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Chapitre II

Comme ie seray obligé, daus la suitte de mon discour?, de parler souuent de Québec, qui est la principale habitatioiî!

EU CAXADiEX. IS

•gue nous ayons en la Nouuel'e-Francc, et le lieu qui a esté Je premier habité par les François, i'ay creu qu'il estoit à propos que j'en fisse dés le commencement une ^grossière description, afin de donner plus d'intelligence au l^ecteur.

Québec est donc la principale habitation où réside le Gouuerneur General de tout le Pays, il y a vne bonne forteresse et vne bonne garnison : comme aussi vne belle Eglise qui sert de Paroisse, ef qui est comme la Cathedral de tout le Pays. Le Service s'y fait avec les raesmes cérémonies que dans les meilleures Paroisses de France, : c'ett aussi dans ce lieu que réside l'Euesque. Il y a vn Collège de lesuites, vn Monastère d'Urselincs qui instruisent toutes les petites filles, ce qui fait beaucoup de bien au Pays ; aussi bien que le Collège des îesuites pour Pinstruction de toute la jeunesse dans ce Pays naissant. Il y a pareillement vn couuent d'Hospitalières qui est vn grand soulagement pour les pauures malades. C'est di ramage qu'elles n'ont dauantage de revenu. Québec est situé sur le bord du grand fleuue Saint Laurens, qui a enuiron vne petite lieiie de large en cet endroit là, et qui coule entre deux grandes terres éieuées ; cette forteresse, les Eglises et les Monastères et les plus belles miaisons sont basties sur le haut ; plusieurs maisons et magasins sont bastis au pied du costeau, sur le bord du Grand Fleuue, à l'occasion des nauires qui .viennent jusques-là, car c'est là le terme de la navigxition pour les nauires ; l'on ne croit pas qu'ils puissent passer plus auant sans risque.

Vne lieiie au dessous de Québec la rluière se sépare en deux, et forme vne belle îsle, que l'on appelle i'isie d'Or- Jeans, qui a enuiron dix-huit lieues de tour, dans laquelle il y a plusieurs Habitans ; les terres y sont fort bonnes, il •y a aussi quantité de prairies le long des bords.

Québec est basty sur le roc, et en creusant les caues on ,îire de la pierre de quoy faire les logis ; toutesfois cette j)ierre n'est pas bien bonne, et elle ne prend pas le mortier -;

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c'est un espèce dp marbre noir ; mais à une lieiie de là, soit au dessus ou au-dessous, on en troiiue qui est parfaite^, ment bonne sur le bord du dit fleuue, qui se taille fort bien. On trouue dans Québec de la pierre à chaux, et de la terre grasse pour foire de la brique, paué, thuile, et autres choses semblables ; quatre ou cinq cens pas au dessous do la forteresse, la terre est coupée par vne belle riuiere, nommée la riuiere Saint Charles, qui a près d'une lieue de large en sa deciiarge dans la grande riuiere, quand la marée est haute ; car do marée basse, elle est presque toute à sec, ce qui est vne belle commodité pour bien prendre du poisson, qui est vn bon rafraîchissement aux~Iiabitans de ce lieu-là, surtout le printemps qu'il s'y pesche une infinité d'Alozes. Au dessous de cette riuiere le pays deuient plat, et est habité iusques à sept lleiies en bas ; les marées y sont par^ faitement réglées, elles descendent sept heures et montent cinq, et chaque fois retardent de trois quarts d'heure.

Québec est situé du costô du Norf, et est habitué assez auant dans les terres, qui s'y sont trouuées bonnes. Il est habitué a\'.ssi trois llcûes en montant ; mais les terres n'y sont pas si bonnes : comme pareillement du costé du Sud, les terres, quoy que bonnes, y semblent un peu plus ingrates.

La pesche est abondante dans tous ces quartiers là de quantité de sortes de poissons, comme Esturgeons, Sau^ mons, Barbues, Bar, Alozes et plusieurs autres ; m.ais ie ne puis obmettre vne pesche d'Anguille qui se fait en Automne, qui est si abondante, que cela est incroyable à ceux qui ne l'ont pas veu. il y a tel homme qui en a pris plus de cinquante milliers pour sa part. Elles sont grosses et o-randes et d'vri fort bon goust, meilleures qu'en France de beaucoup ; on en sale pour toute l'année, qui se conserucnt parfaitement bien et sont d'vne excellente nourriture pour les gens de travail.

La chasse n'est pas si abondante à présent proche de Québec comme elle a esté : le Gibier s'est retiré à dix ou

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douze lieues de là. Il reste seulement des Tourterelles ou des Biseaux qui sont ic.y en abondance tous les Estez : il s'en tiio iusques dans les lardins de Québec et des autres habitations ; elles durent seulement quatre inois de l'année.

On y semé ds toutes sortes de choses, tant dans les champs que dans les iardins, tout y uenant fort bien, comme ie diray cy-apres, nonobstant la longueur de l'Hyuer.

Puisque ie suis tombé sur l'Hyuer, ie diray vn petit mot en passant des saisons : on n'en compte prop'ement que deux, car nous passons tout d'vn coup d'vn grand froid à vn grand chaud, et d'vn grand chaud à vn grand froid ; c'est pourquoy on ne parle que par Hyuer et Esté. L'Hyuer commence incontinent après la Toussaints ; c'est à dire les gelées et quelque tems après les neiges viennent, qui demeurent sur la terre iusques enuiron le quinzième d'Auril pour l'ordinaire : car quelques fois elles sont fondues plus tost, quelques fois aussi plus tard ; mais d'ordinaire c'est dans le seizième que la terre se trouue libre et en estât de pousser les plantes et d'estre labourée.

Dés le commencement de May, les chaleurs sont extrêmement grandes, et on ne diroit pas que nous sortons d'vn grand Hyuer : cela fiîit que tout auance, et que l'on void en moins de rien la terre parée d'vn beau verd ; et en efîet, cela est" admirable de voir que le bled qu'on serae dans la fin d'x\uril, et iusques au vingtième de May, s'y recueille dans le mois de Septembre et est parfaitement beau et bon : et, ainsi, toutes les autres choses nuancent à proportion ; car nous voyons que les choux pommez, qui se sèment icy au commencement de May, se replantent dans le vingt ou uingt-quatrième de luin, se recueillent à la fin d'Octobre, et ont des pommes qui pezent des quinze à seize liures.

Pour l'Hyuer, quoy qu'il dure cinq mois et que la terre y soit couuerte de neiges, et que pendant ce tems le froid y soit vn peu aspre, il n'est pas toutes fois désagréable : c'est vn froid qui est guay, et la pluspart du tems ce sont des

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iours beaux et serains, et on ne s'en trciiue aucunement incommodé. On se promené par tout sur les neiges, par le' moyen de certaines chausseures, faites par les Sauuages, qu'on appelle Raquettes, qui sont fort commodes. En vérité, les neiges sont icy moins importunes que ne sont les boiies en France.

Les saisons ne sont pas égales par tout le Pays : aux Trois-Riuidres, il y a prés d'vn mois moins d'Hyuer ; au Mont- Royal, enuiron six semaines ; et chez les iroquois, il n'y a qu'enuiron vn mois d'Hyuer. Québec, quoy que moins fauorable pour les saisons et pour l'aspect du lieu qui n'a pas tant d'agrément, a, toute fois, un très-grand auantage à cause du nombre d'Habitans, et qu'il est l'abord des nauires qui viennent de France,

Tadoussac est vn lieu oii les nauires abordoient autrefois, et où ilsfaisoient leurs décharges auant qu'on ozast les faire monter jusques à Québec : tout ce qu'il y a de considérable, c'est vne belle anse en cul de sac, où les nauires sont bien à l'abry, l'anse y estant profonde et de bonne ancrage.

Il y a vne belle riuiere, nommée le Saguené, qui passe tout à trauers : on y a faist bastir vne chapelle, vn raagazin et vne petite forteresse, à l'occasion de plusieurs Sauuages qui y passent l'Esté ; mais il n'y a personne qui y habite, le pays n'estant pas propre tant pour les terres que pour la saison, quoy que la posche y soit fort bonne.

Mais disons vn mot de l'habitation des Trois-Riuieres : c'est vn fort bi^au pays à voir, un pays plat, point montagneux, qui a de fort beaux bois : plusieurs riuieres et lacs entrecoupent ses terres qui sont toutes bordées de belles prairies, ce qui fait qu'il y a quantité d'Animaux, et surtout des Elans, Caribous et Castors, et très-grand nombre ds Gibier et de Poisson.

Les terres que l'on a commencé à déserter sont sablonneuses, mais qui ne laissent pas de produire à merveille, estant vn sable gras au dessus. On s'est basti seulement du costé du Nort.

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Il y a comme deux habitations séparées par vne grosse riuiere, on l'appelle les Trois-Riuieres, à cause qu'estant entrecoupée par des Isles, elle fait comme trois riuieres en ce lieu là, qui vient de dedans les terres du costé du Nort.

Mont-Royal, qui est la dernière de nos habitations Françoises, est plus auancôe dans les terres. Elle est située dans vne belle grande Islo, nommée l'Isle du Mont-Royal ; les terres y sont fort bonnes. C'est terre noire ou pierreuse, qui produit du grain en abondance : tout y vient parfaitement bien ; mais surtout les melons et les oignons : la pesche et la chasse y est très-bonne : tout le Pays d'alentour est parfaitement beau, et tant plus l'on monte en haut du costé des Iroquois, plus le Pays y est agréable : c'est vn Pays plat, vne forest où les arbres sont gros et hauts extraordinairement ; ce qui monstre la bonté de la terre, ils y sont clairs et point embarassez de petit bois : ce serait vn Pays tout propre à courir le Cerf, dont il y a abondance, s'il y auait en ce Pays des Habitans qui eussent des chenaux pour cela, et que l'Iroquois eust esté un peu humilié, ou pour mieux dire dompté : la pluspart de ces arbres sont des chesnes.

Mais ne nous amusons pas si long-tems sur les chemins, et entrons tout d'vn coup dans le grand lac des Iroquois, après auoir passé au trauers de plus de deux cens Isles qui sent à l'entrée, dont les deux tiers ne sont que prairies, et l'autre tiers, des rochers en pain de sucre. Laissons à droit et à gauche, et dans les Isles vn grand nombre de bestes qu'on y rencontre, qui sont quelquefois plus de cinq cens tout d'vne bande.

Ce Pays des Iroquois dont ie veux parler et qui est sur le bord de nostre grand fleuue, puisqu'il passe au travers de leur grand Lac, est un fort bon Pays et bien agréable : la terre en est parfaitement bonne et la meilleure que l'on puisse rencontrer ; ainsi qu'on peut juger par les arbres. Il ne s'y rencontre quasi point de 5>apinieres, mais au contraire rien

que beaux bois, qui sont chesnes, chastagniez, noyers, bestres, bois blanc, meuricrs, et quantité d'autres beaux arbres dont nous n'auons point de connoissance en ces quartiers, ce qui est cause que je n'en sçais pas les noms ; Les arbres fruitiers sont plus en abondance. Comme aussi la cbasse des bestes faunes et du Gibier. 11 y a plusieurs fon-' taines d'eau salée, dont l'on fait de très-beau et bon sel. La quantité des prairies est admirable : et les quatre Saisons y sont comme en France, sinon que l'Hyuer n'y est pas si îon<y ; la pesche y est abondante, surtout de Saumon, Esturoreon. Barbue et Anguille, dont il y a des quantitez prodigieuses : tous ces grands Pays-là sont demesme.

le ne parleray point du Pays des Hurons, puisqu'il est abandonné tant des François que des Saunages qui ont esté oblio-ez de le quitter, à cause des Iroquois : le Pays est. très-beau et bon, presque tooit déserté comme en France, situé sur le bord du grand Lac, qui a trois cens lieues de circuit, et qui est remply d'vn nombre infiny d'Isles de toutes façons, beau bois, boime terre, abondance de chasse et de pesche en toute saison, l'Hyuer y dure quatre mois. Py ay veu vne pesche qui est fort agréable, qui se fait aussi bien l'Hyuer sous les glaces que pendant l'Esté ; c'est celle du Haran, dant il y a abondance. Ce qui est encor beau à voir en ce Pavs-là, ce sont plusieurs petits lacs d'vne lieuë et de deux lieues de tour, qui se voyent au milieu de ces terres deffrichées, bordées de prairies tout à l'entour, et en suitte d'vn petit bois, d'oii sortent quantité de Cerfs qui viennent paistre ; de sorte qu'aïlant à l'afTust, on ne peut manquer de faire coup ; et à la saison vous les voyez tous chargez de Gibier de riuiere. Les Coqs-d'Indes et autres oyseaux se trouuent dans les champs. Mais ie ne vous veux, et ie ne puis pas faire la description de tous les beaux lieux de ces Pays-là, ny des commoditez qui s'y rencontrent, et estre bref comme ie pretens.

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