‹ Album du Salon de 1840Chapitre 2 sur 24 · FAR IL AMAI!J1Y=©U¥AL · texte numérisé non relu

FAR IL AMAI!J1Y=©U¥AL

Mthograpliié par M. AIopUc-ll.

Un beau portrait est bien difficile à faire , et vraiment il faut être un grand peintre, un parfait observateur, un homme bien intelligent, pour réussir dans ce genre de peinture. Aujourd'hui surtout que toute supériorité de talent ou de finances est coudoyée dans la foule, que toute distinction de rangs est cachée sous la coupe uniforme de l'habit de drap noir, véritable niveleur, combien faut-il de hardiesse , on peut le dire, pour aborder le portrait! combien faut-il de talent pour y exceller ! Où sont maintenant ces merveilleuses pompes de costumes , ces éclatantes armures , ces riches blasons, ces brillantes couleurs des belles soies de Gênes et des velours du Levant? Les longues et chatoyantes écharpes, les superbes colliers que les vieux peintres se complaisaient tant à reproduire, ne sont plus. Certes, si dans cette magnifique galerie du Louvre où nous piétinons à l'heure qu'il est, nous voulons, pour un moment, reporter nos souvenirs vers les beaux portraits des Titien, des ïintoret, des Rubens, et des Van-Dick, nous regretterons l'époque à laquelle ces grands artistes ont donné tant d'éclat. Nous avons donc à craindre aujourd'hui la monotonie et la froideur.

Cependant, pour les hommes de volonté et de conscience, point de difficultés insurmontables. Il est des peintres qui , chacun dans leur voie de progrès, et à quelque école qu'ils appartiennent , recherchent d'autres qualités que celle de rendre avec perfection une robe de velours ou de satin; qui, sous ce voile de blonde gracieusement attaché, veulent voir palpiter les chairs , et qui envisagent avec amour, et sous le rapport de l'art, le genre portrait.

Parmi ceux-là, se place en première ligne M. Amaury-Duval , l'excellent élève du peintre d'Homère et de l'Odalisque, de M. Ingres qui fit, pour sa gloire et pour notre admiration, les portraits de M. Bertin l'aîné et de M. le comte Mole, le ci-devant ministre, l'homme du monde, l'académicien. M. Amaury-Duval a pleinement réussi, parce que, comme son maître, il professe, avant tout, le culte du dessin pur et correct, cette première qualité du portraitiste, préférable à celle qu'ambitionne la galanterie des peintres routiniers et sans originalité.

Le portrait que nous donnons de M. Barre père, l'habile graveur en médailles, peint par M. Amaury-Duval, et reproduit avec tant de talent par M. Alophe, outre l'exactitude de la ressemblance, réunit des qualités du premier ordre. Point d'affectation ni de raideur dans l'ensemble; point d'efforts pour séduire. Comme la nature est bien traduite ! comme cette figure est modelée, habilement peinte! comme elle est expressive! Chaque détail peut soutenir l'épreuve de l'analyse la plus scrupuleuse.

M. Amaury-Duval a augmenté encore sa réputation de peintre de vérité dans ce portrait, comme dans celui de madame Mennessier-Nodier. Il est né à Paris, en 1808, et a fait un séjour de deux ans eu Italie , où il s'est livré à de sérieuses études.

ttJ

ce;

TAlLlâU PAS ML E©1I1T JFLMJÎ&Y.

Lithographie par M. Klouilleron.

Au coin de la petite rue des Carmes, près de la place Maubert et du collège de Presle, habitait Ramus, fameux polygraphe français. Le premier il osa douter de l'infaillibilité d'Aristote, et couchait, par Yoie de conséquence, et grâce aux persécutions de ses nombreux ennemis, dans une petite chambre au cinquième étage. Un dur matelas étendu par terre, un escabeau de bois peint, une coupe de faïence, quelques livres usés et poudreux, formaient tout l'ameublement.

Le 24 août 1572, jour de la Saint-Barthélemi , Ramus était en méditation dans la cour du collège où il enseignait, lorsqu'un de ses élèves accourut vers lui, l'œil hagard, les vêtements en désordre.

Le philosophe ne vit et n'entendit rien : il était absorbé par ses rêveries.

— Les voilà! s'écria l'élève, en indiquant la place Maubert.... Et il entraîna Ramus dans sa chambre. Le philosophe se coucha pour donner sa leçon , selon son habitude.

Peu de temps après parut Charpentier, le soutien des vieilles idées, l'ennemi de Ramus, qui, peu d'années auparavant, l'avait convaincu d'ignorance. Il pénétra dans la retraite de son rival. Les deux philosophes se mesurèrent longtemps du regard; puis ce colloque rapide s'établit en latin. Nous le traduisons : « Salut! — Salut. — L'heure de la mort est venue. — La vie ! — Je te la vends. — Combien? — Tout ce que tu possèdes. — Qu'il soit dit.

Ramus chercha sa bourse dans son lit, et la donna à Charpentier, qui s'enfuit en montrant au peuple la retraite du novateur. Alors

la foule poussa ces cris : « Aristotef Huguenot! » Des écoliers lancèrent des pierres jusqu'au toit; d'autres montèrent l'escalier.

Le peintre a choisi le moment d'attente et d'angoisse. Des pas et des voix se font entendre. L'élève, effrayé, jette ses livres , se traîne jusqu'à la porte, et prête l'oreille. Quant au maître, il se rappelle que la résignation est le courage du philosophe ; il reste sur son séant et joint les mains. C'est la situation la plus dramatique de tout l'épisode. La figure du vieillard est noble et calme comme son âme.

Cependant Ramus est frappé par la main d'un de ses élèves. Aussi relève-t- il sa longue barbe blanche, et se cache le visage pour ne pas voir. Un seul coup suffit pour le tuer. Les meurtriers ouvrent la fenêtre, etjettent le cadavre dans la cour. Et là, devant les lambeaux de ce corps vénérable , de cette belle figure que le Primatice avait prise pour modèle, la populace pousse des cris de joie et de triomphe, et traîne le corps jusqu'aux bords de la Seine, qui devient son tombeau.

Tel fut le héros du tableau de M. Robert Fleury. C'est une page d'histoire nationale pleine d'intérêt; et nous aimons à voir reproduire par le pinceau toutes ces scènes qui nous préoccupent encore après plusieurs siècles. Dans cette composition, les poses sont naturelles, les physionomies expressives, l'ensemble complet, les détails étudiés avec soin.

M. Robert Fleury a exposé plusieurs autres tableaux qui accusent tous de notables progrès dans son talent déjà si haut placé, et qui sont d'une perfection de couleur que jusqu'alors il n'avait pas atteinte. Nous citerons le Colloque de Poissy , composition animée et importante , et l'Avare pesant des pièces d'or, création nouvelle sous le rapport de la manière dont le peintre a compris le personnage.

M. Robert Fleury est né à Cologne en 1797. Il a étudié chez Horace Vernet, Girodet et Gros. 11 est resté cinq années eu Italie, et exposa pour la première fois en 1824, à son retour en France. Il a été nommé chevalier de la Légion d'honneur en 1836.

X, JbowlaAMXe. r

j, flp (itfcJoirt 1 lien

Vois amours Poétiques

bbayi I' .-.! 0"

'A1LIAU FÊ1 M. LOUIS I©fLiK

Lithographie par lui-même.

«WJ-Jf ■."■ ."--'.-

Vous êtes le foyer qui réchauffe les âmes, Anime les pinceaux, sollicite les chants; C'est selon vos regards ou vos dédains, ô femmes! Que nous sommes bons ou méchants.

L'homme — l'artiste, le poëte — Cherche son âme dans l'amour, Semblable à l'onde qui reflète Les rayons éclatants du jour.

Dante! qui t'inspira ton sublime épisode? Souvent il m'a semblé te voir dans Francesco. Ton cœur donna l'idée, et ton esprit le mode : Ta lyre fut un double écho.

Oh! Béatrix était si belle, Qu'elle éveillait d'un seul regard, Ton inspiration rebelle, En t' apprenant l'amour et l'art.

Orsolina, soutiens l'ardeur de ton poëte! Arioste te doit le charme de ses vers; Dans Roland, joie ou pleurs, toujours il interprète Ta pensée à tout l'univers.

Quand le chagrin attaque une âme , Le malheur qui va la briser Se calme devant une femme , Et disparaît sous son baiser.

Beau Pétrarque , tu cours au ruisseau de Vaucluse Rêver, prier, aimer, — être poëte enfin ! Et Laure est à la fois ton idole et ta muse , Comme ton principe et ta fin.

Là, c'est une fièvre, un délire, Qui s'emparent de ton esprit :

Avec amour Laure sait lire, Avec amour Pétrarque écrit.

Vous êtes le foyer qui réchauffe les âmes , Anime les pinceaux, sollicite les chants; C'est selon vos regards ou vos dédains, Ô femmes! Que nous sommes bons ou méchants.

Parmi vous l'une est gaie, et l'autre est éplorée : Voilà pourquoi chaque œuvre a sa diversité. Mais cet esprit si fier qui porte ta livrée , Pour prix de ton amour, ô maîtresse adorée ! Te donne l'immortalité.

M. Louis Boulanger est né en 1806 à Verceil (Piémont). Il est élève de MM. Achille Devéria et Lethière. On connaît l' amitié fraternelle qui rattache le peintre à M. Victor Hugo et à tous les autres littérateurs éminents de notre époque. M. Louis Boulanger est en effet lui-même un grand poëte en peinture, qui met la tête d'un littérateur à concevoir ses compositions et la main d'un artiste à les exécuter. Ce qui distingue encore à nos yeux M. Louis Boulange]', c'est cette flexibilité (le talent qui tantôt le transporte en Flandre, tantôt en Italie , pour s'empreindre de la manière des maîtres les plus différents, avec un bonheur toujours égal.

■H^HBMBBBBMHVi

ygmty-pons

iL@UAMlL3Ll Fil IL IHL (BillllIY

■ilthograplilcc par M Sorrleu.

L'heure du rendez-vous est arrivée. Accourez, belles dames et joyeux chasseurs. Il faut vous réunir, et prendre du repos tous ensemble. Que nos piqueurs aient soin de la venaison ; que nos chiens s'endorment : ils ont les pattes ensanglantées, les yeux et les oreilles rouges de l'ardeur qu'ils ont déployée à poursuivre le gibier. Mais quoi! vous avez tardé, gentille damoiselle; descendez bien vite de votre haquenée, confiez votre main au jeune comte , et venez prendre votre part de la collation. Nous vous tiendrons quelques gais propos d'amour, nous déposerons à vos pieds les produits de notre chasse, et nous viderons en votre honneur quelques flacons de vins fins. Ne craignez l'impétuosité de nos chiens; un petit page les tient en laisse; un autre a le faucon au poing.

Et puis, quelle douce fraîcheur dans l'air! La rivière limpide qui coule à vos pieds ressemble au miroir le mieux poli. A peine si les rayons du soleil traversent ces masses d'arbres qui vous prêtent une ombre protectrice. Les fleurs du parc voisin répandent sur nous leurs parfums délicieux. Le gazon a été tiédi par la chaleur du jour; asseyez-vous. Le château est tout près de notre halte; on l'aperçoit là-bas; il nous sera facile de le regagner. Quel beau fuyant sur la rivière ! Depuis le pont jusqu'à nous, le regard contemple des touffes vertes qui se balancent et se baignent dans l'eau, des grottes naturelles de feuillages, et des milliers d'étincelles formées par les rares échappées du soleil. Voyez comme le lieu est bien choisi.

Depuis quelques années, M. Garnerey s'est adonné au genre historique, en vérité ! Tous les parcs du dix-huitième siècle ont passé sous nos yeux ; nous connaissons la cour de Louis XIV et celle de Louis XV; les belles dames en paniers, les charmants marquis poudrés; les châteaux à perron, les arches de verdure, enfin tout le fashionabte de l'époque. M. Garnerey aime de passion cette nature coquette, tailladée, nivelée, embellie par la main des hommes. Il préfère les lacs aux torrents, les jets d'eau aux cascades, les parterres aux prairies. Il nous faut convenir avec lui que cette nature de convention ne sied pas mal à l'aquarelle, surtout lorsqu'elle est traduite par un pinceau délicat et gracieux, mais il nous accordera qu'elle n'est pas susceptible des effets que produit l'autre nature, plus accidentée, plus rude, plus diverse.

Dans l'aquarelle que nous reproduisons ici, on retrouve toutes les qualités du talent de M. Garnerey. C'est toujours ce tact exquis pour alterner l'ombre et le soleil, pour donner à la composition un aspect qui charme et séduit tout d'abord. A l'ombre , on sent bien la fraîcheur; cette eau coule à merveille, cette perspective est fort exacte; mais si nous voulons approfondir ( soit dit ici pour les légères compositions et pour les tableaux plus importants dans ce genre de peinture), nous trouvons que tout cela manque généralement d'étude, et que le peintre abuse parfois de sa facilité.

M. Hipp. Garnerey a exposé de belles marines, et de nombreuses et charmantes vues de Normandie, habilement exécutées.

M. Hippolyte Garnerey est né à Paris en 1787. Il est élève de son père. Après avoir parcouru toutes les Antilles et les deux Amériques, il est revenu en France, et a exposé pour la première fois en 1857.

■■■■■MHHH

Publication fo\i France Littéraire.

CUWl (tftlto

Ille-RACHEL.

(flan rtu^uJU'OilulptuLi

Page 1