‹ Album du CanadienChapitre 9 sur 25 · GUERRE · texte numérisé non relu

GUERRE

Cliapitre XII.

Quand ils ont pris des prisonniers, ils leur coupent quelques doigts d'abord : ils les lient par les bras et par les

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jambes auec des cordes : sinon que lorsqu'il faut marcher, lis leur laissent les jambes libres.

Le soir quand ils cabanent, ils font coucher le prisonnier sur le dos contre terre, et ils plantent de petits pieux en terre, au droit des pieds, des mains, du col, et de la teste : ensuite ils lient le prisonnier à ces pieux, de sorte qu'il ne peut remuer ; ce qui est vne peine plus grande que l'on ne pourroit croire, principalement l'Esté, à cause des Maringoins qui les mangent, car ils sont nuds.

Arriuant à l'entrée des Bourgades, tout le peuple vient au-deuant ; il est libre à vn chacun de leur faire tout le mal qu'ils voudront, à la reserue de les tuer : alors vous y voyez les vns armez de cousteaux, soit pour couper des doigts, soit pour faire des incisions le long des bras, du dos, et autres parties charnues, le prisonnier estant tout nud ; d'autres ont des bastons, de quoy ils les bastonnent. Il y en a qui ont des verges, des ronces et des bouts de corde. Auec tous ses instrumens, on le caresse à son entrée ; car c'est leur façon de parler,

11 faut pendant tout ce tcms-là que le Prisonnier chante, s'il veut paroistre homme de cœur et de courage. Et en effet, les Sauuages ne manquent iamais de chanter pendant tout le temps qu'on les tourmente ; (mais ce chant est vn chant lugubre).

Apres qu'ils sont entrez dans le bourg, on les mené de cabane en cabane ; chez les principaux, et partout là il faut qu'ils chantent.

Apres vn iour ou deux qui se sont passez dans ces tristes préludes, les Capitaines tiennent conseil pour le condamner à la mort, ou luy donner la vie : s'il est condamné à la mort, celuy-là à qui il a esté donné (car c'est leur coustume de les donner pour quclqu'vn qui est mort en guerre). Celuy-là dis-je fait festin ; et quand tous les conuiez sont assemblez, il leur dit ; Voila mon fils ou mon neueu, (selon le degré de parenté que luy estoit celuy pour qui le prison-

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nier a esté donné), qui vous fait son festin d'Adieu. C'est îeur coustume quand ils entreprenaent quelque grand voyage, de faire festin auparauant que de partir, qu'ils appellent festin d'Adieu : en suite le prisonnier chante, et après \ay vue partie des conuiez chantent aussi.

Apres que l'on est retiré, on dispose vne cabane pour brûler Je prisonnier : on y fait quantité de feux ; on aduertit par le bourg de l'heure que l'on doit commencer à le !)rusler, afin qu'on s'y trouue.

Quand l'heure est venue, on y mené le pauure patient ; il a les bras liez au corps au dessus an coude, et vne corde aux jambes enuiron de deux pieds de long, afin qu'il ne puis,se faire de plus grandes éjambées. Tous ces gens sont arrangez des deux costez de la cabane : vous fîçaurez en passant, qu'ils ne sçauent ce que c'est que de cheminée, et qu'ils fout le feu au milieu de la place.

Ils laissent donc vn petit chemin entre les feux qui sont allumez au milieu de la cabane tout au long, d'espace en espace, et entre les hommes qui sont rangez des deux costez, assis sur le cul comme des Singes ; et c'est par où doit courir le prisonnier.

Chacun a vn tison bien embrasé, ou vn morceau de fer tout rouge de feu : quand tout est disposé, quelques Capitaiii^< qui sont au bout de la «abane au^ le prisonnier, crient tout haut ; V«ila le prisonnier qui va partir, quJ «hacun se dispose à bien faire ; mais qu'on ne le brusle que jusques à la ceinture.

Ensuite on luy fait commandement de partir ; ce qu^'ji fait courant, ou pour mieux dire trotinant le plus visfe qu'il peut, enU-e le feu et ses bourreaux, qui tous le bruslenten passant ; les vns aux jambes, les autres aux cuisses; mais cela auec vne barbarie qui n'appartient qu'à eux.

Je vousauouë que c'est vne vraie représentation d'Enfer, car vous voyez vne grande cabane pleine par le milieu de feu, «t toute remplie de fumée, où l'on ne voit goûte - car

c'est d'ordinaire la nuit que cela se fuit : vous y voyez paroistre vne multitude de monde ; les vns sont assis, les autres debout ; les vns seruent de bourreaux, les autres de spectateurs, qui se mocquent et se rient du pauure patient. Parmy tout cela, vous voyez vn pauure misérable tout nud, et tout grillé, abandonne à la rage de ces barbares.

Aprc° qu'ib luy ont fait faire le nombre des tours de la cabane qui a esté "ordonné par les Anciens, qui est d'ordinaire de dix ou de douze ; la nuit estant presque passée, tout le monde se retire, à la reserue de quelques-vns, qui demeurent pour garder le prisonnier jusques au matin, que se doit faire le reste de l'exécution.

Pendant ce temps là, il est attaché à vn poteau, et pas bien loin d'un grand feu, dans lequel rougissent des haches, dont on se sert pour le brusler, l'interrogeant de temps en temps de Testât de son Pays, et des choses qu'ils désirent sçauoir : et s'ils voyent qu'ils dissimulent quelque chose, ils luy redoublent ses tourmens ; c'est à quoy se passe le

reste de la nuit.

Le iour estant venu, enuiron le Soleil tenant, on aduertit les femmes d'aller faire des feux dans la place où est dressé PEchafaut. Poubliois à dire que dés qu'vn prisonnier est arriué, on luy en dresse vn ; soit qu'on le veii.lle faire mourir, ou non, sur lequel échafaut on le fait monter plusieurs fois le iour, pour estre exposé à la veuë du peuple.

Quand tous ces feux sont faits, l'on conduit le patient sur cet échafaut, au milieu duquel on a planté vne grande perche, ou plustost vn pieu fort haut ; on luy fait embrasser ce pieu, luv liant les deux mains ensemble. La corde pareillement qui luv lie les deux jambes, fait vn cercle autour de ce mesme pieu ; de sorte qu'il peut tourner tout à l'entour de ce pieu. ^

Il est là exposé tout nud ; il y a quatre échelles aux quatre costez d^ l'échafaut ; et pour lors, il est libre a vn chacun de monter sur l'échafaut pour le tourm enter. On

ne manque pas tle bourreaux, car il y en a assez : Nous auons remarqué que les plus cruels, sont certains poltrons qui ne vont isrtïiais en guerre.

lis le montent donc sur l'échafaut, et ils le bruslent aucc des tisons ; mais auec autant de froideur, que si c'estoit vn morceau de bois.

Apres deux ou trois heures qu'ils l'ont tourmente de la sorte, et qu'il ne ressemble qu'à vn charbon, ils luy ecorchent la teste, pour luy leuer la cheuelure : c'est ce qu'ils font à tous ceux qu'ils tuent en guerre, ou qu'ils bruslent chez eux. Ensuite s'il reste de la vie au patient, ils luy coupent le col auec vn cousteau, luy fendent la poitrine, et luy en tirent le cœur ; et si c'a esté vn homme courageux, qui n'ait fait aucun cry pendant qu'on l'a tourmenté, il y en a qui boiuent de son sang, pour s'incorporer son courage.

Ensuite on le coupe par quartiers, et on le jette à la voirie ; ou quelqucsfois ils le font cuire, et le mangent par rage.

Quand les Capitaines ont résolu de donner la vie au prisonnier, et que celuy à qui il a esté donné y consent, (car il y peut plus que pas vn autre), on va aussitost le délier, on le publie par le Bourg, et pour lors on le traite bien, persoime n'oseroit plus luy faire de mal, quoy qu'on ne laisse pas de le regarder comme vn esclaue, et il est obligé de seruir celuy à qui il a esté donné en cette qualité-là. Il est en seureté pour sa vie, pourvu qu'il ne soit pas soupçonné de se vouloir sauner, et qu'il ne désobéisse point à ce qu'on luy commande ; que s'il est soupçonné de se vouloir sauner, aussitost on luy fend la teste auec vne hache : on luy en fait tout autant quand il fait difficulté d'obe3r.

Si Dieu nous fait la grâce d'estre vn iour les maistres, il sera aisé de leur oster ces Barbares coustumes, et de les rendre plus policez : car comme j'ay desia dit, ils ont le sens commun f)rt bon, et ils se laissent assez Aicilement gagner à la raison ; et quand ils sont vue fois conifaincus

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d'vne chose, ils ont peine d'en démordre ; témoins ces pauures misérables Hurons et Huronnes qui ont esté faits captifs par les Iroquois, et qui auoient esté instruits et baptisez par les Pères lesuites, qui gardent auec tant de fermeté et de constance leur religion au milieu de leurs Ennemis, et qui font honte à beaucoup de libertins François qui ne se sont pas comportez si religieusement parmy les Ennemis, comme ces pauuresgens qui volent de joye quand ils peuuent rencontrer vn Père lesuite pour se confesser et receuoir leurs sacreraens.

REPONSES AUX QUESTIONS QUI ONT ESTe' FAITES A l'aUTHEUR lorsqu'il ESTOIT en FRANCE.

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