POÉSIE
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I^egende Arabe.
L'aumône est un sentier qui mène,
Qu'on soit sultan, cadi, fellah,
Au paradis la race humaipe
Suivant les préceptes d'Allah.
L'aunnône au cœur est une fête ;
Mais donnez sans faste et sans bruit.
Toute œuvre, un jour, porte son fruit,
Ainsi que l'a dit le Prophète :
Vous ferez la récolte et l'hiver et l'été, Si vous semez le grain de l'hospitalité.
Un fellah, comme un solitaire, Avant que Blida n'eût subi L'horreur d'un tremblement de terre, Vivait, pauvre, dans son gourbi.
Néfissa — des pieds de gazelle, Deux yeux noirs — enfant du vieillard, Qu'il fît chaud, froid, vent ou brouillard. Recevait qui frappait chez elle. . . .
Vous ferez la récolte et l'hiver et l'été. Si vous semez le grain de l'hospitalité.
Un soir que le vent faisait rage, Vint un Arabe en son chemin.
Leur demander contre l'orage Un abri jusqu'au lendemain.
" Entre !. . . .11 faut qu'avec nous tu mange». " Je voudrais bien te secourir, " Ami î. . . .mais je ne puis l'offrir " Qu'un peu de lait et des oranges. . . ." Vous ferez la récolte et l'hiver et l'été. Si vous semez le grain de l'hospitalité.
" Merci ! " fit l'autre, et, sous la ruche,
A table, avec eux, il se mit ;
Puis, quand il eût vidé la cruche,
Dans son burnous il s'endormit.
Au jour, il partit. A son hôte
Il parla peu ; pour Néfissa,
Le seul cadeau qu'il lui laissa.
Ce fut de lui dire à voix haute :
Vous ferez la récolte et l'hiver et l'été, Si vous semez le grain de l'hospitalité.
L'homme en allé, la fille arrange Sa hutte, et soudain, se baissant, Aperçoit une énorme orange Au coin où dormit le passant. . . .
Jamais fruit n'eut peau si vermeille ; Elle en goûte, et pour la douceur Le trouve égal à sa grosseur. . . .
Le père accourt, croit qu'il sommeille !. . . . Vous ferez la récolte et l'hiver et l'été, Si vous semez le grain de l'hospitalité.
Mais bientôt quelle est sa surprise Lorsqu'il voit pendre aux oranger»
Des fruits plus gros, et par la brise Bercés sous leurs festons légers.
Tout a changé depuis la veille :
L'arbre est plus fort, les fruits meilleurs. . . . D'où vient cela 1. . . .qui put, d'ailleurs, Si vite opérer la merveille 1 Vous ferez la récolte et l'hiver et l'été, Si vous semez le grain de l'hospitalité.
Or, celui qui fit ce miracle.
Bienfait pour un bienfait rendu,
Etait un saint homme, un oracle,
Des vieux marabouts descendu.
Gloire à la foi mahométane !
Bientôt après, dans Al-Djezir,
Le fellah fut nommé vizir,
Et sa fille devint sultane !. . . .
Vous ferez la récolte et l'hiver et l'été, Si vous semez le grain de l'hospitalité.
Quand vous mangerez une orange
Des jardins si frais de Blida,
Rappelez-vous ce fait étrange
Qu'un santon vint, les regarda !. . . .
L'aumône au cœur est une fête ;
Mais donnez sans faste et sans bruit.
Toute œuvre, un jour, porte son fruit.
Ainsi que l'a dit le Prophète :
Vous ferez la récolte et l'hiver et l'été, Si voua semez le grain de l'hospitalité.
Paul-Eugène Bachb.
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