est un primitif égaré en plein xvi" siècle, un artiste pour qui un tableau devait avant tout élever l'âme et parler à l'esprit.
EXPOSITION DE TOUI\S