PRÉSIDENT DU COMITÉ DE DÉFENSE DE LA HONGRIE
Kossuth {Lajos ou Louis) est enfant de ce siècle. Si l'on en croit une notice biographique publiée en Angleterre, il est né en 1804 dans ces belles montagnes de la Hongrie Transylvaine, qui semblent, malgré leur élévation, plutôt des collines que des montagnes. — Dès le berceau, il apprit plusieurs langues ; la latine, qui était la langue commune de toute la Hongrie, celle qui reliait tous ces peuples, n'eût jamais ses affections, tandis qu'il aimait à parler avec une pureté extrême la langue maggyare, qui était celle de sa race. On a remarqué que, tout enfant, il possédait déjà cette éloquence qui persuade, cette imagination qui enchante, cette véhémence qui entraîne ; aussi, ses compagnons d'enfance l'avaient-ils surnommé le seigneur. Se» qualités précieuses n'ont fait que grandir avec l'âge.
(l) Ces deux esquisses biographiques ont été publiées dans le temps que Kossuth, à la tête de ses braves Magyars, meissonnait les armées austrorusses. Plus tard, Gœrgy, en faveur duquel Kossuth avait abdiqué ton» 868 pouvoirs, se rendit aux Russes ; Kossuth et Bem, menacés de périr sur l'échafaud pour avoir trop vaillamment défendu leur patrie contre la tyrannie autrichienne, se réfugièrent en Turquie. Bem a terni la gloire de son nom en embrassant le mahométisme pour devenir sujet de la Porte. Kossuth, aussi grand dans le malheur que dans la victoire, a adressé aux Hongrois, au moment de son entrée en Turquie, des adieux qui ont para dans le Canadien du 12 décembre, et que nous reproduisons à la suite ie l'esquisse biographique de l'ex-président du comité de défense de la Hongrie. Les lecteurs y trouveront un élément de plus pour l'étude de cet homme extraordinaire, sur lequel reposaient les destinées de sa patrie, et qui régna sur une nation entièrement guerrière par le seul ascendant da gÉnie et de l'ëloquegce. — {Note du rédacteur de l'Jllbvm)-
La Hongrie est un des pays de l'Europe qui jouit, depuis de longs siècles, d'institutions politiques sages et en même temps libérales, oi^i sont sauvegardés avec un soin égal et les droits imprescriptibles des peuples, et les prérogatives de l'au-torité. Mathias Corvinus, fils et successeur de Jean Huniade, le chevalier blanc de la Valachie, avait, dès les premiers jours de l'âge moderne, donné des lois à la Hongrie et organisé un état qui a subsisté pendant des siècles. Là, le roi ne gouverne point par droit de conquête ou par la grâce de Dieu ; il ne règne que par l'élection volontaire de la Diète hongroise, à la condition qu'il maintiendra l'ancienne Constitution, que le pays conservera ses lois et son administration propres. Il déclare explicitement (1) que la Hongrie et les Etats héréditaires d'Autriche n'ont de commun que le roi ; que la couronne de Hongrie sera élective, et que, dès le moment que la dynastie d'Habsbourg ne conviendrait plus à la Diète, celle-ci pourrait se choisir un autre souverain ailleurs et comme il lui plairait.
Long-temps la maison d'Autriche resta fidèle à ce pacte ; les Hongrois se montrèrent dévoués à sa cause. Marie- Thérèse trouva dans la Diète de Presbourg un appui qui partout ailleurs lui manquait. Les Magnats, tirant leur sabre, jurèrent de mourir pour leur souveraine, moriamur pro reginâ nostrâ Maria Theresâ ; et le fils de celle-ci, Joseph H, les en récompensera par un attentat à l'indépendance de ce peuple sauveur, en essayant de faire de la Hongrie un simple annexe de l'Autriche.
Metternich et François 1er reprennent cette opération en sous œuvre. Pour entamer la Hongrie, ils soulèvent des tempêtes contre elle, des querelles de nationalité. Forte de son droit, la Hongrie résiste, résistance toute légale, toute pacifique d'abord ; et, dans cette résistance, nous trouvons en première ligne l'enfant éloquent qui est devenu le plus éminent jurisconsulte de la Honorie.
(1) Bore4!«.
A la Diète, Louis Kossuth déclare qu'il ne cédera jamais une bribe de son droit ; mais il a à lutter et contre les timides et contre les exaltés. A la tête de ceux-ci est Byari, dont les opinions radicales alors ne tendaient à rien moins qu'à séparer brusquement la Hongrie de l'Autriche, et qui depuis .... ! Kossuth fait énergiquement tête aux pusillanimités et aux impatiences, montrant à tous le sentier du droit.
Cependant la révolution de Vienne, en mars 1848, avait emporté sur la terre étrangère ce même Metternich, couvert du sang de la Gallicie et coupable de tous les malheurs dont avait gémi l'Europe depuis 1814. L'espérance semblait renaître. Mais le ministre diplomate laissait un successeur digne de lui, Kollowrat. Le nouvel appui du trône impérial, ébranlé par la révolution de Paris, pensa qu'au milieu du chancellement des empires, le moment était venu de poursuivre, à la faveur d'une loi et d'une nationalité communes, les projets am.bitieux que n'avaient pu réaliser ni Joseph II, ni François 1er, ni Metternich. Il se mit à l'œuvre.
Au nom de la légalité violée, au nom de leur constitution révisée l'année précédente, les Hongrois se lèvent. Hommes, femmes, enfants, tous courent aux armes. Un indicible eithousiasme anime ces populations jadis si paisibles. Le cri de guerre retentit à Bude-Pesth, à Raab, à Kostau, à Presbourg, à Debreczin, dans toutes les campagnes, an bord de la Theiss, sur le Danube, partout. Cent cinquante mille hommes sur dix millions se portent au combat. Les nobles servent le mouvement, le clergé le propage, et, pour cette nation héroïque, tirer Tépée, c'est déjà avoir vaincu. En vain l'Autriche, avant et pendant la lutte, essaie-t-elle de recourir à sa vieille maxime : diviser pour régner ; en vain pousse-t-elle ses émissaires jusque dans le camp des insurgés victorieux ; devant leur valeur le glaive lourd des empereurs s'émousse, comme la trahison reste
sans prise contre la loyauté d'un pays qui comoat pour soi\ indépendance. Mais gardons-nous d'anticiper sur les événements.
Tout le monde connaît la comédie jouée par Kollowraf, avant que les hostilités fussent commencées, dans le but de faire nommer Jellachich au titre de gouverneur ou de ban de la Croatie. Le colonel, qui guerroyait alors en Italie, est installé sans que la Diète hongroise soit même consultée. Le nouveau ban interdit tout rapport entre les magistrats croates et le gouvernement de Hongrie. Il marche d'excès en excès, et le gouvernement de Vienne, faisant droit en apparence aux réclamations des Magyars, ne fit qu'encourager secrètement son émissaire, en même temps qu'il soulevait contre eux la Servie.
Pour couronner de tels actes, le ministère impérial et la camarilla d'Olmutz s'ôtant refusés à laisser François 1er se rendre à Pesth où la Diète appelée par le peuple devait s'ouvrir, jetèrent définitivement le masque. Alors la Diète, poussée à bout, décréta une levée de 20,000 hommes et un crédit de quarante millions de florins. La patrie fut déclarée en danger, et Kossuth proclamé président du comité de défense de la patrie. {Aliomédelmi hirpltmany Elnoke). C'est ici que le géant du droit se révèle. La tâche qu'il a acceptée est immense ; il ne faillira pas à ses devoirs. En vain Jellachich, Bem des Croates ; Stratomirowich, Bem des Serbes, en vain les Slawaques élèvent-ils contre lui et contre les Magyars des prétentions qu'ils savent soutenir les armes à la main, Kossuth ne ftiihlira pas, il ramè- . nera à lui Stratomirowich, il recueillera les débris de la révolution de Vienne, et aidé des nobles et illustres généraux polonais qui commandent les armées, il ramènera le pays tout entier à combattre sous une seule bannière, celle de l'indépendance, sous un seul principe, celui du droit national.