‹ Album du CanadienChapitre 3 sur 25 · HISTOIRE NATURELLE · texte numérisé non relu

HISTOIRE NATURELLE

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BÉ LA. r^'OUUELLE-I'RANCE E?>' CENERÀI/, C'iiapître î.

Parlant de la Nouuelle-France en gênerai, ie peux dire ■que c^est un bon pays, et qui contient en soy vne bonne partie de ce que l'on peut désirer. La terre y est très-bonne, y produit à merueille, et n'est point ingratte ; nous eu auons Texperience. Le pays est couuert de tres-belIes et épaisses forests, lesquelles sont peuplées de quantité d'Animaux, et do diuerses espèces, et ce qui est encor plus considérable, c'est que les dites forests sont entre-coupées de grandes et petites riuieres de très bonnes eaux, avec quantité de sources et belles fontaines ; de grands et petits lacs, bardez aussi bien que les riuieres de belles et grandes prairies, qui produisent d'aussi bannes herbes qu'en France. Dans ces lacs et riuieres, il s'y trouue grand nombre de toutes sortes de Poissons, très-bons et délicats ; il s'y rencontre aussi grande quantité de Gibier de riuiere : le Pays est fort sain ; les Animaux qu'on amené de France se nourissent fort bien ; on y void plusieurs plantes rares qui ne se trouuent point en France ; i! y a peu de plantes qui soient nuisibles à l'homme, et, au contraire, il y a beaucoup de simple» qui ont des effets merusilleux. II v a aussi peu

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d'Animaux mal-faisans : on a découuert des fontaines d'eaii salée, dont l'on peut tirer de tres-bon sel, et d'autres f|ui sont mineralles. Il y en a vne au Pays des Iroquois, qui jette vne eau grasse, qui est comme de l'huile, et dont on se sert en beaucoup de choses au lieu d'huile. Il y a aussi plusieurs mines, à ce que l'on dit : ce dont ie suis asseuré, c'est qu'il y en a de fiir et de cuiure en plusieurs endiijits ; diuerses personnes, dignes de foy, m'ont asseuré qu'il y en a vne de plomb fort ubondantCj et qui n'est pas bien loin de nous ; mais comme c'est sur le chemin par oii passent nos Ennemis, on n'a encore ozé y aller pour en faire la decouuerte. Les climats y sont difîerens selon les lieux ; mais ie puis tousiours dire en gros, qu'aux lieux les plus froids, l'Iiyuer y est plus guay qu'en France. le donneray vne plus parfaite connoissance, quand ie traitteray de chaque chose en particulier, comme j'espère faire pour la satisfaction du Lecteur.

La Ncuuelle-France est vn très-grand Pays, qui est coupé en deux par un grand fleuue nommé le Fleuue Saint Laurens : son emboucheure commence à Gaspé, et a cinquante lieues de large ; pour sa longueur nous n'en sçauons autre chose, sinon qu'il prend son origine du lac des Hurons, autrement appelé la Mer-douce, que l'on tient auoir enuirons trois-cens lieues de contour : de sorte qu'il se trouue que, depuis Gaspé jusques au dit lac, il y a prés de cinq cens lieues, par le circuit qu'elle fait.

Dans ce dit lac, ou mer-douce, se décharge vn autre lac appelé lac Supérieur, lequel ne luy cède gueres, selon le rapport qui nous en a esté fait par les Sauuages de ces Payt>-là, et mesme par des François qui en sont venus depuis peu.

Tout ce grand Pavs nous demeure inconnu, à cause de la guerre des Iroquois, qui nous empeschent d'en faire la découuerte, comme il seroit souhaitable.

Il est vray que ce Pays de la Nouuelle-France a quelque

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cîiose d'affreux à son abord ; car, à voir Plsle de Terreneufve, où est Plaisance, les îsles Saint Pierre, le Cap de Baye, l'Isle Saint Paul, et les autres Terres de l'entrée du Golfe, tout cela donne plus d'effroy et d'enuie de s'eti éloigner, que de désir d'y vouloir habituer ; c'est pourquoy ie ne m'estonne pas si ce Pays a demeuré si long-temps sans estre habitué. le trouuc, après tout considéré, -qu'il ne luy manque que des habitans. C'est la raison qui m'a obligé à faire ce petit Traité, pour informer auec vérité tous ceux qui auroient de l'inclination pour le Pays de la Nouuelle-France, et qui auroient quoique volontez de s'y venir habituer, et pour oster la mauuaise opinion que le vulgaire en a, et que raal-à-propos on menace d'enuoyer les garnemens en Canadas comme par punition ; vous asseurant que, tout au contraire, il y a peu de personnes de ceux qui y sont venus, qui ayeiit aucun dessein de retourner en France, si des affaires de grande im.portance ne les y appellent ; et ie vous diray sans déguisement, que, pendant mon séjour à Paris et ailleurs^ l'année précédente, j'ay fait rencontre de plusieurs personnes assez à leur aise, qui avaient esté par cy-devant Habitans de notre Canada, et qui s'en estoient retirez à cause de la guerre, lesquels m'ont assenré qu'ils estoient dans vne grande im.patience d'y reuenir : tant il est vray que la Nouuelle-France a quelque chose d'attrayant pour ceux qui en sçauefit gouster les douceurs.

Pour vous rendre la suitte de cetraitté plus intelligible, ie vous diray la distance qui se trouue de lieux à autres qui sont habitez ou qui sont remarquables pour leurs Havres, ou pour autres choses.

Nous lairons donc toute l'entrée du Golfe, dont j'ay parlé cy-dcssus, comme d'vn pays qui ne vaut pas la peine qu'on en écriue rien ; Nous dirons seulement que depuifs PIsIe Percée jusques à Gaspé, il y a sept lieiïes ; de Gaspé à Tadoussac, quatre-vingt-trois lieiics ; de Tadoussac iusques à Québec, trente lieues ; de Québec iusques aux Trois-

Riuiercs, trente lieues ; des Trois-Riuieres au Mont-Roya?, trente lieues ; des Trois-Riuieres iusques aux îroquois d'en-bas, nommez Anieronnons, qui sont proches de la jSTouuelle-Hollande, il y a environ quatre-vingt lieues ; du Mont-Royal iusques aux Iroquois du milieu, nommez Onnontagueronnons, il y a pareillement enuiron quatre-vingt lieues ; du Mont-Royal iusques au Pays oii demeuroient autrefois les Hurons, il y a deux cens lieues ; tout ce grand fieuue et ces grands lacs sont remplis de be'les Isles de toute sorte de grandeur.

La grande Riuiere vient du Couchant au Louant. L'eau en est salée iusques au Cap Tourmente, qui est sept lieiies au-dessous de Québec ; l'on compte de Québec sur le grand Banc de Terre-neufve où l'on va pescher les Molues, trois cens lieiies.

Aux enuirons de l'Isle Percée, il se trouue grand nombre d'huitres en écailles, qui sont parfaitement bonnes. Il y a aussi en ces quartiers-là un costeau de charbon de terre ; il y a pareillement un peu plus deçà vne Platrière. Il me reste à vous dire par quelle hauteur sont nos habitations, pour vous rendre le tout plus intelligible.

Vous scaurez donc que Gaspé est par les quarante-neuf degrez et dix minutes ; Tadoussac par les quarante-huit degrez et un tiers ; Québec par les quarante-six trois quarts ; les Trois-Riuieres par les quarante-six ; Mont-Royal par les quarante-cinq ; les Iroquois du Milieu, où on auoit habituée cy-devant, nommez Onnontagueronnons, par les quarante-deux et un quart.

BRIEFUE DESCRIPTION DE QUEBEC, ET DE QUELQUEg AUTRES LIEUX.

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