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Les Anglols nos voisins ont uni trabord de grandes dépenses pour les habitations là on ils se sont placez ; ils y ont jette force monde, et l'on y compte à présent cinquante mil hommes portans les armes : c'est merueille de voir leur Pays à présent ; l'on y trouue toutes sortes d« choses comme en Europe, et à la moitié meilleur marché. Us y bastisseut quantité de vaisseaux de toutes façons : ils y font valoir les raines de fer : ils ont de belles Villes : il y a Messagerie et Poste de l'vne à l'autre : ils ont des Caresses comme en France : ceux qui ont fait les auuances trouuent bien à présent leurs comptes : ce Pays là n'est pas autre que le nostre : ce qui se fait là, se peut faire icy, ^
Cela n'empeschera pas que ie ne vous dise ce que ie crois que l'on peut faire, et dont l'on peut tirer beaucoup de profit : premièrement la pesche de la Moluë, qui est abondante à l'entrée du Fleuue, aux enuirons de Gaspé-
Secondement les huiles, tant de Loups-marins que de Marsoins, dont il y a abondance dans ie Fleuu« Saint Laurens, comme i'ay desia dit. ïl est vray qu'il y a quelque dépense à faire pour cela, mais elle ne sera pas considérable, à l'égal du grand profit qu'on en peut esperer.
II y a des mines de fer, de cuiure, d'estain, d'antimoine et de plomb ; plusieurs croyent qu'il y a aussi des souflVieres.
I'ay parlé à vn faiseur de salpêtre, qui m'a dit qu'on en trouueroit icy d'aussi bon, qu'en aucun lieu du monde, et en quantité.
Pour le charbon de bois de Cèdre, il est sans comparaison beaucoup m.eilleur qu'aucun, dans la composition de la poudre et îles artifices.
De plus, les bois qui sont icy en si grande abondance, «e peuuent-ils pasjetter vn grand profit, soit pour les bastimens de mer, ou autres ouvrages, à quoy ils peuvent estre vtiles.
La terre estant bonne, ne peut-elle pas donner vn grand |)îofit, non seulement pour toute sorte de grains, qu'on en pourroit tirer abondamment : mais pour les chanvres et lin^.
qui venans bien, on en peut faire en abondance, et en faire par conséquent grand profit.
le ne parle point de l'abondance des Animaux, qui s'y peuuent nourrir, comme de beaucoup d'autres choses que vous voyez aussi bien que moy, après la description que ie vous ay faite.
Toutes les riuieres sont-elles nauigables ? le répons que oiiy, auec les canots saunages ; mais non pas auec nos bastimens. Les Nauires ne peuuent pas passer Québec, à ce que l'on croit, les Barques et Chaloupes ne peuuent pas aller plus loin que Mont-Royal ; du Mont-Royal jusques dans le lac des Iroquois, il se trouue quarante lieues de rapides, que l'on ne peut pas monter qu'auec des canots, et des bateaux plats : encore les faut-il tirer, comme on tire les bateaux en montant le long do la Sene. Apres quoy dans tous ces grands lacs, on y peut aller auec barques et chaloupes.
Ce qui empesche nos riuieres d'estre nauigables, se sont des cheutes d'eau qui se rencontrent par endroits, ou des rapides : et cela aux vues plus qu'aux autres ; car à la riuiere du Saguené, on va jusques à quarante ou cinquante lieues auec vne double chaloupe ; et au contraire dans la riuiere des Trois-Riuieres, l'on y va pas plus de quatre lieues : Si ce Pays-icy estoit habité, ie ne doute pas que l'on ne rendist nauigables plusieurs riuieres qui ne le sont point, et cela à peu de frais : car il y a telle riuiere, où il n'y a qu'vn rapide d'vn quart de lieuë, après lequel on pourroit aller bien loin : cependant, cela le rend inaccessible à nos bastimens.
Il me semble que j'entends quolqu'vn qui dir, Vous nous auez dit beaucoup de bien de la Nouuclle-France, mais vous ne nous en foites point voir les maux, ny les incommoditez : cependant nous sçauons bien qu'il n'y a point de Pays au monde, quelque bon qu'il puisse estre, où il ne se rencontre quelque chose de fâcheux. le vous répons que
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VOUS auez raison : ça esté aussi mon dessein dans tout mon discours, de vous en donner la connaissance : mair, afin de vous les faire mieux conceuoir, ie mettray icy en détail ce que ie juge de plus incommode ou importun, que ie reduiray à quatre ou cinq chefs.
Le premier sont les Iroquois nos Ennemis qui nous tiennent resserrez de si prés, qu'ils nous empeschent de jouyr des commoditez du Pays : on ne peut aller à la chasse, ny à la pesche, qu'en crainte d'estre tué, ou pris de ces coquins-là : et mesme on ne peut labourer les champs, et encore bien moins faire les foins, qu'en continuelle risque : car ils dressent des embuscades de tous costez, et il ne faut qu'vn petit buisson pour mettre six ou sept de ces barbares à l'abry, ou pour mieux dire, à l'affust, qui se jettent sur vous à l'improuiste, soit que vous soyez à votre trauaille, ou que vous y alliez. Ils n'attaquent iamais qu'ils ne se yoyent les plus forts ; s'ils sont les plus foibles, ils ne disent mot : si par hazard ils sont découuerts, ils quittent tout, et s'enfuyent ; et comme ils vont bien du pied il est mal aisé de les attraper : ainsi vous voyez qu'on est tousiours en crainte, et qu'vn pauure homme ne trauaille pas en seureté, s'il s'écarte vn peu au loin. Vne femme est tousiours dans l'inquiétude que son mary, qui est party le matin pour son trauail, ne soit tué ou pris, et que iamais elle ne le reuoye : c'est la cause que la pluspart des Habitans sont panures, non seulement pour la raison que ie viens de dire, qu'on ne peut pas jouyr des commoditez du Pays, mais parce qu'ils tuent souuent le bestail ; empeschent quclquesfois de faire les récoltes, bruslent et pillent d'autres fois les maisons quand ils les peuuent surprendre. Ce mal est grand, mais il n'est pas sans remède, et nous l'attendons de la charité de nostre bon Roy, qui m'a dit qu'il vouloit nous en deliiu-er. Ce n'est pas vne chose bien mal-aisée, puisqu'ils ne sont pas plus de huit ou neuf cens hommes portans les armes. Il est vi:.y qu'ils sont soldats, et bien adroits dans les bois ; ils
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î^ont fait vok à nos Capitaines venus de France, qui les môprisoient ; les vns y sont demeurez, et les autres ont esté contraints d'auoiier qu'il ne faut pas se négliger, quand on va à la guerre contre-eux ; qu'ils entendent le mestier, et qu'ils ne sont point barbares en ce point ; mais après tout, mil ou douze cens hommes bien conduits feroient dire ; ils ont esté, mais ils ne sont plus : cela mettroit la réputation des François bien haut dans tout le Pays de la Nouuelle- France, d'auoir extermine vne nation qui en a fait tant périr d^autres, et qui est la terreur de tous ces Pays-icy.
La secondvT incommodité que ie trouue ici, sont des Maringoins, autrement appeliez Cousins, qui sont en grande abondance dans les forests, pendant trois mois de l'Esté : il s'en trouue ])eu dans les campagnes, à raison qu'ils ne peuucnt résister au vent ; car le moindre petit vent les emporte : mais dans les bois, oii ils sont à l'abry, ils y sont estrangement importuns ; et surtout le soir et le matin, et picquent plus viuem.ent quand ils sentent de la pluye, qu'en vn autre temps. Il s'est trouue des personnes qui en auuoient le visage extrêmement enflé ; mais cela ne dure pas, car au bout de vingt-quatre heures, il n'y paroist quasy plus, la fumée les fait fuyr ; c'est pourquoy on fait tousiours du feu et de la fumée proche de soy, quand on couche dans le bois.
La troisième incommodité que ie rencontre, c'est la longeur de l'Hyuer, surtout deuers Québec. le n'en parleray pas d'auantage, veù que j'en ay dit assez cy-dessus : le diray seulement que les neiges y sont de trois à quatre [ùeàs de haut, ie dis à Québec ; car aux autres habitations il y en a beaucoup moins, comme j'ay desia dit.
Dans le Pays des Iroquois, se trouuent de certaines couleuures, qu'on appelle des Serpens à sonnettes, qui sont dangereuses pour leurs morsures ; j'en ai desia parlé, ainsi ie n'en diray rien d'auantage, sinon qu'il n'y en a point dans ces quartiers-icy : Voila les plus grandes incommodité» dont j'ay connaissance.
Voici encore vne question qui m'a esté faite, sçauoir comme on vit en ce Pays-icy ; si la Justice s'y rend ; s'il n'y a point du libertinage, veu qu'il y passe, dit-on, quantité de garnemen?, et des filles mal-viuantes.
l'y répondray à tous les points l'vn après l'autre, et le commenceray par le dernier. Il n'est pas vray qu'il vienne icy de ces sortes de filles, et ceux qui en parlent de la façon se sont grandement mépris, et ont pris les Isles de Saint Christophle et la Martinique pour la Nouuclle-France : si il y en vient icy, on ne les connoist pas pour telles ; car auant que de les embarquer, il faut qu'il y aye quelquesvns de leurs parens ou amis qui asseurent qu'elles ont tousiours esté sages : si par hazard il s'en trouue quelquesvnes de celles qui viennent, qui soient décriées, ou que pendant la trauersée elles ayent eu le bruit de se mal comporter, on les r'enuoye en France.
Pour ce qui est des garnemens, s'il y en passe, c'est qu'on ne les connoist pas ; et quand ils sont dans le pays, ils sont obligés de viure en honnestes gens, autrement il n'y auroit pas de jeu pour eux : on scait aussi bien pendre en ce pays-icy qu'ailleurs, et on l'a fait voir à quelques-vns qui n'ont pas esté sages.
Pour la Justice, elle se rend icy ; il y a des luges : et quand on ne se trouue content, on en appelle deuant le Gouuerneur, et vn Conseil Souuerain estably par le Roy à Québec.
lusques à cette heure on a vescu assez doucement, parce que Dieu nous a fait la grâce d'auoir tousiours des Gouuerneurs qui ont esté des gens de bien, et d'ailleurs nous auons icy les Pères lesuites qui prennent vn grand soin d'instruire le monde: de sorte que tout y va paisiblement; on y vit beaucoup dans la crainte de Dieu, et il ne se passe rien de scandaleux, qu'on n'y apporte aussi-tost remède : la deuotion est grande en tout le Pays.
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