‹ Album du Salon de 1840Chapitre 16 sur 24 · DE M. DECAMPS · texte numérisé non relu

DE M. DECAMPS

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Il suffirait peut-être de rappeler ici, en forme de catalogue, tous les tableaux , toutes les aquarelles composées par M. Decamps, depuis son début dans la peinture. On verrait que son talent s'est élevé bien vite, et s'est toujours soutenu à une grande hauteur; que son pinceau est varié, fécond , spirituel , parfois profond et philosophique ; qu'il a abordé tous les genres, en leur imprimant son cachet individuel. Mais il vaut mieux, nous le croyons, apprécier succinctement l'auteur de la llaiaille des Cimbres, ses ouvrages n'ayant pas besoin d'être rappelés.

M. Decamps est né en 1803. Il commença à étudier la peinture chez M. Abel de Pujol, un des soutiens les plus fervents do l'école davidieme.

A peine M. Decamps eut appris ce que nous appellerons le matériel de l'art, que l'originalité de son talent se développa. Il comprit, tout d'abord, que le soleil donnait la vie à la nature, et qu'il fallait de la lumière et du soleil dans un tableau. Il se pénétra de cette idée que rien n'est réellement indigne du peintre, et que le génie, d'ailleurs, peut rehausser les choses en apparence les plus triviales; qu'il n'y a rien d'affreux ni d'inutile en soi dans la création, et que c'est un blasphème de prétendre le contraire.

Sorti de l'atelier de M. Abel de Pujol, M. Decamps commença en 1827 à envoyer ses ouvrages aux expositions du Louvre. On se rappelle l'immense succès de son tableau de la Bataille des Cimbres, véritable chef-d'œuvre de composition, de mouvement, de détails et de couleur; on se rappelle aussi le Corps de garde sur la roule de Srnyrne à Magnésie.

M. Decamps est un de nos plus grands peintres; c'est une gloire de notre école française moderne, la seule qui se préoccupe encore de chercher les voies inconnues de l'art, la seule qui veuille tendre au progrès. Nul n'approche plus que lui de la vérité, nul ne sait plus que lui parvenir à une exécution heureuse.

Le Salon de 1839 a été un triomphe pour M. Decamps. On allait de tableaux en tableaux. Ici, c'était le Samson; là, le Supplice des crochets; plus loin, Joseph vendu par ses frères; enfin, les Enfants jouant avec une tortue, Bairactar et les Experts. C'était presque un musée à part dans le musée général. Il est certain que je me serais contenté de ces incroyables Experts pour unique tableau de ma galerie.

M. Decamps nous a manqué cette année. Combien nous regrettons de n'avoir pas rencontré l'occasion d'enrichir, par une de ses toiles, notre publication.

Le portrait que nous donnons est le premier qui ait été fait du célèbre peintre. M. Jules Etex, portraitiste tout à fait distingué, a seul pu obtenir quelques séances de son ami , et nous nous estimons heureux de pouvoir payer, nous aussi , à M. Decamps, notre dette de sympathie et d'admiration.

On retrouve dans ce portrait l'expression de la physionomie et la vivacité du regard qui distinguent l'homme de science et d'esprit.

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Lithographie par M. Mouilleron.

Sainte Cécile, encore sainte Cécile, toujours sainte Cécile. C'est abuser un peu d'une sainte, en vérité. Toutes ces saintes Cécile sont tendres et belles; elles sont de plus catholiques, apostoliques et romaines; surtout celle de M. Jules Varnier; mais, à la fin de tout, ce ne sont que des saintes Cécile. Pourquoi pas sainte Thérèse dans l'extase de la Thébaïde? ou bien sainte Théodule dans le doux parfum de son innocence? M. Jules Varnier n'en était pas d'ailleurs à sa première sainte : à ses débuts, il y a trois ans, le martyre de Sainte Catherine a révélé diverses faces de son talent ; déjà l'étude sévère de la forme et de la couleur annonçait un vrai peintre de plus. Depuis, le peintre s'est élevé à la poésie ; il a compris qu'au delà de l'horizon des yeux il y a un autre monde encore; il a compris que tout en copiant la nature humaine il ne fallait pas oublier l'âme qui anime tout, l'âme qui se cache quelquefois, mais qu'il faut toujours découvrir.

L'âme de sa Sainte Cécile n'éclaire peut-être pas assez la figure; ce n'est pas là cet éclair céleste , cette sécurité divine des vieux maîtres d'outre-Rhin. Mais tout en regardant le ciel, où elle croit entendre les harpes des archanges, sainte Cécile touchait à la terre, et j'aime le peintre qui, comme M. Varnier, rappelle le ciel et la terre tout à la fois. Cela est d'un bon peintre; et les uns sont plus rares que les autres.

En voyant sa Sainte Cécile, on se demande s'il faut l'aimer ou l'a-

dorer. Pourquoi ne pas l'adorer? C'est bien là la vierge de nos chastes rêveries ; voyez si ce regard ne s'élève pas jusqu'à Dieu ; ne voyez-vous pas son âme qui s'envole sur les ailes de l'extase ou de la prière? Oui; mais pourtant pourquoi ne pas l'aimer? N'est-elle pas faite comme les autres femmes (les belles femmes bien entendu)? Ces yeux qui s'élèvent au ciel n'ont-ils pas trop parlé sur la terre? ne poursuivent-ils pas un de ces rêves qui commencent ici-bas et qui finissent là-haut? Et puis, cette main est si jolie que nos lèvres s'agitent malgré nous. Et puis, est-ce clone pour le vent de la mort, ces roses qui vont fleurir sur les joues?

Enfin, cette sainte Cécile n'a pas trop l'air de faire son chemin dans le ciel ; c'est une vraie fille d'Eve; le serpent est là, on ne sait encore où, mais il est là. En attendant, comme c'est une belle fille à laquelle il ne manque rien , elle fait son chemin dans le monde à la louange de M. Varnier.

M. Jules Varnier a exposé aussi cette année le Saini-Sépulcre , tableau plein de qualités du premier ordre, et un portrait du général Championnet, qu'il a fait pour le ministère de l'intérieur. Ce portrait a, avant tout, le mérite d'être fidèle; ce qui n'empêche pas que ce soit un beau portrait.

M. Jules Varnier est né à Valence (Drôrae) en 1815. Il est élève de M. Picot.

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Vase funéraire.

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Pans, chez Challamel&C*,E<iiteurs,™; de i'AVbsye 4.

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Lithographie par M. Challamel.

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Purifier par le feu le corps qui n'est plus qu'un cadavre ; réunir pieusement ces cendres; les renfermer dans une urne précieuse; conserver dans quelque coin de la maison du vivant les derniers restes de celui qui a vécu, souvenir incessant qui rappelle, au milieu des joies et des orages du monde, le néant et le repos de la tombe, — c'était une admirable coutume, vénérée chez les anciens, inconnue des modernes. C'était du stoïcisme contre la mort. On oubliait moins vite ceux qui n'étaient plus; et lorsque l'enfant voulait s'inspirer des grandes actions do son père, il allait contempler l'urne cinéraire qui renfermait les débris du héros. A toute heure, la veuve pouvait pleurer sur le tombeau de son époux, la mère sur celui de son fils, mort avant l'âge.

Le vase était ordinairement de marbre, d'agate ou de terre cuite. Le plus souvent on n'y plaçait aucun ornement : la mémoire du défunt parlait seule. Dans le cas contraire, on retraçait allégoriquement les principales actions de sa vie ; on indiquait le lieu de sa naissance et celui de sa mort, le commencement et la fin du voyage. On annonçait que Pluton avait trouvé cette âme trop belle ou trop innocente pour la jeter dans le sombre royaume. Puis les Grecs disaient, 'Av«r,„, les Romains, Fatum, et les chrétiens, Providence.

Le christianisme ayant succédé au monde païen, deux choses con-

tribuèrent, entre beaucoup d'autres, à proscrire l'usage de brûler les morts : il tenait entièrement au paganisme, et peu à peu s'était établi l'usage d'enterrer. Il y avait bien encore à Rome quelque antique famille patricienne, en Grèce quelque peuplade qui, fidèles au culte de leurs pères, s'étaient élevés contre les nouvelles croyances et les mœurs nouvelles; mais elles disparurent bientôt, et le vase funéraire fit place au sarcophage.

Chez nous cet usage n'existe pas, nous avons trop grande hâte d'oublier nos morts. Nous les avons enfouis dans les églises, dans les catacombes, dans les cimetières. Nous avons même, par force, placé hors des villes les lieux de sépulture.

Le vase de M. Pradier est destiné à renfermer quelques objets précieux qui ont appartenu à un jeune médecin. Ce sont des souvenirs, ce ne sont point des images de la mort.

Nous n'avons pas bien saisi la pensée de M. Pradier, lorsqu'il a accouplé le symbole chrétien et le symbole païen. Mais laissons au plus grand statuaire de l'époque la responsabilité de son œuvre, et admirons l'immense talent répandu sur cette sculpture, comme sur toutes celles qui sont sorties de son ciseau habile et fécond.

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