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Lithographie par lui-même.
« 1 . Alors Jésus fut conduit par l'Esprit dans le désert, pour y être tenté du Diable. « 2. Et ayant jeune quarante jours et quarante nuits, il eut faim ensuite. « 3. Et le tentateur s'approchant de lui , lui dit : Si tous êtes le Fils de Dieu , dites que ces pierres deviennent du pain.
« 4. Mais Jésus lui répondit : Il est écrit : l'homme ne vit pas seulement de pain , mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.
« 5. Le Diable alors le transporta dans la Ville Sainte, et, le mettant sur le haut du Temple ,
« 6. Il lui dit : Si vous êtes le Fils de Dieu , jetez-vous en bas, car il est écrit qu'il a ordonné à ses anges d'avoir soin de vous, et qu'ils vous soutiendront de leurs mains, de peur que vous ne heurtiez le pied contre quelque pierre.
« 7. Jésus lui répondit : Il est écrit aussi : Vous ne tenterez point le Seigneur votre Dieu.
« 8. Le Diable le transporta encore sur une montagne fort haute. . . . etc. , etc.
« Evakg. selon saint Mathieu, chap. 4. »
Si la peinture est comme la poésie et la musique, si elle vit surtout de contrastes, certes le sujet du tableau que nous avons sous les yeux prêtait à l'inspiration. Il importait de faire bien ressortir, mais sans affectation, ces natures si différentes de l'Homme-Dieu et du Démon. Il fallait donner au Christ une figure pleine de grandeur et de majesté; au tentateur, la malice et l'hypocrisie.
Peut-être trouvera-t-on que, dans son tableau, M. Millier ne nous
rend pas assez la haute idée que nous avons de la Divinité, et que le Démon n'est pas non plus tel qu'on a coutume de le représenter. Selon nous, ce n'est pas là un défaut; les diables à cornes, à figure verte, à bouche grimacière, effraient les enfants, mais ne renferment aucune pensée; et là, d'ailleurs, il est habitant du monde et non de l'enfer. Sans doute, dans la physionomie de l'Homme-Dieu, on découvre plus le principe humain que la nature divine; mais la pose est sage, et l'on voit bien que le Christ a conscience de sa force; on voit bien que le Démon, lui, a l'espoir de triompher. Quoique les parties de la composition ne soient pas assez étudiées, nous devons cependant reconnaître qu'elle a de l'originalité et du mouvement; on comprend bien l'affaissement du Christ, qui a jeune pendant quarante jours et quarante nuits.
Le Massacre des Innocents, exposé cette année par M. Muller, ne manque ni de vigueur, ni d'exécution. La couleur est vraie, solide, le dessin ne manque pas de verve, qualités principales du talent de ce jeune peintre. Et, s'il nous faut rappeler la grande habileté de M. Muller, nous citerons la belle décoration du Casino, achevée par lui en quinze jours.
M. Charles-Louis Muller est né à Paris le 25 décembre 1815. H prit des leçons de son père, peintre en miniature, et fut aussi élève du baron Gros. 11 a commencé à exposer en 1836.
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Ulhogrupliié par M. Tirpenne.
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Avez-vous été quelquefois surpris par Forage au milieu de vos courses à travers champs? ne vous a-t-il Fallu hâter votre marche pour parvenir, le plus tôt possible, au plus prochain village? n' avez-vous pas fui telle position bien écartée, où vous avaient conduit vos rêveries ou bien votre désir de contempler la belle nature? ne vous ôtes-vous pas souvent contenté d'un étroit abri dans une carrière de sable ou sous une haie touffue? Alors, les nuages s'amoncelaient au-dessus de votre tête; l'orage éclatait avec ses obscurités, ses lumières instantanées, et ses bourrasques et ses torrents. La terre vous semblait être en commotion, n'est-ce pas? C'est que l'orage transforme la nature.
Dès les premières gouttes de pluie, se détache du sol une poussière fétide qui s'abat bientôt; l'impétuosité du vent courbe le front des arbres, si toutefois il ne les déracine pas; l'horizon est voilé, étroit; les terrains changent de couleur, ils brunissent, et la perspective disparaît presque. Le laboureur endosse son manteau de droguet, les moutons qui paissent se serrent les uns contre les autres, le bœuf patient se couche. Mais bientôt l'orage se dissipe. Un vent frais circule, agite et essore les arbres, les haies, les roseaux dont la tige est abattue. Le ciel commence à se nettoyer; l'eau ruisselle dans l'ornière des chemins; les voitures s'avancent péniblement sur un terrain mouvant et fangeux. Le soleil reluit par intervalle, les nuages ont passé, les hi-
rondelles viennent bien vite chercher le calme, abandonnant ce village submergé à son tour par des torrents de pluie. L'ordre renaît enfin dans cette nature si agitée tout à l'heure. Ne craignez plus, quittez votre abri, reprenez vos courses ou vos rêveries : ce n'était qu'une Jndée qui n'a duré que quelques minutes.
C'est la fin de l'orage que M. Giroux a voulu dépeindre, et son paysage en a véritablement subi l'influence; il est d'un aspect vrai, d'une couleur harmonieuse, d'une bonne exécution. Ce tableau ne ressemble point aux précédents ouvrages qui ont fait la réputation de M. Giroux, et pourtant il a toutes les qualités si appréciées par les amateurs de son talent.
M. André Giroux est ne à Paris en 1801. Il est élève de l'Académie, et a remporté le grand prix de Rome en 1825. Il a été décoré, en 1837, pour un tableau de la gorge d'AUerard en Dauphiné. Il a voyagé pendant dix ans en Italie, en France, en Suisse et en Angleterre, et en a rapporté on très-grand nombre d'études et de dessins, etc.
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■iitbograpiilc par M Moullleron.
Ce moine a entrepris une pénible mission, celle de rester pur au milieu des sensuels plaisirs du monde , celle de résister à ses passions, pour vivre d'une vie claustrale et inerte. En récompense, sitôt qu'il a eu revêtu ce caractère terrible par les devoirs qu'il impose, cet homme a été nommé et reconnu saint par tous; on s'est incliné devant lui; on l'a vénéré. Mais hélas! cette âme qui devait être infaillible, a péché ! Aussi, comme elle a honte do sa chute! comme l'aveu de ses torts excite eu elle une douleur poignante et terrible ! C'est que la moindre de ses fautes est devenue énorme aux yeux des autres hommes ; c'est qu'il avait promis plus qu'il n'a tenu; c'est, sans doute, que la vertu s'est trouvée au-dessus de ses forces; c'est que le saint pour la foule s'est senti coupable au fond de son âme. Alors, le cœur brisé et contrit, le front humilié il s'avoue indigne. Qui sait, de l'orgueil ou du remords, lequel des deux sentiments est le plus fort"? car l'homme est ainsi fait : il hésite moins devant le crime que devant l'aveu du crime, et la crainte du blâme est son plus grand tourment.
C'est cette situation pénible que M. Jacquand a rendue avec bonheur. Deux moines sont en présence. L'un est le coupable, l'autre est le juge; l'un est humble, l'autre est calme; l'un parle avec effort, l'autre écoute avec tolérance, cette grande vertu du vrai chrétien. Il y a là, voyez-vous, tout un drame profond. Le coupable est à genoux, tête inclinée, les bras étroitement croisés sur sa poitrine haletante, les
mains amaigries et crispées par un muet désespoir. Le juge , lui, ne veut point être sévère; il est prêt à consoler le pécheur; il ne doit que l'exhorter au repentir, à la pénitence; il ne lui fera point de reproches, il priera pour lui.
Il fallait que le sentiment particulier qui devait animer chacun des deux personnages, se traduisît d'une manière saisissable. D'autre part, il n'y avait point là, pour le peintre, d'effet théâtral à se ménager. Il lui était impossible de nous séduire, il ne pouvait que nous étonner et remuer nos cœurs. Le pénitent, dont l'âme et le corps sont en peine, excite notre pitié; mais le bon religieux qui l'écoute, est presque digne de notre admiration.
Ce nouveau tableau de M. Jacquand est à la hauteur des précédents. Il y a, dans les personnages, un jeu de physionomies parfaitement exprimé. L'exécution en est habile, le dessin correct, la couleur bonne. Parmi les autres ouvrages exposés par le même peintre, nous avons examiné avec plaisir le Jour de Saint- Valentin , épisode tiré du roman de Walter Scott, et la Distribution d'aumônes, tous sujets gracieusement et coquettement travaillés.
M. Clandius Jacquand est né à Lyon en 1806. Il est élève de Fleury Richard, peintre de Charles X , et a exposé pour la première fois en 1824. Il a été nommé chevalier de la Légion d'honneur en 1839.
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PEINT PAR M. TONY JOHANNOT, lîl Iltliogi-apblé par H. Aloplie-M.
S'il est pénible de penser aux artistes qui dorment dans la tombe, il est toujours doux de rendre hommage à leur talent. Plus leur renommée était grande, plus nos souvenirs sont fréquents; car les œuvres de l'artiste, éparpillées ça et là comme des fleurs vivaces, sont autant d'épitaphes ineffaçables. Au rang de nos meilleurs peintres brillait Alfred Jobannot, le fidèle et intelligent interprète de Walter Scott, ce peintre de tant de gracieux épisodes. Mais, dans le moment même où son talent était le plus apprécié, le plus populaire, il nous a quittés! Ce fut un coup affreux pour ses amis, pour ses admirateurs! Mourir si jeune, quand on se nomme Alfred Johannot! Oh! nous nous rappellerons toujours celui qui savait allier l'amabilité au vrai mérite; nos yeux ont encore des larmes pour le pleurer, la douleur est encore neuve au fond de nos âmes.
Le jeudi 7 novembre 1 837, s'éteignit Alfred Johannot ; à peine avaitil atteint sa trente-septième année. Il revenait des eaux de Bade, où sa santé s'était notablement altérée, au lieu de se rétablir comme nous en avions l'espoir. Pendant les derniers mois de sa vie, la maladie avait défiguré ses traits; il sentait sa fin venir, et il supporta courageusement cette terrible épreuve. Il laissait des travaux inachevés, des composi-
tions, des aquarelles, des croquis; et la mort interrompit ces rêves, ces projets incessants de l'artiste dont la pensée est toute l'essence. Au nombre de ses œuvres posthumes se trouvait une composition , l'Embarquement de la reine Elisabeth Kenilworih, sujet tiré du beau roman de Walter Scott, qu'Alfred Johannot admirait et popularisa en France. Son frère Tony acheva le tableau et l'exposa. Nous avons pensé qu'il convenait, qu'il était de notre devoir do le reproduire dans cet album , et cela à deux titres, comme œuvre de mérite et comme un hommage rendu à la mémoire d'un artiste si vivement et si justement regretté.
Tout le monde connaît le sujet de ce tableau. Elisabeth, laflère, l'odieuse reine d'Angleterre, va s'embarquer à Kenilvrorth, par un temps de brume et de pluie. Elle est magnifiquement habillée, et au moment où elle s'apprête à descendre les degrés du port pour entrer dans le bateau , elle regarde à ses pieds ; les dalles sont mouillées et glissantes; ce que voyant, Walter Raleigh, un des suivants du comte de Sussex, ôte son manteau et l' étend par terre, en guise de tapis, pour que l'humidité ne traverse pas les souliers de sa belle et noble souveraine. C'est à cette attention toute courtisanesque que Walter Raleigh dut la haute fortune à laquelle il fut appelé plus tard, et il n'oublia jamais rembarquement de Kenilworth. C'est ainsi qu'un fait de présence d'esprit, un à-propos bien placé, sert souvent plus que toute une vie de zèle et de travail.
Cette petite toile nous a rappelé toutes les brillantes qualités du talent d'Alfred Johannot, l'esprit, la grâce des personnages, la bonne disposition des groupes, l'élégance des costumes et la finesse de l'exécution. Ce tableau a été délicieusement exécuté par M. Tony Johannot. Chez ces deux peintres il y avait confraternité d'amitié et de talent, et leurs noms étaient toujours prononcés ensemble. Pourquoi faut-il que la mort d'Alfred les ait séparés!
M. Alfred Johannot était né à Offenbach; il a été graveur longtemps avant de se livrer à la peinture. Comme graveur, il commença à exposer en 1824 ; comme peintre, en 1831.
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