INTÉRIEUR PRIS AU CENTRE D'UNE FORÊT DE LA BASSE-BRETAGNE
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Lithographie par M. Cliallamel.
Vous partez, à grands frais, pour parcourir l'Europe ou l'Asie, vous traversez l'Océan pourvoir le Nouveau-Monde; lorsque vous revenez de ces longs voyages, l'expérience est à vous, au prix des conséquences de vos fatigues. Cependant, voyageurs, vous ne vous expatriez pas toujours ainsi, avec intention de tracer votre itinéraire, de rechercher l'origine et l'importance des villes que vous parcourez, de donner à votre retour là relation de vos voyages.
Non; vous partez bien souvent, tout bénignement, en chaise de poste, heureux quand la voiture peut vous conduire jusqu'en Bohême. Vous allez faire une promenade, recréer vos yeux, et respirer l'air des montagnes du Tyrol et des champs dorés de l'Italie. Il s'agit, pour vous, de passer votre temps et de saisir une occasion de plus pour dépenser agréablement votre fortune; il s'agit pour vous de pouvoir dire, l'hiver suivant, au bal de l'ambassadeur ou au foyer de l'Opéra : « J'ai vu Genève, Saint-Pétersbourg, Milan, Naples, etc. » Eh bien! avezvous visité votre pays, la France? n'a-t-elle pas des droits à votre curiosité? pourquoi ne pas lui donner la préférence? Comment, vous avez vu toutes ces lointaines contrées, et jamais vous n'avez parcouru le Dauphiné, les Basses-Pyrénées, les bocages de la Vendée, les montagnes du Jura, et surtout la sauvage Bretagne! Croyez-vous que toutes
ces provinces manquent de pittoresque?— Nous allons vous faire pénétrer dans une saboterie bretonne; vous jugerez.
Au cœur d'une épaisse forêt de la Bretagne, on rencontre quelques chétives cabanes de bois et de branches mortes, recouvertes de terre. Ce ne sont point des repaires de bêtes fauves; des hommes naissent là, vivent et meurent là; à peine se doutent-ils de la série des jours. Lorsque les arbres de la forêt commencent à secouer leurs feuilles, ils savent que le froid va venir; et lorsque les branches verdissent, ils cessent d'aller à la provision de bois. De loin en loin, ils se mêlent aux habitants de la ville située à plusieurs lieues de là; ils y portent seulement des charges de sabots et y achètent quelques ustensiles de ménage. Dans cette cabane, où le père et la mère travaillent sans cesse, l'enfant nouveau-né couche dans une crèche, et mange du pain noir aussitôt après avoir sucé le lait maternel. Les murs sont brunis par la fumée de l'âtre; le parquet est naturel, en terre; et quelquefois la pluie traverse la paille du toit. Si vous allez visiter les hôtes de ces habitations, ils vous reçoivent cordialement; il n'y a pas chez eux de misère : l'habitude et la nécessité les ont rendus heureux là.
M. Fortin a beaucoup étudié la Bretagne, et nous venons de faire la description bien incomplète d'un intérieur de saboterie, qu'il a exposé cette année. Tous ses petits tableaux sont vrais; ce sont de délicieux portraits de la poétique Bretagne.
M. Charles Fortin, né à Paris en 1814, a étudié chez M. Camille Roqneplan
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Les tableaux de M. Grenier sont autant de petites Nouvelles gracieusement arrangées pour nous divulguer, par-ci par-là, quelque épisode d'intérieur villageois, pour nous décrire quelques coins de paysage, bien simples , bien isolés , bien vrais. Il n'aime pas à gravir les montagnes ; l'aspect d'un torrent lui fait peut-être peur; et j'inclinerais à penser que l'immensité d'une mer sans rivages lui a rarement suggéré de fébriles inspirations. Il ne lui faut pas de ces fougueuses natures que Dieu crée d'unmot, et que l'homme peut à peine comprendre. Il n'ose point lutter contre les difficultés qu'éprouve le peintre obstiné à les reproduire. Il lui suffit d'une maisonnette au détour du chemin, du clocher qui domine le village, du petit bois battu par les chasseurs, des champs de blé ou gazouille l'alouette , et de tous les paysans qui peuplent nos campagnes.
Là ne se borne pas le talent de M. Grenier. Il a peint plusieurs tableaux du genre historique , dont un , le premier qu'il ait exposé , et qui retraçait la mort d'Atala, lui valut une médaille. Nous connaissons de lui quelques tableaux de batailles parfaitement composés et habilement peints.
On doit le compter aussi parmi nos plus habiles lithographes. Il a fait paraître beaucoup de sujets et de recueils lithographies. Nous citerons ses Chasses, qui obtinrent un grand succès. M. Grenier est un de ceux qui, dans ces derniers temps, ont le plus contribué à rendre populaire
la lithographie, cet art qui sut faire bonne justice de ses détracteurs, et qui s'est tant perfectionné depuis quelques années.
Parmi les tableaux exposés au Salon de cette année par M. Grenier, on remarque des Enfants jouant avec un Chien , et le Retour de la Laitière; ce dernier tableau a été lithographie par M. Grenier lui-même, et prend place dans notre collection.
Le sujet est gracieux. Une jeune mère, qui vient de vendre du lait à la ville , a placé son petit enfant sur le cheval de ferme. Elle le soutient , car elle tremble pour lui. A quelle prévoyance ne conduit pas la sollicitude maternelle? La laitière est encore fraîche et jolie ; on voit que cet enfant est chéri comme un premier fruit du ménage. Comme il s'amuse ! comme il est heureux ! c'est qu'il a grandi bien vite, par enchantement, et qu'il peut regarder sa mère du haut de sa taille. — A gauche, une muraille qui borde le chemin. Au fond, un paysage, une rivière qui se perd à l'horizon. Tout cela est frais et coloré, et d'un laisser-aller tout charmant. Nous pourrions reprocher seulement à M. Grenier un peu de mollesse dans l'exécution; M. Grenier est un des peintres de genre qui a le plus de succès; et il le mérite.
M. Francisque Grenier Saint-Martin est élève de David. Il a exposé pour la première fois en 1810, et a obtenu une médaille d'or de première classe en 1834. M. Jeannin édite avec beaucoup de succès, depuis longtemps, ses différents ouvrages
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Lithographie par il Français.
Parfois, au coin du feu, dans les plus tristes jours d'hiver, nous nous prenons à regretter la verdure, les fleurs, le ciel bleu; nous nous retraçons, par la pensée, les sites les plus pittoresques de nos voyages ; mais il semble que le givre attaché à nos carreaux refroidisse nos souvenirs; nous avons une idée vague des objets; leur couleur et leur forme nous échappent.
Alors, si un peintre ami, compagnon de nos courses, a traduit sur la toile ces merveilles de la nature parée; si, en tournant nos regards vers quelque embrasure de croisée, un tableau nous apparaît animé, exact, fidèle, nos impressions nous reviennent bien vite. — Voilà cette belle esplanade d'Avranches, d'où l'on aperçoit le mont Saint-Michel; cette romantique gorge d'Appenzel, qui nous fait rêver la Suisse entière ; cette campagne de Rome, à l'aspect poétique et sauvage !
Quel malheur de n'avoir pu étudier et reproduire tous les coins de pays que nous avons parcourus !
M. Paul Flandrin nous promène aux environs de Rome ; il nous montre ces prairies accidentées que domine la magnifique villa du noble Ralien, que traversent en chantant toutes les femmes d'Albano et de Tivoli. Ne nous lassons pas d'admirer ici la pureté sévère des lignes et la savante perspective . C est là que se rencontrent les premières, les plus précieuses qualités du paysagiste. Suivons ces sentiers qui sillonnent
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la campagne, descendons à droite dans cette vallée boisée, où l'on doit respirer une exquise fraîcheur. Qui nous empêche d'atteindre le sommet du plateau? Nos regards s'étendront au loin, et ce suave horizon que le brouillard nous paraît d'ici envelopper comme un voile de gaze, se rapprochera de nous et deviendra plus distinct.
Ces derniers mots nous ont échappé sitôt que nous avons aperçu les paysages de M. Paul Flandrin. Nous étions insatiable, nous ne pouvions nous contenter de l'étroit espace embrassé par lui dans son tableau; nous aurions voulu parcourir encore avec lui toute cette riche campagne.
Ce qu'il y a de plus exact à dire pour apprécier les paysages de M. Paul Flandrin, c'est qu'ils sont d'une belle forme. On y reconnaît le style du Poussin, moins la touche vigoureuse qui le caractérise. C'est la même ordonnance des terrains, la même disposition des plans. Quant à la couleur, on sent que M. Paul Flandrin la comprend invariablement telle qu'il l'indique, mais elle pourrait avoir plus d'éclat. Au reste elle ne manque pas de vérité, et, si quelque jour M. Paul Flandrin devenait plus coloriste, s'il cherchait à allier aux belles lignes de ses paysages l'étude brillante des détails, il se mettrait sans contredit au premier rang.
Outre le paysage que nous donnons, nous avons remarqué plusieurs autres tableaux de M. Paul Flandrin, parmi lesquels nous citerons la Vue prise à l'île Barbe aux environs de Lyon, et surtout les Pénitents de la Mort dans la campagne de Home.
M. Paul Flandrin est né k Lyon en 1811. I! a obtenu une médaille d'or en 1830. Il est élève de M. Ingres.
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