LA JEUNE FILLE ET LA VIEILLE FEMME
Le jour du sac du château de Kerbrat, celui qui conduisait la bande avait eu soin, après le massacre du comte et de la comtesse, de déposer en un lieu sûr la jeune et timide Marie, sur la beauté de laquelle il avait conçu des projets qu'il devait mettre plus tard à exécution. Jl la tint donc un jour dans un endroit solitaire de la forêt qui entourait Kerbrat, et vers le milieu de la seconde nuit, il se rendit à Morlaix avec un de ses plus intimes affidés.
Marie, complètement plongée dans la sombre douleur que la mort de ses bienfaiteurs avait fait naître en elle, s'était laissé conduire sans résistance, sans cris, pleurant sur le passé qu'elle avait vu s'abîmer derrière elle, et ne cherchant point à soulever le sombre voile qui lui cachait l'avenir. Elle ne pensait point à sa position présente ; nous n'oserions même affirmer qu'elle se fût demandé ce qu'on lui voulait. Cependant, au milieu des moments de calme que lui laissait sa douleur, lorsqu'elle évoquait tout-à-coup le souvenir de Jehan, l'ami de son enfance, bien que le désespoir qui l'accablait fût puissant, elle sentait une douce consolation lui monter au cœur et arrêter ses larmes dans leur source.
Ho ALBUM
Quand révc'iicmont dont nous avons parlé fut venu bri«er en un jour les timides espérances qu'elle avait élevées dun.s l'avenir, le sentiment de sa douleur al)sorba toute autre pensée ; elle suivit l'honame qui l'enlevait avec une résignation sourde, et arriva sans en-'ombre à Morlaix, oîi elle fut déposée dans une maison située rue des Nobles.
Mais alors, et pour la première fois, elle con;prit ce dont elle était menacée, et elle eut peur !
La chambre qu'elle occupait était grande, spacieuse, et ornée d'une vieille tapisserie représentant des chasses et des tournois. Le jour était intercepté par d'épais ridf^aux qui cachaient entièrement les fenêtres. Pendant les premières heures, Marie parcourut cette chambre avec agitation, jetant de temps à autre un coup-d'œil dans la rue. On lui avait donné pour servante une vieille femme presque en haillons, dont la physionomie ne lui avait inspiré qu'une confiance très-légère. Cependant cette compagnie, quelle qu'elle fnf, apportait de la variété dans sa position. C'était une distraction !
Le matin donc, en passant près de la fenêtre, et comme elle regardait dans la rue, elle poussa un cri de surprise qu'elle ne put retenir, et qui fit accourir la vieille.
— Qu'avez-vous, ma jolie demoiselle ? lui dit-elle.
— Rien ! fit Marie, rien !
Elle chercha à se remettre.
— Assurément, ma jolie demoiselle, vous avez quelque chose, car vous êtes pâle comme le portrait de monsieur Saint-Jean, dans l'église de Notre-Dame-du-Mur !
Marie ne répondit pas ; elle était vivement émue, son sein se soulevait avec précipitation, et son cœur battait violemment. Elle venait de voir passer Jehan, elle en était bien sûre ; elle l'avait reconnu, et ne pouvait s'être trompée. Mais qu'était-il venu faire à Morlaix ? Savait-il l'événement de Kerbrat ? venait-il chercher Marie ? Il ignorait saHS doute où la trouver, et elle se demandait comment
elle pourrait le lui apprendre. Elle regarda fixement la rieille femme ; leurs regards se rencontrèrent, et elles se comprirent, car un sourire effleura en même temps leurs lèvres.
— Marthe ! dit cnfm Marie, n'y a-t-il donc aucun moyen de sortir de cette vilaine prison ?
— Aucun, répondit Marthe .... hochant la tête.
— Faut-il donc, reprit Marie, que tout le monde ignore que je suis ici retenue contre ma volonté ?
— Hélas ! oui, ma jolie demoiselle, il faut que tout le monde l'ignore.
Marie redevint pensive ; puis devinant tout à coup ce qui pouvait rendre facile l'exécution d'une chose impôssihle, elle prit sa hourse et l'offrant à Marthe :
— Marthe, lui dit-elle, il y a quelques écus dans cette bourse, voulez-vous l'accepter ?
La vieille femme sourit, tendit sa main desséchée et osseuse, et saisit la bourse.
La jeune fille remarqua une hésitation calculée qu'elle se hâta de vaincre en détachant avec vivacité ses belles boucles d'oreille.
— Tenez encore, dit-elle ; prenez ceci, je n'en ai pas besoin, et si vous consentez à me servir, je ne les regretterai pas. Les voulez-vous ?
L'hésitation de la vieille Marthe était vaincue ; elle se leva .... et mettant la bourse et les diamants dans sa poche, elle se dirigea vers la porte. Marie lui donna alors le signalement exact de Jehan, et la vieille disparut.
Dès qu'elle se trouva dans la rue, au lieu de s'acquitter de suite de sa mission, elle se prit à réfléchir à ce qu'elle devait faire, et, après bien des détours, elle résuma ses réflexions et se tint à peu près ce langage :
" Si je vais devers M. Jehan de Kerbrat, il pourra m'arriver malheur d'aider ainsi la jeune fille sur laquelle on m'a chargée de veiller à sortir de la position dans laquelle on
veut la retenir, et il ne m'en reviendra rien de bon ; si, au contraire, je me rends sur-le-champ vers celuiiqui me paye pour garder la jeune demoiselle, il ne sera pas ingrat pour le service que je lui aurai rendu, et il ajoutera de nouveaux présents à ceux que je possède déjà. "
Elle fit un tour sur elle-même, reprit la rue des Nobles^ passa près de Saint-Mathieu, et arriva peu après au Marhallah. A cette époque, il y avait en cet endroit une maison isolée dont les fenêtres avaient toujours été fermées, et dont la porte ne s'était jamais ouverte, au dire des Bretons crédules et trop pleins de foi. Cette partie de la ville était presque inhabitée ; rarement le bruit sonore d'un sabot en venait troubler la solitude, et le guet lui-même, le guet de Morlaix, n'avait jamais poussé l'amour du bien public jusqu'à s'aventurer, le soir, dans ces parages mal famés.
Les mêmes craintes n'habitaient point apparemment dans le cœur de la vieille Marthe, car elle s'avança d'un pas toujours aussi ferme, et frappa à la porte.
La porte s'ouvrit, laissa entrer Marthe, et se referma aussitôt derrière elle.
— Est-ce bien vous, Marthe ? dit alors l'homme qui était venu ouvrir, et qu'est-il donc arrivé ? Marie n'est-elle plus au logis, ou avez-vous reçu des nouvelles fâcheuses ?
— Je n'ai point reçu de nouvelles fâcheuses, et Marie est toujours au logis, répondit Marthe ; d'autres soins m'amènent, et je vais vous dire ce qui est arrivé. Seulement, le chemin m'a fatiguée, et, avec votre permission, maître Guy, je vais m'asseoir, car l'haleine me manque et mes jambes s'en vont.
Maître Guy sourit et présenta une chaise.
Cet homme était grand, gros, robuste, orné de larges épaules et de bras herculéens. Une épaisse forêt de cheveux couvrant son front donnait à sa physionomie un air repoussant ; deux yeux noirs dardaient par intervalle de farouches étincelles et complétaient cet aspect de bête fauve
cfîrayant à voir ! Sa dcmarchftj son geste, sa façon de parler, tout révélait chez lui une de ces organisations ardentes qui exsudaient la passion par tous les sens. Sa lèvre était épaisse et toujours humide, et de grosses veines noires gonflées de sang marbraient son cou énorme. Cependant, à côté de cet aspect extérieur, en dehors de son caractère sombre et cruel, cet homme, par un contraste singulier, avait l'étrange manie de reproduire les bonnes manières des grands seigneurs, et tenait à honneur d'imiter les grands airs et les façons agréables de la cour. Il avait alors à peine vingt-cinq ans.
— Voyons, dit-il à Marllie, maintenant que te voilà reposée, que ton souffle est revenu, et que les jambes ont repris haleine, dis-moi l'objet de ta visite.
— Hélas ! répondit Marthe en prenant un air touchant de compassion, la tâche que vous m'avee imposée est lourde et dilTicile, et je ne suis en vérité ....
— Vieille, interrompit maître Guy, je n'ai point le temps d'écouter les litanies qu'il te plaît de me réciter ; arrive au fait, et voyons ce dont il s'agit.
— Le fait, maître Guy, c'est que la jeune colombe s'ennuie de sa prison et qu'elle veut en sortir !
—Ah ! ah !
— Aujourd'hui, elle a vu passer sous ses fenêtres le jeune Jehan de Kerbrat !
— Jehan de Kerbrat ! fit Guy Eder.
— Oui, maître Guy, et elle m'envoie l'avertir du danger qu'elle court !
— C'est bien ! c'est bien î Jehan de Kerbrat ! Par le diable ! ces jeunes chevaliers sont étourdis comme des enfants.
— Nous verrons.
— Ecoute, Marthe. Tu vas aller trouver Jehan ; il faut qu'il vienne. Tu lui diras ce que l'on t'a prié de lui dire, et je me charge du reste. N'est-il point le dernier des Kerbrat ?
—Si fait !
— C'est bien ....
Et les yeux de Guy brillèrent d'un éclat sauvage ! La vieille en eut presque peur, et elle voulait se retirer, Guy l'arrêta.
— Marthe, lui dit-il, prejids bien garde ! j'aurai l'œil sur toi, et si tu me trompes, tu m'entends, prends-y garde ! j'en ai tué de plus vieilles !
Nous avons vu que la menace avait porté fruit, et que Marthe avait prévenu Jehan. Quelques secondes après cette scènes, Guy Eder sortit de sa demeure et descendit vers la Ville Close.
A la hauteur de Saint-Mathieu, il rencontra un homme qui courait précipitamment ; il l'arrêta.
— Où vas-tu ? demanda-t-il.
— Je vous cherchais, répondit l'homme.
— Que me veux-tu ?
— Guillaume Leroux est ici !
— Lui ! et il t'a vu ?
— Il m'a vu, il sait notre retraite, il préviendra le procureur de ville ; nous sommes perdus si nous restons plus long-temps.
— C'est bien ! laisse-moi faire. Nous partirons ce soir.
—Et d'ici là ?
— Suis-moi.
— Que comptez-vous faire ?
— Tu verras !
LA TOUR d'argent.
Dès que le soir fut venu, Jehan se rendit en toute hâte à l'endroit oi^i il devait rencontrer Leroux.
La Tow (V Argent s'élevait alors à l'une des extrémités du pont qui unissait la Ville Close au faubourg Saint-
DU CA3ÎADIBN. 93
Melaine : c'était un édifice de forme ronde, terminé par un toit conique, et entouré à son sommet d'une série circulaire de mâchicoulis. Du haut de ce monument, les habitants de la ville de Morlaix avaient jadis, à l'approche de l'ennemi, tenté une résistance souvent énergique, quelquefois victorieuse. C'était un souvenir de la France féodale et chevaleresque, que la petite ville pouvait montrer avec un certain orgueil, en rappelant les glorieux faits de son administration municipale. La centralisation l'a fait dernièrement disparaître, et aujourd'hui on en chercherait vainement la trace. Morlaix s'est ainsi dépouillé depuis, peu à peu, des quelques monuments qui lui donnaient, aux yeux du touriste, une couleur prononcée du moyen âge. La ville y a gagné peut-être en réalité, mais à coup sûr elle a perdu, à cette transformation, cet aspect ligueur qui faisait un de ses plus grands charmes.
La Tour d^ Argent se composait : au rez-de-chaussée, d'une salle voûtée, fort basse, dans laquelle se tenaient les chalands que l'enseigne ou la soif attirait ; au premier étage, d'une pièce spacieuse à laquelle on arrivait par un escalier tournant en détestable état ; au second étage, de deux petites chanaferes ; enfin, sous les plombs, d^un grenier habité par les souris et les rats, qui paraissaient y vivre en bonne intelligence avec un énorme matou, d'espèce rare, qui exerçait dans ce lieu abandonné les droits d'une souveraineté absolue, mais quelque peu sauvage.
Le second étage, comme le premier, comme le rez-dechaussée, était assez malproprement tenu, et rien n'annonçait que le métier de tavernier, sur les confins de la Ville Close et des faubourgs, fût le moins du monde lucratif, ni que la Tour d^Argent^ malgré son origine illustre (on assurait que la reine Anne y avait fait battre monnaie), fût habituée à recevoir des hôtes d'une condition très-relevée.
Tout en descendant rapidement la rue diS Nobles, Jehan ne pouvait s'empêcher de songer amèrement au concours
singulier de circonstances qui l'avaient, depuis quelques jours, jetc dans une position si critiqàe et si nouvelle pour lui, qu'il ne savait comment y faire llice. L'assassin du comte et de la comtesse de Kerbrat une fois connu, il ne s'agissait point seulement, en elFet, d'. ttendre et d'épier une occasion sûre de frapper. Jehan n'avait jamais douté que Marie ne fût au pouvoir de cet assassin, et il fallait avant tout l'en arracher. Il avait bien pesé le soin de sa vengeance et le soin de son amour, ce que réclamaient de lui l'honneur du nom qu'il portait, la sûreté de Marie et le bonheur de sa propre existence, et soit que l'énergie lui manquât réellement, soit que la voix de son amour parlât plus haut que toutes les voix du sang, dès ce moment il avait résolu de ne songer qu'aux moyens de retrouver Marie et de la retirer des mains dans lesquelles elle était tombée ! C'est donc dans ces dispositions qu'il s'acheminait vers la Tour (V Argent^ décidé à accepter tout ce qui pourrait lui être offert pour arriver à son but.
La nuit était sombre, et sans doule Jehan se croyait en retard, car il pressait le pas, lorsqu'on débouchant sur la Place du Pavé, précisément à l'endroit où, le matin, il avait été accosté par la vieille suivante de Marie, il crut voir passer dans l'ombre, à ses côtés, longeant les murs, une femme qu'un homme entraînait violernmenr, et qui semblait faire des efforts inouïs pour s'échapper.
Une voix secrète parla au cœur de Jehan ; il y avait là, à deux pas de lui, un misérable et une victime ; il se rappela Marie ; tous les bons instincts de sa nature s''éveilîèrent tout à coup, et, obéissant à une impulsion spontanée, il s'élança sur leurs traces ; mais déjà deux hommes qui suivaient, et que Jehan n'avait pas aperçus, se précipitèrent sur lui et l'arrêtèrent.
— Prenez garde ! dit l'un de ces nouveaux acteurs de notre drame, vous jouez une partie dangereuse, M. de Kerbrat.
Jeiian se retourna, étonné d'entendre prononcer son nom.
— Que me voulez-vous ? leur dit-il.
— Nous voulons, mon cher seigneur, que vous vous absteniez de suivre l'homme et la femme qui viennent de passer, et en disant que nous voulons vous empêcher de faire cette chose, nous allons vous prouver que nous le pouvons. Et les deux hommes tirèrent chacun un pistolet de leur ceinture.
Pendant ce temps, le couple avait eu le temps de disparaître. Les deux hommes n'en voulaient probablement i)<is davantage, car, après s'être assurés que l'intervention de Jelian n'était plus à redouter, ils le laissèrent aller et prirent eux-mêmes la direction dans laquelle le couj)le s'était enfui.
Cette scène avait vivement éma le seigneur de Kerbrat. Il resta un moment immobile à sa place, puis, comme si une pensée subite lui eût imprimé une nouvelle impulsion, il gagna la Tour d? Argent^ où l'attendait Leroux, assisté de trois hommes. Tous se levèrent dès qu'il parut. Le vieillard se hâta de fermer la porte, et lui dit avec une sorte de solennité :
— C'est bien ! M. de Kerbrat ; je n'attendais pas moins d'exactitude de vous, et néanmoins je vous en suis reconnaissant.
— Je pensais que nous serions seuls, objecta Jehan en jetant un regard sur les trois hommes.
— Ces hommes, répondit Leroux, sont mes amis et vont devenir les vôtres, je l'espère bien, et nous allons marcher d'un même pas au même but.
— Guillaume, dit encore lo jeune Kerbrat, vous m'avez promis de me faire connaître l'assassin de mon père, je suis venu vous demander son nom !
— L'assassin de votre père ?
— Son nom !
— Il se nomme Guy Eder de la Fontcnellc !
Et un murmure plein de colère répondit à ce nom ....
— Et, maintenant, écoutez-moi, poursuivit Leroux en saisissant la main de Jehan, et en lui présentant successivement ses trois compagnons : Si nous nous trouvons réunis aujourd'hui tous les cinq dans cette même chambre, croyez bien, M. de Kerbrat, que ce n'est point seulement l'œuvre d'un hasard aveugle, et reconnaissez en ceci la justice éternelle de Dieu. Cet homme que vous voyez avait une mère, et on l'a tuée ; cet autre avait une sœur, et on la lui a enlevée ; ce troisième enfin avait une fiancée, et elle a été honteusement souillée .... et ces trois hommes n'ont qu'un nom à prononcer dans leurs malédictions, un seul, le même : Guy Eder ! Comprenez-vous maintenant, M. de Kerbrat, que le même sentiment qui vous a fait demander le nom de l'assassin de votre père ait jeté dans le cœur de ces trois hom.ines les racines d'une haine implacable et le désir d'une vengeance éclatante ? Le comprenez-vous ? Eh bien ! cette vengeance, moi, je vous la promets !
— Que voulez-vous dire ?
— Je veux dire que, moi aussi, j'ai un compte à régler avec Guy Eder, et que, s'il plaît à Dieu, je saurai guider vos recherches et vous indiquer l'instant et l'endroit oij votre bras devra frapper. — Vous êtes donc ....
— Le père du pendu !
Jehan serra la main du vieillard, mais il demeura impassible.
Depuis quelques jours, il assistait à des événements si extraordinaires, tant de malheurs imprévus l'avaient surpris, il avait été lui-même si violemment frappé dans ses plus chères et ses plus tendres atTections, que les plus grandes infortunes ne pouvaient l'émouvoir. Il regarda Leroux : celui-ci était affreusement pâle ; mais aucun autre indice que cette excessive pâleur ne trahissait ce qui se passait en lui. Il parut comprendre l'insensibilité de Jehan, et lui dit :
— Voilà quel est notre sort à nous désormais, M. de Kerbrat : le malheur a si bien étouffé la sensibilité dans notre cœur, que nous passons à côté du malheur des autres sans émotion et sans pitié ! Mais qu'importe, si la vengeance est au bout du chemin, que la pitié et la compassion ne nous accompagnent pas dans la route ?
— Vous avez raison ! répondit Jehan ; occupons-nous donc des moyens d'obtenir une prompte et sûre vengeance ; cette satisfaction remplacera tout autre satisfaction !
Alors ils convinrent de ce qu'ils devaient faire. Leroux annonça que Guy Eder était à Morlaix, qu'il avait le matin même reconnu son plus fidèle affidé et que le moment était propice pour s'en emparer. Jehan parla de prévenir le procureur de ville ; mais aucun n'y consentit, tous ne voulant devoir qu'à eux seuls la réussite de leurs projets. Dans l'état des choses il valait mieux ne prévenir personne du la présence à Morlaix de Guy Eder ; la terreur qu'inspirait généralement le nom de cet homme aurait eftrayé les bons et paisibles bourgeois de la ville, et donné l'éveil à Guy Eder lui-même, qui aurait sans doute profité des premiers moments de trouble pour prendre la fuite. Il fut convenu que le procureur ne serait prévenu qu'à la dernière extrémité et si l'on ne pouvait faire autrement. Leroux indiqua la maison du Marhallah comme le refuge de Guy Eder, et deux hommes se chargèrent de veiller avec soin de ce côté. Jehan crut devoir révéler alors ce qui lui était arrivé le matin, et le rendez-vous que lui avait donné la vieille. Leroux ne douta pas que Marie ne fût au pouvoir de Guy Eder, et l'on décida sur-le-champ que Jehan suivrait la vieille femme, et que Leroux et le troisième homme rôderaient pendant le rendez-vous autour de l'endroit où on le mènerait.
Quand dix heures sonnèrent, chacun se rendit à son poste, deux hommes se dirigèrent vers le Marhallah, et
Jehan ayant trouvé la vieille femme, monta avec eJle la rue des Nobles, suivi de loin par Leroux.