‹ Album du Salon de 1840Chapitre 15 sur 24 · DU PORT DE MARSEILLE · texte numérisé non relu

DU PORT DE MARSEILLE

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Mtliogranliié par M. Eugène Cfcêrl.

Vous avez vu Bordeaux, Brest, le Havre, mais peut-être n'êtes-vous point encore allé à Marseille, cette belle ville qui domine la Méditerranée, et qu'on peut appeler la Gênes moderne. Ah! descendez bien vite le Rhône, laissant Avignon sur votre passage, et visitez Marseille.

Marseille est située entre le pied d'une chaîne circulaire de montagnes et la mer. Il y a la haute et la basse ville, la ville nouvelle et la ville antique, deux images de civilisation ancienne et moderne. Le port est vaste, d'un accès difficile, mais d'un refuge assuré contre la tempête , comme ces bois sombres et discrets défendus par des buissons d'épines. L'entrée en est gardée par le fort Saint-Nicolas et par la tour Saint- Jean. Et puis il y a le beau château d'If, bâti par François Ier, les îles de Pornègue et de Ratoneau , jointes ensemble par une immense digue.

Marseille est un vaste bazar. S'il vous arrive de sortir le soir pour aller à la promenade, et de longer les quais qui avoisinent le port, vos yeux et vos oreilles sont émerveillés. Les costumes maures , grecs , égyptiens, algériens, etc., se croisent et se succèdent. Ici on parle anglais, ici espagnol, là maltais, plus loin arabe. On s'entretient des dé-

parts et des retours; on s'informe du commerce fait aux Échelles du Levant; on s'apprend ce qui se passe aux quatre coins de l'Europe. Il y a tel moment à Marseille où l'on se croirait partout ailleurs que dans une ville de France.

Les rues sont remplies de marchands et d'étrangers. Les théâtres sont fréquentés, particulièrement ceux de musique : le goût musical est fort répandu à Marseille. On comprend que l'Italie n'est pas loin. La ville a l'éclat, l'aspect méridional, et cependant elle est plus active que les autres villes du midi. Le commerce, les sciences, les arts y occupent une place honorable.

Une des gloires de Marseille, c'est le grand nombre d'hommes illustres qu'elle a produits. La poésie, l'histoire, la peinture, la musique, la guerre, la politique, lui sont redevables de représentants célèbres; et, pour ne pas remonter trop haut dans la nomenclature que nous voulons en donner, nous citerons : le généalogiste d'Hozier; Pierre Puget, peintre, sculpteur et architecte; de Bastide, Gravier, Barthélémy, Méry , E. Guinot, et tant d'autres poètes et écrivains; le girondin Barbaroux, et Gardane, fameux général de l'empire.

Le tableau de M. E. Isabey représente l'entrée du port de Marseille. Il y a du mouvement partout; c'est bien là l'activité d'un port. Nous y voyons les flots bleus de la Méditerranée, cette mer toute de reflets et de mirages, si différente de l'Océan jaune et orageux. Ce tableau a de l'aspect et de l'éclat; il est resplendissant de lumière et fort ressemblant dans les moindres détails, si l'on peut dire ainsi. On sent que tout cela est fait avec étude, mais aussi avec facilité. C'est de la grande et belle peinture de marine.

La Vue du Port de Marseille est le seul tableau exposé par M. E. Isabey. Il a été commandé par M. le ministre de l'intérieur; il est destiné à orner un de nos musées nationaux.

Cette toile augmentera encore la réputation de M. E. Isabey.

M. Eugène Isabey est né à Paris le 22 juillet 1804. Il est élève de son père. Il a obtenu la médaille d'or en 1831, et a été nommé membre de la Légion d'honneur en 1832.

ALBUM DU SALON LE 1840, 3u&j Su*

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