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Lïtbograplilé par H. lioui
Belle Espagne! à toi le pittoresque, l'originalité; à toi ces coutumes singulières, invétérées, que ta civilisation n'a pu abolir! L'indiscret voyageur n'a pas encore trop souvent profané les rives de tes superbes fleuves; tes mœurs presque inconnues, il ne les a pas dévoilées encore au reste de l'Europe. Tes palais, tes promenades, tes couvents n'ont point disparu, malgré la guerre civile; tu es toujours le pays des aventures, des folles journées et des saltarelles. Au sublime aspect de l'Italie tu opposes, toi, l'étrangeté des détails. La vive Espagnole, à la taille svelte, au pied mignon, ne le cède pas en beauté à la flère Italienne. Est-ce que ton ciel n'est pas pur, ton soleil chaud, ton langage harmonieux? Belle Espagne! la paix ramènera en ton sein le règne des arts. Mais, quand le peintre et le poète auront parcouru tes campagnes, ton charme cessera, et tu auras perdu au frottement des étrangers, le type particulier de tes idées, de tes mœurs et de tes costumes!. . .
Après la moisson, lorsque le blé coupé a séché dans les granges, et qu'un soleil ardent en a ensuite doré les épis, les paysans espagnols l' étendent soigneusement par terre, comme on fait des couches de fumier. Aussitôt les trilladores commencent leur opération ; ils attèlent les chevaux à un lourd traîneau armé de cailloux tranchants et charge de travailleurs; puis ils les fouettent et les font courir rapidement sur
le tas de gerbes amoncelées. La pression, motivée par le poids du traîneau, et l'action des cailloux, sépare le grain d'avec l'épi et coupe la paille. Après, les batteurs se mettent à enlever cette paille hachée, à ramasser les grains do blé qui se sont fait jour au travers. Cette prompte et habile manière de battre le grain existe en Espagne depuis un temps immémorial.
En nous retraçant la scène des Trillaons, M. Jollivet a ajouté une page de plus à sa petite histoire pittoresque, on peut le dire, de l'Espagne, qu'il a visitée et habitée pendant plusieurs années. En effet, il nous a dépeint, depuis son retour, des aventures d'alcades, de guérillas, de couvents, etc.
Parmi les autres tableaux exposés par M. Jollivet, on remarque le Couronnement d'épines, composition d'un style sévère, et qui peut former pendant pour la Descente de Croix du môme peintre, qui a fait partie du Salon de i 839. Le Couronnement d'épines n'a peut-être pas assez d'originalité, mais le travail est avant tout consciencieux et étudié. Quant aux TriUadores, c'est un tableau de genre gracieux dans l'ensemble et les détails, qui n'a pas de prétention à l'effet, et qui par cela môme (il en est souvent ainsi) plaît aux amateurs de sujets anecdotiques. Il est d'une couleur fort agréable, d'une disposition heureuse.
M. Jules Jollivet est né à Palis en 1803. Il a d'abord étudié l'architecture chez MM. Hiivé et Farain, puis la peinture chez M. Dejuinne et te baron Gros. Il a voyagé en Espagne, de 1825 à 1828. Il a obtenu deux médailles d'or aux expositions du Louvre. L'un de ses tableaux ( Lara) fait partie de la galerie du Luxembourg.
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Je sais ries tableaux officiels qui doivent nous offrir le portrait Frappant de l'empereur de la Chine, par exemple, ou bien l'exposé fidèle d'un combat de l'Algérie. Autour rie ces ouvrages se groupe un bon nombre d'amateurs, attirés vers les uns par l'attrait rie' la curiosité, vers les autres par le patriotisme. Alors le sujet est la chose principale du tableau, et le talent rie l'artiste ne devient pour ainsi dire qu'une question secondaire; c'est qu'il s'agit, tantôt d'un épisode célèbre, tantôt d'un souvenir historique que l'on connaît déjà ou que l'on veut connaître; en un mot, il s'y trouve un intérêt quelconque, et l'intérêt suffit souvent pour motiver le succès d'un tableau.
Mais ici le mérite du peintre peut seul captiver notre attention. Nous n'avons pas à examiner complaisamment la physionomie d'un grand homme, nous n'avons pas à nous rendre compte d'un beau fait historique, selon la manière dont on nous l'a dépeint; nous entendrons seulement aboyer une nombreuse meute de chiens, sorte d'armée qui entre promptement en campagne, et qui a bien aussi ses guides, ses généraux, ses conscrits. Ce Lucifer, qui nous paraît si fier et si franc du collier, qui se pavane, qui tranche du seigneur, n'a peutêtre que le garde-chasse pour chanter ses victoires ; cet intrépide Barban, qui s'acharne tant à la poursuite du gibier, qui bondit d'aise au son du cor, et quitte à regret les fourrés, n'a pas, je vous jure, les honneurs du triomphe. Leur renommée à tous deux nous est inconnue ;
quoi qu'il en soit de leur mérite, il est probable que leurs noms ne pourront pas
Aller de bouche en bouche à la postérité.
Par son paysage des Vaches, d'une fermeté de tons et d'une chaleur remarquables, M. Jadin s'était déjà haut placé. La Meule à l'ébat est d'un dessin excellent; les chiens ont do l'animation, et je ne puis me persuader qu'un coup de sifflet de ma part ne ferait pas dresser les oreilles aux fameux Lucifer et Barbaro, même à cet autre brave qui fait sa toilette tout à son aise, et qui me paraît fort occupé. Ce tableau, qui obtient un beau succès, fait partie d'une suite de sujets destinés à orner la galerie du pavillon Marsan, et commandés par son altesse royale monseigneur le duc d'Orléans. Elle est dignement commencée, et nous fait bien augurer des tableaux qui suivront.
Mais, à propos de la Meule à l'ébat, il importe de constater un progrès remarquable tendant à se développer dans l'architecture. L'art va enfin trouver place sur les plafonds et les boiseries, et succéder au genre décoration. MM. les architectes feront exécuter des bas-reliefs par Barye, Pradier et Moine, et ils confieront au talent de nos pein- ■ très de belles toiles formant panneaux, qui pourront se déplacer, et qui, par conséquent, ne souffriront ni des dégradations ni des démolitions.
M. Godefroy Jadin est né à Paris le 30 juin 1805. Il a passé plusieurs années en Italie, et a obtenu une médaille à l'exposition de 1834.