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Chapitre XIII

Pendant mon séjour en France, il m'a esté fait diuerscs questions par plusieurs honnestes gens, concernant les pays de la Nouuelle-France. Fay creu que i'obligerois le Lecteur curieux de les mettre icy, et d'en faire vn Chapitre exprés, auec les réponses, qui donneront beaucoup d'intelligence et de connoissance à ceux qui ont de l'affection pour cç pays icy, ou qui souhaiteroient d'y venir.

le comraenceray donc par vnc assez commune, qui est, si la vigne y vient bien. Fay déjà dit que les vignes saunages y sont en abondance, et que mesme on en a cprouuô de celle de France, qui y vient assez bien. Mais pourqùoy ne faites-vous donc pas des vignes ? le répens à cela, qu'il faut manger auant que de boire ; et par ainsi qu'il faut songer à faire du bled auant que de planter de la vigne : on se passe mieux de vin que de pain ; c'est tout ce qu'on a pu faire que de défricher des terres pour faire des grains et non autre chose.

Le vin y est-il cher ? le répons, qu'il y vaut dix sols la pinte ; l'eau de vie y vaut trente sols la pinte, et le via

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d'Espagne y vaut autant : 1h mesure est semblable à ccîle de Paris.

Le bled y esî-il cher ? Le froment y vaut cent sois îe minot, pesant soixante liures : et quelquefois il vaut six francs.

Les pois y valent vn écu le minot, et quelquesfois iusques à quatre francs.

Les iournées des hommes y sont-elles chères ? Vingt sols estant nourris pendant Thyucr, et trente sols estant nourris pendant l'Esté.

Y a-t-i! des cheuaux dans îe Pays ? le répons que non. N'y a-t-il pas des prairies pour faire du foin ? l'auoine

n'y vient-elle pas bien ? Parfaitement bien^ et il y a de îres-belles prairies : mais il est assez dangereux d'auoir le foin, tant que les Iroquois nous feront la guerre, et surtout aux habitations des Trois-Riuieres et du Mont Royal : car les faucheurs et les feneurs sont toujours en danger d'estre tuez par ces Iroquois. Voila la raison poarquoy on fait moins de foin, quoy que nous ayons de belles et grandes prairies, ou il y a de très-bonne herbe propre à ce faire. Mais il y a encore vne autre raison qui empesche d'auoir des cheuaux, c'est qu'il cousteroit beaucoup pour les faire venir de France : il y a peu de personnes qui ayent de quoy faire ces dépenses ; et d'ailleurs on craint qu'estant venus les Iroquois ne les tuent comme ils font de nos autres bestiaux, ce qui seroit bien fascheux à celui qui auroit fait la dépense de les faire venir. Et puis on espère toujours que nostre bon Roy assistera ce Pays icy, et qu'il fera destruire cette canaille d'Iroqnois,

Y a-t-il bien des habitans ? A cela ie ne peux rien répondre d'asseuré, sinon que l'on m'a dit qu'il y en auoit enuirons huit cens à Québec, pour les autres habitations il n'y en a pas tant.

Les habitans ont-ils bien des enfans ? Ouy, qui viennent bien faits, grands et robustes, aussi bien les filles que le»

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garç-ons : ils ont communément l'esprit assez bon, mais vn peu libertins, c'est-à-dire qu'on a de la peine à les captiucr pour les estudes.

Pourquoy ne fait-on pas quantité de chanvres puisqu'il vient si bien ? La mesme raison que i'av apporté pour la vigne, ie l'apporte pour le chanvre, sçauoir que nous n'auons songé qu'au bled iusques à maintenant comme le plus nécessaire, l'ajouste seulement que nous sommes trop peu de monde, car après la défaite de l'Iroquois, il ne manquera que des habitans icy, pour y auoir tout ce que l'on peut souhaiter.

Quelle boisson boit-on à l'ordinaire ? Du vin dans les meilleures maisons, de la bière dans d'autres : vn autre breuuage que l'on appelle du bouillon, qui se boit communément dan? toutes les maisons ; les plus pauures boiuent de l'eau, qui est fort bonne et commune en ce pays icy.

De quoy sont basties les maisons ? Les vnes sont basties toutes de pierres, et couuertcs de planches ou aix de pin ; les autres sont basties de collombages ou charpente, et massonnées entre les deux ; d'autres sont basties tout à fait de bois ; et toutes les dites maisons se couurent comme dit est» de planches.

Le chaud en Esté est-il bien grand ? 11 y est enuiron comme dans le pays d'Aunis.

Les froids y sont-ils grands l'Hyuer ? Il y a quelques iournées qui sont bien rudes, mais cela n'cmpcsche pas que l'on ne fasse ce que l'on a à fiiire : on s'habille vn peu plus qu'à l'ordinaire, on se couure les mains de certaines moufles, appellées en ce Pays icy des mitaines ; l'on fait bon feu dans les maisons, car le bois ne couste rien icy qu'à bûcher et à apporter au feu. On se sert de bœufs pour le charrier sur certaines machines qu'on appelle des traisnes : cela glisse sur la neige, et vn bœuf seul en mené autant que deux heeufs féroient en Esté dans vne charette. Et comme i'ay d' ja dit, la pluspart des jours sont extrémemement serains,

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et il pleut fort peu peudant l'IIyuer. Ce que i'y trouue de plus importun, c'est qu'il faut nourrir les bestiaux à l'astable plus de quatre mois, à cause que la terre est couuerte de neiges pendant ce tems-là : si la neige nous cause cette incommodité, elle nous rend d'vn autre costé vn grand service, qui est qu'elle nous donne vne facilité de tirer les bois des forests, dont nous auons besoin pour les bastiments, tant de terre que d'eau, et pour autres choses. Nous tirons tout ce bois de la forest, par le moyen de ces traisnes dont j'ay parlé, auec grande facilité, et bien plus commodément, et à beaucoup moins de frais, que si c'estoit en Esté par Charette.

L'air y est extrêmement sain en tout tems : mais surtout l'Hyuer : on voit rarement des maladies en ces Pays icy : il est peu sujet aux bruines et aux brouillards ; l'air y est extrêmement subtil. A l'entrée du Golfe et du Fleuue, les bruines y sont fréquentes, à cause du voisinage de la mer : on y voit fort peu d'orages.

Mais quel profit peut-on faire là ? Qu'en peut-on tirer ? C'est une question qui m'a esté faite souuentefois, et qui me donnoit enuie de rire, toutes les fois qu'on me la faisoit : il me sembloit voir des gens qui demandoient à faire récolte auant que d'auoir semé. Apres auoir dit que le Pays est bon, capable de produire toutes sortes de choses comme en France, qu'on s'y porte bien, qu'il n'y manque que du monde, que le Pays est extrêmement grand, et qu'infailliblement il y a de grandes richesses, que nous n'auons pas peu découurir, parce que nous auons vn ennemy qui nous tient resserré dans vn petit coin, et nous empesche de nous écarter pour faire aucune decouuerte : Ainsi il faudrait qu'il fust détruit, qu'il vint beaucoup de monde dans ce Pays icy, et puis on connoistroit la richesse du Pays : mais pour cela, il faudroit que quelqu'vn en fasse la dépence : mais qui la fera, si ce n'est nostre bon Roy ? 11 a témoigné le vouloir fiiire, Dieu luy veuille continuer sa bonne volonté-.

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