ivLii
Cette épitaplie très-peu connue se trouve dans le livre de mistress Troloppe. {Vienna and tke Austrians). Voici ce qu'elle en dit ;
" J'ai trois raisons, et je les tiens pour bonnes, pour reproduire cette épitaphe : la première, c'est qu'elle est belle ; la seconde, c'es* qu'elle est vraie ; la troisième, c'est que, comme les autres clioses vraies et belles qui appartiennent à l'Autriche, elle n'a pas été faite pour faire ïe tour des cabarets de l'Europe. "
*' Le souvenir du duc de Reichstadt se conserve à Vienne. Un intérêt triste et persistant s'attache à sa mémoire. Peutêtre y a-t-il quelques vagues remords dans ces regrets autrichiens. D'ailleurs leur empereur François aimait ce jeune homme : ils n'en demandent pas î avantage.
" Tout le monde assure à Vienne que ce vieil empereur, fait aux calculs des cours, aimait bonnement ce jeune prince.
Etait-ce l'affection ordinaire et naturelle de l'aïeul pour le petit-fils ? Le vieillard, précautionneux et sur ses gardes d'abord, s'étaiî-il laissé prendre ensuite aux séductions de cette jeune nature si bien dotée ? Y avait-il là une affectueuse pensée de réparation tacite, ou bien une prudente précaution de surveillance plus étroite ? Nul ne peut le dire avec certitude. Peut-être y avait-il un peu de tout cela à la fois dans la conduite habile de l'empereur.
" Dans tous les cas, il est certain que le vieillard et le jeune homme vivaient dans un état de continuelle intimité qu'autorisait bien d'ailleurs le ton de bonhomie ftimilière du monarque dans son intérieur. On a cité, à ce sujet, plusieurs anecdotes plus ou moins authentiques. Voici une conversation dont on m'a confirmé la parfaite exactitude à Vienne.
" Un jour qu'il était seul avec son grand-père, ce qui arrivait souvent, le duc de Reichstadt, fort jeune alors et naïvement questionneur (c'était bien un enfant terrible, celui-là !), dit tout à coup, et comme exprimant une pensée qui faisait suite à une pensée tacite :
— Est-il vrai, grand-papa, que quand j'étais à Paris, j'avais des pages ?
— Oui, je crois que vous aviez des pages. — Mais est-il vrai aussi qu'on m'appelait Roi de Rome ? — Oui, il est très-vrai qu'on vous appelait Roi de Rome. — Et qu'est-ce que c'est que d'être Roi de Rome, grandpapa ?
— Quand vous serez plus grand, mon cher enf;int, je pourrai mieux vous expliquer la chose ; mais, en attendant, je vous dirai dès aujourdUiui qu^à mon titre d'empereur d'Autriche se joint encore celui de Roi de Jérusalem^ quoique je n'aie rien à démêler avec Jérusalem : eh bien ! vous étiez Roi de Rome tout justement comme je suis Rot de Jérusalem.
" Ce n'était pas trop mal répondu. L'enfant no dit plus rien . . . . "
Les beautés de Vienne ne sont pas positivement dans Vienne elle-même, qui ressemble beaucoup encore à la vieille cité gothique ou Rodolphe 1er est venu fonder la fortune de la maison de Hapsbourg en 1277. Ces beautés sont dans les faubourgs, dans les promenades publiques, dans les palais princiers et dans les environs de la capitale, où l'on retrouve les témoignages vivants de la grandeur impériale et des mœurLi du peuple viennois. Le rapprochement de ces grandeurs passées, de ces mœurs placides forme un contraste curieux et triste avec les nouveaux événements. Nous suivrons donc notre ami, le voyageur, dans ces explorations extra niuros.
" J'étais sorti de Vienne pour aller au Kalemberg, site pittoresque, belle promenade où le peuple va souvent en été. Le trajet est assez pénible ; il faut gravir à pied ou à cheval sur les flancs de l'âpre colline ; mais, arrivé sur les hauteurs, on a un air rafraîchi, vivifiant, une vue splendide ; la bière (ce chapitre est inséparable de toute histoire morale du peuple viennois en particulier et des Autrichiens en général), la bière écume dans de grands verres, et la valse tournoie dans d'immenses salles. Ce n'était pas pour la bière et les valses germaniques que j'étais monté sur ces plateaux élevés. C'était pour avoir la magnifique vue de la plaine où le Danube se divise, se rassemble, trace de beaux méandres autour de ses îles, roule comme un serpent tantôt s'étendant tout miroité au soleil, tantôt se voilant de feuillage, selon les accidents de terrain et les alternatives de la vallée tour-à-tour nue et ombreuse. J'étais aussi monté sur ces hauteurs pour avoir une vue ample et complète du glorieux champ de bataille de Wagram dont Napoléon prit le nom pour le maréchal Berthier, en même temps qu'il prenait Vienne pour la Franco et l'archiduchesse Marie- Louise pour lui.
" Je cherchais encore, de ce point de vue élevé, à re-connaître, au milieu des bras et des îles du fleuve, le champ do bataille d'Essling, que les Autrichiens appellent d'Aspern, du nom d'un village {Gross Aspern), Nonseulement ils nous disputent le nom, mais aussi le combat, en quoi ils réussissent comme autrefois. Tenons-nous-en, jusqu'à preuve contraire, à notre nom et à notre victoire. Il y a bien d'ailleurs quelque raison de croire que Bonaparte n'a pas voulu donner à Masséna, prince d^Essling^ le nom d'un combat douteux, quand les victoires avérées ne lui manquaient pas.
" Ces champs de bataille autrichiens, où nous avons récolté si ample moisson de gloire française, sont muets comme tous les autres, quand ils auraient tant de choses à raconter ! A quoi servirait d'ailleurs la description banale et froide que je pourrais faire, quand retentissent encore ces flamboyants bulletins de la grande armée, qui participaient de la chaleur de l'action, et quand on peut consulter ces récits stratégiques où la parole a la sèche et vive précision de la manœuvre. Sur la guerre, laissons parler les hommes de guerre, ceux qui disent : j'étais là ; j^y ai eu la jambe cassée !
" Mais à quoi pensaient donc les Romains d'appeler l'Eridan (le Pô) roi des fleuves ? et le Danube donc, ou, pour parler comme eux, l'Isîer ? Voilà un grand chemin qui marche, route vraiment royale, qui va, à la lettre, de la Forêt-Noire à la Mer-Noire, sept cents lieues de cours ! Quel fleuve arrive à un tel terme, après un trajet si long, si laborieux, à travers la vieille terre d'Europe et ses plus grands accidents ! Partir, obscur ruisseau, d'une obscure vallée du grand duché de Bade, près de Doneschingen, pour aller tomber glorieusement dans la Mer-Noire, eiîface de Trébisonde, porte orientale, unissant ainsi l'Europe à l'Asie ; quelle haute df\stinée ! Il a été fort question, en rea derniers temps, de joindre le Rhin au Danube, grand
et magnifique projet, dont il faut, pour être juste, reporter la pensée première à Charlemagne, qui avait eu là une idée à sa taille.
" Et ce beau fleuve, ce roi des fleuves d'Europe, au cours immense, sinueux, pittoresque, qui vient de loin et va plus loin encore, marchant à son but certain, sans s'effrayer des hautes cimes qui lui barrent le passage, ce fleuve imposant, fidèle au mot d'ordre qui le guide, s'est complu à former à Vienne, en passant, la plus belle promenade du monde. Avec cette grâce de la force qui joue, il a choisi au plus charmant de ses bords d'immenses prairies, bien verdoyantes et bien ombreuses ; il les a arrosées avec soin, le bon fleuve, voulant qu'il y eût des fleurs là où viendraient les petits enfants ; et, jetant çà et là ses bras avec amour, il a dessiné une immense et riche corbeille de verdure, il a fait le Prater, le plus bel ornement d'un faubourg de Vienne, le Prater avec, sa puissante végétation, ses hauts ombrages et ses vastes tapis de gazon émaillé. Le Viennois a fait le reste pour corfipléter cet Eden : il a jeté çà et là, dans les bosquets, des troupeaux de cerfs et de daims ; il a planté de longues allées, tantôt droites et tantôt sinueuses, pour les promeneurs à cheval, en voiture ou en traîneau, selon la saison. Enfin, il s'est' bien gardé d'oublier la riante guinguette, qui tantôt se montre en plein soleil, dans ses plus grandes proportions, tantôt, avec des formes plus variées et plus coquettes, se cache, pour qu'on la cherche, au plus épais des bois. Je ne connais rien à Paris qui puisse donner une idée de cette promenade fameuse, incomparable ! M'stress Troloppe dit qu'on pourrait réunir plusieurs des beaux parcs de Londres et les jardins de Kensington sans atteindre son immensité. Les promeneurs ne sont»point ingrats envers cette belle promenade, et ne lui manquent pas. Il m'a paru cependant qu'il y avait infiniment moins de voitures et de cavaliers qu'à Paris et à Londres, ce qui, du reste, s'explique naturellement par la
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différence de population et par l'étendue de terrain. Par contre, il y a au moins autant de bière et plus de musique, de danses et de jeux . . . . "
Notre voyageur parle ensuite de l'Arsenal, qui a joué un si grand rôle dans la sanglante insurrection des premiers jours d'octobre. Mal défendu, l'Arsenal a été pris par les insurgés, et les armures historiques, les antiquités d'un prix inappréciable, mises au pillage avec les fusils de munition. Voici la description de cet établissement :
" L'Arsenal, édifice vaste et sans grandeur, sans style, sans grâce, renferme d'abord comme chose essentielle, et qui était d'un rare usage pour l'Autriche depuis long-temps, une grande quantité d'armes, dont on admire communément l'arrangement ingénieux. Il y a là des colonnades de fusils terminées par des chapitaux de pistolets. Les plafonds ont une singulière décoration d'astres en sabres et baïonnettes."
Ici le narrateur ajoute : " Il s'écoulera probablement bien des années avant que la guerre vienne déranger cette architecture guerrière et pacifique. " Hélas ! la guerre est venue bientôt, à l'insu peut-être des Viennois eux-mêmes ; et quelle guerre ! une guerre de meurtre, de vols et d'assassinats, vraie guerre de cannibales : la guerre civile, c'est tout dire.
" Dans ce curieux arsenal, l'Autriche montre orgueilleusement les drapeaux pris par elle pendant les guerres de l'empire français, comme si, de son côté, la France ne possédait pas une collection plus nombreuse de drapeaux autrichiens ! J'en remarquai unqu'on désigne comme ayant été brodé par Marie-Louise. Celui-là leur appartient bien de plein droit ; mais s'il rappelle nos revers, ne rappelle-t-il pas aussi leur humiliation ? Pour qui donc était l'abaissement quand les archiduchesses d'Autriche brodaient nos étendards ? Marie-Louise elle-même n'était qu'un trophée de Napoléon. Telle est la France : quand on croit l'abaisser d'un côté, elle se relève de l'autre.
" Il eût été convenable d'y regarder de plus près et d'y mieux songer avant d'exposer, avec une vanité naïve, ce trophée à deux faces. Un autre voyageur, qui l'a remarqué comme moi, dit à ce sujet qu'il faut que la duchesse de Parme n^ait jamais visité V Arsenal.
" L'Autriche n'a pas toujours une prévoyance spirituelle dans l'étalage qu'elle fait des choses qu'elle a prises à la France. Ainsi elle montre avec satisfaction le ballon dont se servit le maréchal Jourdan, à Fleurus, pour observer et apprécier les dispositions et les mouvements des impériaux. Ici encore la France a cette bonne réponse à faire : " Oui, le ballon vous est resté ; mais à qui resta le champ de bataille et la victoire?" Il n'y a pas là lieu à trophée. A l'occasion d'une défaite, ce serait un orgueil déplacé, si c'était de l'orgueil ; mais c'est simplement ce goût de colleur qui est propre à ce pays. Il ne faut voir en ceci qu'une curiosité historique classée dans un musée militaire.
" L'Arsenal possède en outre une relique plus vieille et plus précieuse encore : l'armure et l'étendard de Godefroy de Bouillon ! C'est bien le drapeau des croisades, l'enseigne du pieux Bouillon, une bannière en soie rouge, avec l'image toute grande du Christ crucifié :
" e grande
La trionfante croce al ciel si spande ! "
comme a dit le Tasse.
" La couleur est un riche cramoisi, vif et bien conservé eu égard à la vétusté ; la croisade et le départ de Godefroy de Bouillon remontent à 1096, mais le tissu pend en lambeaux.
" Cette glorieuse relique a été donnée à l'Autriche par un pape, qui aurait sans doute mieux fait de la laisser à Rome, où ne saurait paraître déplacé ce souvenir du héros religieux qui vendit son patrimoine pour aller combattre en Terrc-Saintc ; qui fit triompher la croix à Nicée, à Antiochc, et qui fonda le royaume chrétien de Jérusalem.
DU C\!i\l>lEy. 191
" De l'armure de Godefroy à la cotte du mailles de Turenne, la transition est toute naturelle, puisqu'il y a une filiation de gloire et l'illustre nom de Bouillon entre ces. héros. L'Autriche, qui ne perd rien par sa faute, a eu grand soin de ramasser, sur le champ de bataille de Saltzbach, cette glorieuse dépouille du grand capitaine qui battit tant de fois les armées impériales. Le boulet de MontecucuUi lui a valu cette cotte de mailles et une victoire. "
L'Orient a fourni sa bonne part à cet immense et trèscurieux musée militaire ; nous en laisserons le catalogue pour faire une visite rapide dans le beau palais de Schœnbrunn, l'une des résidences, en été, de la cour impériaie. " Ce que j'ai regretté de ne pouvoir visiter dans ce palais rigoureusement fermé à tous les curieux, poursuit notre historien, c'est cette chambre oii couchait Napoléon {le vieuXy comme disait mon guide), et dans laquelle son fils a voulu mourir ! Dans cette occasion du moins, la duchesse de Parme eut le sentiment de ses devoirs : elle était là ; et si cette fois encore elle se cachait derrière un rideau, il faut lui rendre justice, c'était pour essuyer ses larmes.
" Mais tout parle encore de Napoléon dans cette demeure. A chaque pas, on vous dit : c'est dans cette chambre qu'il dormait, quand il dormait, entre deux victoires. C'est sous ces ombrages qu'il se promenait en rêvant à la rançon qu'il allait imposer aux vaincus ; après le succès de la guerre, il fallait régler les conditions d'une paix glorieuse. C'est par là, par cette porte, au haut du parc, qu'il sortait, à cheval, pour passer en revue ses troupes, ou commander quelque grande manœuvre, dans cette immense plaine où coule le Danube, et qui a des îles et des villages dont les noms sont devenus français de par la victoire.
" Encore une curiosité de Schœnbrunn, c'est une serre ou jardin d'été, vaste construction très-remarquable qu'on appelle du nom bizarre de la Gloriette. C'est un édifice placé dans le parc, au sommet d'un monticule, en face du
])alais de l'empereur. C'est dans le grand salon de la Gloriette que fut donnée une fête aux princes français le duc d'Orléans et le duc de Nemours, quand, dans les premières années de la révolution de juillet, ils visitèrent l'Autriche. On raconte que le bon peuple de Vienne, avide de fêtes comme on l'est ailleurs, et, plus qu'ailleurs avide de voir des princes, s'était rassemblé devant l'édifice. Un enfant se perdit dans la foule, ce qui causa quelque rumeur. Aux cris que poussait la mère, les princes autrichiens s'informèrent de ce qui était • advenu, et avec cette bonté familière, propre à Iciir race et à leur pays, se mirent à chercher eux-mêmes, dans la foule l'enfant égaré. Pendant ce temps les princes français, qui ignoraient ce qui se passait, et qui étaient pleins des souvenirs de Paris et de l'époque, demandèrent oia en était Pémeiite. Ce mot fit sourire. On se dit qu'ils étaient bien de leur pays. Une émeute à Vienne ! Mais je ne connais que Strauss qui pût en causer une, s'il refusait son talent et son orchestre à une fête publique !...."
C'était en 1846 que notre ami écrivait cela, à Vienne. Aujourd'hui, l'émeute, l'insurrection homicide gronde avec le canon dans les rues de la capitale autrichienne : Strauss est détrôné, la diète est en permanence, le comité de salut public règne et gouverne (1848) . La révolution est partout, la démagogie triomphe. L'Autriche en est-elle plus heureuse ? Qui lui rendra ses deux souverains bien aimés, Ferdinand et Strauss ?
Et ce n'est point ici l'emploi d'une formule adulatrice : les empereurs d'Allem^agne ont pu commettre des erreurs en politique, ils ont peut-être trop attendu pour des concessions que le temps avait mûries ; l'histoire en décidera. Toujours est-il qu'en pareille matière les jugements des contemporains sont sujets à révision.
Dans ce même palais de Schœnbrunn, où Ferdinand s'est retiré devant l'émeute, non pas du peuple, mais de ses meneurs, il y a à peine deux ans que le même empereur ne
pouvait pas se soustraire aux démonstrations de ce même peuple. Malgré ses instances, celles de l'impératrice, on détela les chevaux de la voiture, et on le conduisit ainsi à Vienne, au milieu des acclamations universelles.
Cette confiance et cet amour entre le peuple de Vienne et ses souverains étaient comme héréditaires dans ce paisible et heureux pays. Notre voyageur, à cette occasion, invoque le témoignage d'un écrivain qui est allé à Vienne avec les idées, les regrets, et peut-être un peu aussi les rancunes de l'empire français. Voici ce qu'a écrit ce témoin, M. Barthélémy, dont l'impartialité ne peut être suspecte. Il s'agifc du père de l'empereur régnant, François II :
" L'empereur François, depuis long-temps, languit dans un état habituel de souffrance ; une toux presque constante le fatigue horriblement, et pourtant, au milieu de ses douleurs physiques, au lieu de se résigner au repos que semble lui prescrire la faiblesse de son âge, cet infatigable souverain semble craindre de dérober un moment à ses devoirs. Malgré les bruits désavantageux qu'on affecte de semer sur son compte, principalement dans les libelles anglais, nous nous plaisons à rendre justice aux vertus privées de ce monarque. Par les froids les plus rigoureux, il est toujours debout à cinq heures du matin ; deux fois par semaine il donne des audiences publiques, des audiences de huit à neuf heures, pendant lesquelles le dernier de ses sujets, un portefaix, un cocher de fiacre, peut l'aborder familièrement et lui demander justice. Il n'est aucun monarque qui pousse à ce point la simplicité, ou pour mieux dire, la bonhomie. Au milieu de la nuit, si le feu se manifeste dans quelque quartier de Vienne, il monte à cheval et se rend en personne, malgré son grand âge, au théâtre du danger, et ne se retire que le dernier, après s'être assuré que la tranquillité est parfaitement rétablie. Aussi le peuple de Vienne qui, dans ses jours de détresse, lui a prodigué tant de preuves de dévouement, lui conserve encore toute son afTec-
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îion. On ne pousse pas a-utour de lui des cris tumultuenî?i de vive Vempereur f mais tous les yeux s'attachent sur lui avec intérêt ; on épie en silence les changements sinistres eu favorables de son visage, et une expression d'amour et de respect est empreinte sur toutes les physionomies. "
Rien de plus excellent, rien de pVus significatif et qui serve mieux à faire comprendre la simplicité bourgeoise de François H et les rapports d'afïection et de famille, le mot est juste, qui existaient entre lui et son peuple, qae ces audiences dont parle M. Barthélémy. Particulièrement le mercredi de chaque semaine et le matin de bonne heure, il y avait toujours au palais grande foule, composée surtout des classes laborieuses de la société. C'était une justice de paix vraiment paternelle, ou personne n'était condamné, ob. tout venant était admis devant le magistrat impérial sans billet, sans huissiers, sans contrôle. La proverbiale insolence des lacpjars s'humamsait : ainsi le voulait le maître. L'artisan le plus obscur, le plus pauvre, n'avait qu'à dire qu'il avait à 'parler à Vempereur^ et les portes des salons dorés lui étaient toutes grandes ouvertes. Là, il trouvait l'empereur, levé des le point du jour, qui travaillait en l'attendant. Souvent le bon monarque devenait le confident des affaires privées et des secrets de famille ; on le consultait sur toutes choses, et on retirait toujours de lui des conseils d'un grand sens, ùq bonnes et encourageantes paroles, et souvent des secours plus efficaces encore. Dans ces audiences affectueuses, des deux côtés il se faisait parfois de douces supercheries : de pauvres gens se glissaient dans le grand salon, se tenant à l'écart, ne parlant pas ; et lorsque l'empereur s'approchait de ce dernier groupe, et l'encourageait, disant, selon sa formule paternelle : " Et vous, mes enfants, que puis-je faire pour vous ? " il recevait souvent cette touchante réponse : " Nous n'avons besoin de rien ; croyez-vous donc que nous venons toujours vous dcm.ander quelque chose ? Nous sommes venus seulement
ip6ur VOUS voir de près ; car le bruit courait que vous étiez .-malade. "
Ce qu'il y a d'incontesté et d'incontestal^le, c'est que le peuple autriciiien était encore, il y a deux ans, le plus paisible, le plus heureuK des peuples. Les impôts y étaient 4rès-modérés, plus modérésqu'en aucurie partie de l'Europe, On ne voyait pas un -seul ffiendiant à Vienne, ni même dans presque toutes les parties -de l'empire ; en pourrait-on •dire autant de notre France républicaine i* L'administration à Vienne prenait un sauci vraiment paternel de la <:lasse pauvre. Les institutions charitables ou philanthropiques, si l'on trouve cela mieux, y abondent ot sont trèslibéralement régies et dotées. La peine de mort est trèsrarement infligée en Autriche,, «t etie ne s'applique que •clans le cas où il y a aveu du coupable. La justice prudente se tient en garde contre les séductions de la parole et les petits pièges de l'audience : on ne plaide que par écrit. . . .
Voilà quelle était l'Autriche, il y a deux ans à peine. Etait-elle donc bien malheureuse et son peuple aussi avec :ce gouvernement sage, paternel et même habile dans de certaines limites, qui faisait au peuple une vie douce et icalme, un bien-être modeste, un avenir certain ?
Et l'Autriche sera-t-elle beaucoup plus heureuse avec sa presse dévergondée^ ses clubs démagogiques et ses barri- •cades ? . . . . Le peuple sera-t-il beaucoup plus gai, plus content lorsque les valses de Strauss seront remplacées au Prater par la Carmagnole, et les bonnes vieilles chansons :patriarchales par les cris éraillés, les hurlements fougueux -de quelque Marseillaise germanique ? Franchement nous -en doutons.
Quelques mots pour achever cette esquisse des mœurs •viennoises. Ceci s'adresse plus particulièrement aux dames;; il s'agit du triomphe de la mode et de l'élégance française. iC'est notre ami qui parle :
'" J)epuis la longue paix européenne, nous avons pe^:
songé à ce peuple qui, de son côté, ne songe pas beaucoup^ à nous. Cependant, dans les salons, on parle volontiers, à Vienne, notre langue aux étrangers, cette langue qui nous fait partout une patrie en terre civilisée. Nous avons encore conservé là cet ascendant incontesté de la mode française : toute haute élégance vient de Paris. Aussitôt que je descendais de mon logement (hôtel du prince Charles), c'était l'adresse du coiffeur, du bottier, du tailleur français qu'on me mettait d'abord sous les yeux. Ailleurs mademoiselle Victorine faisait savoir aux Viennois, et surtout aux Viennoises, qu'elle arrivait de Paris avec un nouvel assortiment tout frais de modes de distinction. Mlle Victorine faisait le chapeau ; Mlle Victorine faisait la robe ; Mlle Victorine faisait le corset .... et que i\e faisait pas Mlle Victorine ! "
" Cela me rappelle qu'ayant séjourné quelque peu à Edimbourg, j'y rencontrais partout deux choses, alors nouivelles et récemment venues de France : le vaudeville des Pommes de terre malades et la Polka /...."
Ceci, soit dit en passant, est un peu humiliant pour notre révolution française ; si elle fait le tour du monde, c'est en compagnie des Pommes de terre malades et de la Polkai
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