‹ Album du Salon de 1840Chapitre 6 sur 24 · DE MARIE STUART · texte numérisé non relu

DE MARIE STUART

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■>K9iograpIitc par II. Itour.

Lorsqu'on entend prononcer le nom de la malheureuse reine d'Ecosse, on s'indigne contre Elisabeth. C'est une de ses rivales, par conséquent une de ses victimes; et alors, comme le malheur s'est appesanti sur la tête de la belle Marie Stuart, comme sa mort a expié ses fautes, on ne doit point la juger, on ne peut que la plaindre. L'excès dans le châtiment d'un coupable en fait presque un innocent. Que sera-ce donc s'il n'y a point eu de preuves certaines, et si l'on doute encore de la culpabilité? Mais l'histoire est la fille des événements, fille ingrate, indiscrète, qui révèle tout au grand jour avec sa voix puissante; l'histoire a dévoilé les causes intimes de la rivalité d'Elisabeth. Reine, elle craignait la puissance de Marie Stuart; femme, elle jalousait sa grâce et sa beauté. Ce fut affaire de politique et de coquetterie.

Marie Stuart avait reçu avec résignation l'arrêt de mort prononcé contre elle; seulement elle se souvenait amèrement de la France qu'elle aimait et qu'elle avait quittée avec tant de regrets après la mort de son époux François II. Or, le 7 février 1S87, suivant le récit de Pasquier, dans ses Recherches : « Condamnée à l'échafaud, Marie Stuart, la veille de sa mort, beut sur la fin du soupper, à tous ses gens, leur commandant de la piéger (de lui faire raison). A quoi obéissans, ils se mirent à genouil , et meslant leurs larmes avesques leur vin , beurent à

leur maistresse. » Dans ce souper mémorable, la reine d'Ecosse avait essayé de consoler ses fidèles amis et serviteurs, elle leur avait montré son courage et la tranquillité de son âme à l'approche du moment fatal. Aucune larme ne s'était échappée de ces beaux yeux qui allaient bientôt se fermer pour toujours. Elle présidait majestueusement ce repas d'adieu, comblée des bénédictions de tous, et puisant dans l'expression même de ces regrets universels, sa force à quitter la vie. Quelle heure plus solennelle ! quelle situation plus pénible ! Ne devonsnous pas nous associer à cette douleur immense qui précéda la mort de l'infortunée Marie Stuart?

C'est là une des pages les plus saillantes de l'histoire d'Angleterre; Pasquier seul, parmi les écrivains français, nous l'a transmise dans son naïf et beau langage. M. Serrur a choisi là un sujet admirable, plein de sentiment et de caractère. Quoiqu'il l'ait traité avec les proportions d'un tableau de genre, ce n'en est pas moins un véritable tableau d'histoire; il est bien composé, il est d'un bel effet. Les personnages qui forment la scène sont bien en proie à la douleur, et mêlent évidemment leurs larmes au vin qu'ils boivent en l'honneur de leur souveraine. Et ce vieillard, courtisan dévoué, rare exemple de l'accomplissement des devoirs, quel chagrin le dévore! l'âge ne lui a pas permis de s'agenouiller, mais il regarde la jeune reine, et boit comme les autres pour obéir à ses ordres.

Tout est étudié dans le tableau de M. Serrur, ensemble et détails.

M. Serrur est né à Lille en 1797. Il est élève de M. Regnault, et a obtenu trois médailles d'or aux expositions du Louvre.

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FAC-SIMILE D'UN DESSIN DE M. PAUL FLANDRIN , Par M. Aloplic-H.

La sculpture est l'art par excellence, le seul avec la poésie qui survive aux générations détruites ; elle crée autant que cela est possible ; elle donne le corps, Dieu seul peut donner l'âme. Son domaine, c'est la nature, ce sont les lignes sévères du nu et l'animation des muscles. C'est en le comprenant ainsi que les Grecs avaient porté si haut cet art sublime; et en effet, l'histoire de Pygmalion est le symbole de la statuaire chez eux; il a si parfaitement réalisé sa pensée que son œuvre s'est animée, et qu'il a, dieu de l'art, formé un être à son image.

Mais le goût antique s'est peu à peu refroidi, la sculpture a dédaigné sa pureté primitive. Beaucoup d'artistes ont négligé l'étude austère du nu pour rechercher l'effet du costume, et ils n'ont pas senti que l'apparente facilité de cette nouvelle manière cachait d'immenses obstacles, et qu'à tout prendre, il fallait une supériorité de talent au moins aussi grande pour l'une que pour l'autre, et qu'avec le costume, il était au contraire plus difficile d'arriver au beau idéal.

M. Simart, l'auteur à'Oreste réfugié à l'autel de Pallas, s'est renfermé dans l'étude de l'antique; il a compris d'abord qu'il importait au statuaire de choisir, un personnage simple et grand à la fois, comme un héros d'épopée; il a cherché une situation multiple, aussi la figure d'Oreste est profondément triste et douloureuse; son corps a conservé

sa vigueur, mais, malgré ses efforts, il ne se soutient plus. Voyez comme cette tète est abattue, comme cette main est faible et inerte, comme cette jambe s'étend convulsivement! On comprend bien qu'il y a encore un reste de force dans cet abattement du héros, dont la narine est presque fermée , dont la bouche exhale un soupir.

M. Simart recherche avant tout la vérité et l'individualité ; la forme n'est point pour lui une simple convention; la beauté est à son point de vue la même qu'à celui de beaucoup d'autres, parce qu'elle est prise dans la nature. Il y a dans cette statue de la grâce, de la vigueur, de l'élégance ; en un mot, elle ressemble à l'antique. M. Simart doit cette perfection à des études consciencieuses. L'Oreste réfugié à l'autel de Pallas, est un des plus beaux marbres qui aient été exposés depuis longues années.

Il n'est pas inutile de faire remarquer aussi avec quelle habileté cette statue a été reproduite par le crayon pur et correct de M. Âlophe-M. , d'après le dessin de M. Paul Flandrin. M. Simart ne pouvait trouver de plus scrupuleux interprètes, et ici, le scrupule est une qualité d'un prix inestimable.

M. Charles Simart est né à Troyes en 1808. Il est élève de MM. Pi'adier et Ingres , il a remporté le grand pris en 1833.

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Tout prosaïques que nous sommes, dans ce siècle d'illusions chiffrées, de préoccupations gravement frivoles, de sèche philosophie, nous rêvons parfois encore les jardins d'Armide. Nous aimons encore à nous transporter par l'imagination dans ces bosquets parfumés, ces grottes fraîches et obscures, ces parterres-mosaïques de fleurs, sous l'ombrage de l'exotique palmier.

C'est pour nous un reste des traditions paternelles, de nos souvenirs d'enfance, et de M. de Florian.

La féerie est comme le temps, elle poétise les objets réels, des grands hommes elle fait des héros; elle touche à la fois notre esprit et nos sens, si bien que nous nous rappelons davantage Renaud que Duguesclin, parce que celui-ci est demeuré en chair et en os, tel qu'il était avec ses rudes manières, son seul aspect guerrier, et que celui-là a été environné de charmes et de prestiges, tour à tour aimé, perdu, déshonoré, trahi, bienheureux.

Les peintres se sont laissé entraîner par les poètes, et ils ont fabriqué souvent des natures féeriques, ne comprenant pas qu'il fallait absolument les créer. Dieu sait ce qui en est advenu. Combien avons-nous vu d'étangs limpides ressemblant à des marres, sur la surface desquels se promenaient des nacelles, ou plutôt de véritables coquilles de noix? Nous nous croyions souvent dans ce charmant pays de Cocagne, dont le voyageur chansonnier nous a révélé les merveilles.

D'autres se sont livrés aux seules études de nature, et il s'est trouvé que là surtout apparaissait pour nous la poésie: par exemple, dans un plein midi de M. Jules Dupré, une forêt de M. Cabat, un effet du soir de M. Corot, ou bien encore, si vous voulez, un site de M. Marilhat.

Mais les convictions en matière d'art ne donnent pas le droit d'être exclusif; et, puisque nous savons nous passionner encore pour le clinquant du Tasse, selon l'expression dédaigneuse de Boileau, permis à nous de fixer notre attention sur les tableaux qui nous reportent aux visions orientales, aux scènes féeriques.

Nous avons sous les yeux les Cygnes, petit tableau de genre de M. Alexandre Colin. Une femme d'Orient, belle et riche personne, après avoir promené son jeune enfant dans un magnifique parc, le mène au bord d'un étang, et lui montre les cygnes qui animent ce miroir transparent qui réfléchit les arbres et les palais. L'enfant veut jouer avec eux; il les appelle, et sa mère, ayant arraché une tige de roseau, les attire vers son fils. Ce petit tableau, d'une couleur charmante, a de la fraîcheur et de l'agrément.

La Résurrection, qui fait partie des tableaux envoyés à l'exposition cette année par M. Colin, est une toile considérable. C'est son début dans la peinture sacrée , début heureux et qui peut l'engager à marcher franchement dans cette nouvelle voie.

M. Alexandre Colin est né à Paris en 1798. Il est élève de Girodet. Sa première exposition date de 1819. Il a été le directeur de l'École de dessin de Nîmes, depuis 1834 jusqu'au milieu de l'année 1839.

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Je me rappelle avoir rencontré souvent sur la route de Rouen, un peu au-dessus de Rolboise, des paysans normands, à cheval, et cheminant au petit trot jusqu'à la ville voisine. Les jours de marché, c'était une affluence considérable de fermiers qui allaient ou revenaient de vendre leur beurre et leurs légumes. Combien de fois le père, la mère et l'enfant montaient le même coursier! Le père tenait les guides pour diriger la marche, la mère et l'enfant galopaient en croupe; ou bien, pour peu que la provision fût lourde et embarrassante, on arrachait à l'herbe tendre les deux chevaux de la ferme, et la petite caravane tenait la route, comme nous le dépeint M. Bellangé.

En Normandie, les paysans ne sont pas coquets. Leur plaisir est de fumer, de rire, de récolter et de dépoteyer quelques bons pots de cidre. La toilette compte pour bien peu dans la dépense du ménage; et j'ai connu, près de Lisieux, un fermier riche à plus de huit mille livres de rentes, qui mettait régulièrement cinquante francs de côté par an , pour son entretien, ni plus ni moins. Mais il n'en est pas de même des ménagères. La dentelle ruisselle sur leur costume, depuis la coiffe jusqu'au bas des jupes. Si leur taille n'est pas plus svelte, plus étroite, cela ne tient qu'au goût, à la mode du pays. Du reste, bagues, épingles, boucles d'or, ne leur font pas faute; joignez-y une extrême propreté dans l'ajustement, et vous connaîtrez les avantages extérieurs des femmes de Normandie. Au village, la fermière se contente bien du

bonnet de coton, du jupon rayé, du fichu de Rouen; aussitôt qu'elle se rend à la ville, ce classique costume disparaît; la coiffe remplace le bonnet, et la mantille le fichu.

M. Bellangé, ce peintre spirituel, pour qui Napoléon semble avoir créé le grognard, n'a pu manquer en Normandie de petites scènes de genre. Elles y fourmillent, on en rencontre à chaque pas, et il trouve là de quoi se délasser de ces travaux plus sérieux qui sont dus à son habile pinceau. Depuis plusieurs années, M. Bellangé a eu de grands succès. Le musée de Versailles renferme un de ses tableaux qui est fort remarquable. On s'y arrête avec charme et intérêt, devant cette Bataille de Wagram , si pleine de mouvement et de combinaisons stratégiques. La Lunette Saint-Laurent, où se rencontre un épisode de la vie du brave général Haxo, appartient au roi.

Outre plusieurs petites toiles, M. Hippolyte Bellangé a exposé cette année la Bataille de Floudschoote , qui ne le cède pas à ses devancières, preuve irrécusable que M. Bellangé s'entend parfaitement à disposer des corps d'armée... dans un tableau. Plus d'un vieux soldat, plus d'un ci-devant grognard, aujourd'hui simple pékin, asenti son cœur palpiter lorsqu'il a eu jeté les regards sur ces glorieuses pages de notre histoire nationale, décrites avec tant d'intelligence et tant d'habileté.

M. Joseph-Louis-Hippolyte Bellangé est né à Paris en 1800. Il est élève de Gros. Il commença par faire de la lithographie, puis de l'aquarelle, enfin des tableaux. 11 a publié plusieurs albums de charmantes compositions lithographiées , parmi lesquels V École du soldat, et des sujets militaires.

Il a été nommé membre de la Légion d'honneur après l'exposition de 1835.

Publication de la France Littéraire.

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