TA1L1AUJ 3P1ÏÏMT 2PÂ31 M. ITCÈH1 MELA<SM®IX
Mtliograplilc par H. Cliallamel.
Le texte qui inspire un tableau est comme le fait que raconte l'historien ; il faut donc bien s'en pénétrer avant d'apprécier une œuvre quelconque. Sinon, il se peut qu'on tombe dans de graves erreurs , et qu'on se place à un faux point de vue.
Presque tous les critiques qui se sont occupés de M. Eugène Delacroix ont manqué de tact sous ce rapport. Et parce que M. Eugène Delacroix s'imprégnait complètement de son sujet, ils ne l'ont pas toujours compris.
Cola a eu lieu pour la Justice de Trajan.
Nous rapportons le passage du Dante, qui est l'explication la plus positive du tableau de M. Eugène Delacroix. Il est extrait d'une magnifique traduction de M. Antoni Deschamps.
Une veuve était là, de douleur insensée, S'effoi-çant d'arrêter sa marche commencée : Autour de l'empereur s'agitaient les drapeaux, Et la terre tremblait sous les pieds des chevaux. Au milieu de ce bruit la veuve semblait dire : « César, viens au secours de mon cruel martyre ; » Venge , venge mon fils qu'ils ont assassiné. » Et lui, semblait répondre et comme importuné : « Attends que je revienne ! » Et du fond de son âme : « Si tu ne reviens pas! » s'écriait cette femme. Trajan disait alors : « Celui qui régnera » Après moi dans l'empire, un jour te vengera. »
Et la veuve : « Pourquoi la justice d'un autre,
» Maître , lorsqu'à genoux je demande la vôtre. . . ? »
Et l'empereur enfin disait : « Console-toi ,
» Il faut que j'obéisse à cette sainte loi ;
» Je ferai mon devoir avant que je ne sorte ,
» La justice le veut et la pitié l'emporte. »
Ayant sous les yeux ces vers, qu'on pourrait appeler des pièces de conviction, nous jugerons mieux le mérite réel de la Justice de Trajan.
Ce cortège , qui est en marche , se trouve arrêté par les cris de cette femme de douleur insensée, et qui demande justice. Il y a tant de tumulte, selon le poète italien, tant de drapeaux, tant de trophées, tant de soldats, que la terre tremble, et que cette procession triomphale a l'air d'une bataille. Le peuple est foulé aux pieds des chevaux; l'escorte de Trajan est devenue confuse ; son cheval effrayé se cabre devant cette mère, qui crie à César de venger son fils assassiné.
Le mouvement était la première chose que l'on dût rencontrer dans cette immense toile. C'est aussi le mouvement qui est, avec la couleur, le plus beau côté du talent de M. Eugène Delacroix.
Tous les personnages du tableau agissent. Cette foule trépigne ; l'ordre du cortège vient d'être dérangé.
De graves imperfections se mêlent à des beautés du premier ordre dans les tableaux de M. Eugène Delacroix; mais M. Eugène Delacroix est un peintre de génie ; personne ne possède à un plus haut degré que lui la vérité d'exécution, le sentiment de la forme, et l'éclat du coloris.
M. Eugène Delacroix est né à Charenton-Saint-Mauricc , près Paris, le 26 avril 1798. 11 n'étudia la peinture que fort tard, après avoir fait entièrement et d'une manière brillante ses études classiques, tl est élève de M. Guérin. Il commença à exposer en 1822. Il a été nommé membre de la Légion d'honneur, et s'est présenté comme candidat au fauteuil de l'Institut.
NX
(ik yxm $nx U g*an& canat à \|||*tti$*
Lltbograpliléc par II. W. %Yjl<l
Moi, décrire Venise! lorsqu'il existe déjà tant do descriptions laites par des témoins oculaires ou à l'aide de Balbi ! non , je n'ai qu'à choisir entre M""'s de Staël et G. Sand, qui ont rivalisé, celle-là avec sa froide philosophie, celle-ci avec sa poétique imagination. Ou bien, j'aurai recours à lord Byron, ou à M. Casimir Delavigne, ou bien encore à M. Jules Janin. Quel embarras, mon Dieu! et pourtant, je veux être consciencieux; et, comme je n'ai pas vu Venise, je ne me hasarderai pas à la dépeindre effrontément.
Comme l'indigne frelon, je butinerai de fleurs en fleurs, savourant les parfums les plus doux, les sucs les plus savoureux, et j'aurai, de la sorte, bientôt donné une idée de cette Venise que M. Wyld a visitée, et qu'il a fort exactement rendue dans son dernier tableau.
Venise, avec M. Barthélémy, de 1832,
Pareille à la Vénus antique ,
Sa chevelure au vent, sort de l'Adriatique.
Cette belle cité a encore son poétique aspect, si nous en croyons l'infortuné Léopold Robert, dont nous avons tant déploré la perte. Et M. Antoni Deschamps, ce vigoureux poëte qui nous a souvent redit son amour insensé pour l'Italie, voit toujours, à travers ses souvenirs,
Les dames de Venise en gondole le soir.
Ainsi, loin de nous, hommes prosaïques qui redoutez l'enthousiasme pour le beau , obstinés sceptiques qui nous exaltez le passé aux dépens
du présent, ou qui ne croyez ni à l'un ni a l'autre; suspecterez-vous M. Casimir Delavigne, qui fait dire à Fernando :
Vos beaux jours sont moins beaux que" nos plus sombres nuits.
Est-ce que le climat est changé? les canaux qui sillonnent la ville ont-ils été comblés? le soleil de l'Italie n'est-il plus le même? ne croyezvous plus aux flots bleus et transparents de l'Adriatique? du haut du clocher de Saint-Marc ne découvre-t-on plus, comme au temps de M"" de Staël, toute la ville au milieu des eaux, et la digue immense qui la défend de la mer? n'aperçoit-on plus dans le lointain les côtes de l'Istrie et de la Dalmalie ?
Et d'ailleurs, Venise ne fût-elle plus que par sa grandeur passée, ne trouvât-on que des ruines aux lieux où s'élevaient des temples ou des palais, l'artiste et le poëte ne resteraient pas indifférents atout cela, eux qui voient et par les yeux du corps et par ceux de la pensée. L'artiste reproduira avec amour ces arcades en ruines, ces colonnes dispersées ; le poëte réédifiera la Venise du dix-septième siècle , et chacun d'eux, peut-être, y trouvera son compte.
Voilà ce qui explique les nombreuses vues et descriptions de Venise, qui est devenue un lieu de pèlerinage pour l'artiste et le poëte. Toutes les fois que l'œuvre sera exacte et consciencieuse, nous l'admirerons. La Vue de Venise, dessinée par M. Wyld, méritait, à ce double titre, défigurer dans cet album. La lithographie, exécutée par le peintre lui-même, est la fidèle reproduction du tableau.
Nous avons vu, dans l'atelier de M. Wyld, un beau tableau représentant les Juifs d'Alger partant pour la Terre Sainte.
M. William Wyld est né à Londres en 1806. Il n'a étudié sous aucun maître, et n'a commencé à faire de la peinture qu'en 1834; il s'occupait ava.it de politique. 11 a obtenu une médaille d'or en 1.839.
on
■H pi
•xi
rd
pj
^k ïmc h M&XoccsUx
TÂIBLIÂHJ F1ÎIÎ PAIE M. (SOggl,
Lithographie par SI. Oscar Horvf utero.
Buckingham, qui était l'ami du duc de Glocester, avait essayé de le faire nommer roi par le peuple rassemblé. L'essai ne réussit pas; mais on détourna le sens des manifestations populaires, et il se trouva bientôt que Glocester dut obéir au prescrit qui ne lui était pas imposé , et qu'il lui fallut ceindre malgré lui la couronne.
Le duc de Glocester changea son nom en celui de Richard III , le 26 juin 1483. — Personne n'osa prendre en main la cause du légitime roi Edward V.
Toutefois, les deux neveux de Richard III pouvaient lui devenir hostiles à mesure que leur âge et leur raison se développeraient.
L'usurpateur devint assassin. Dépouiller un homme conduit logiquement à le tuer.
Vainement Buckingham, cédant à ses remords, se fit le chef d'un complot au profit du jeune Edward. Les deux princes avaient été transférés du palais de l'Archevêché à la Tour de Londres. Robert Brackenbury, le gouverneur, fut chargé de hâter leur mort. Il refusa. Mais Jacques Tyrrel, maître de ses écuries, le remplaça pour vingtquatre heures; et les deux fils du roi Edward V, furent étouffés, de nuit, par Slater, Dighton et Forrest, scélérats aux gages de Tyrrel.
Le sujet du tableau est le départ des deux enfants pour la Tour de Londres. Elisabeth, veuve du feu roi, veut les retenir auprès d'elle; elle tremble sur le sort de ses fils. De sinistres pressentiments torturent son cœur de mère. Les laissera-t-elle s'éloigner avec le protecteur? sur
quoi motivera-t-elle son refus? Et d'ailleurs, le bon cardinal Bourchier, si vénérable et si dévoué, parvient à la rassurer. Elle les confie, elle les livre à Glocester, après leur avoir donné le baiser d'adieu.
Cette scène est lugubre en face du dénouement qui la termine. On sait que les craintes d'Elisabeth sont fondées, et que ces larmes anticipées, qui inondent ses paupières royales, vont bientôt couler plus abondamment encore. Maudite soit sa faiblesse de femme ! Et cet ami au cœur pur qui la conseille, pourquoi faut-il qu'il ne sache pas prévoir la catastrophe horrible qui s'apprête ! La vertu est ainsi faite, elle se refuse à croire au crime.
Nous répéterons, pour le tableau de M. Gosse, ce que nous avons dit à propos du Dernier souper de Marie Stuart, par M. Serrur. C'est un grand sujet d'histoire traité avec les proportions du genre.
Peut-être est-ce un tort ici , toutes les physionomies devant exprimer un caractère différent. Ces petits personnages ressemblent un peu à des acteurs du théâtre enfantin qui joueraient des drames de M. Victor Hugo. Le moyen que ces enfants, ignorants de toutes choses, nous puissent traduire exactement tous les effets du crime ou des passions ! le moyen que toutes ces petites têtes d'un pouce nous représentent exactement, dans un tableau , l'une des craintes maternelles, l'autre l'ambition, celle-ci la bonté du prêtre, celle-là l'étonnemeut! C'est un défaut d'exécution matérielle.
Quant à la composition du tableau en elle-même , elle est bien ordonnée. On reconnaît la manière habituelle de M. Gosse, qui a fait ses preuves depuis longtemps.
M. Gosse est depuis longtemps membre de la Légion d'honneur.
Imp. i'Atilerl&Ci'
Le Port de Marseill
CblUmeL efc C" |-:d,i; 4-, r. de 1 Abbaye FÏSÎC"
us-
m<2 .2s<2i72,a Ja