‹ Album du Salon de 1840Chapitre 8 sur 24 · TRÉSOR DE K L M 1 S H A T I Q C E ET DE GLYPTIQUE · texte numérisé non relu

TRÉSOR DE K L M 1 S H A T I Q C E ET DE GLYPTIQUE

La médaille est un monument de l'histoire, monument allégorique ou réel. Sur ces petites tables de bronze se grave la pensée des peuples, demandant au métal une durée certaine; c'est moralement et matériellement leur vie en relief. En effet, les médailles ne consacrent que les principaux faits de l'histoire ; ce sont comme autant de jalons, jetés de distance en distance, pour indiquer la marche de l'humanité. On le voit, la mission du graveur en médailles est noble, sérieuse, élevée ; il est à la fois sculpteur et historien ; son œuvre fera foi plus tard; on l'interrogera pour connaître l'exacte physionomie d'une époque.

D'après son caractère monumental lui-même, la médaille doit dire beaucoup avec peu, sous-entendre une pensée dans un mot, une multitude de faits dans un seul homme. Aussi sera-t-elle souvent alléejorique. Elle personnifiera les choses, pour en rendre l'intelligence plus facile. On ne doit donc pas s'étonner que les sociétés antiques aient tant honoré cet art. Les Égyptiens, les Grecs et les Romains excellèrent dans la gravure en médaille; ils s'y adonnèrent et ont atteint, pour ainsi dire, la perfection. Combien de mystères historiques n'ontils pas été dévoilés ainsi? Combien de fautes ont pu être relevées par des découvertes de médailles? Nous leur devons des documents cachés ou tronqués par la plume de l'écrivain.

En France, on frappa très-peu de médailles sous les deux premières races de nos rois. Elles commencent à peine à Charles VIII, Louis XII et François I" ; encore sont-elles confondues avec les monnaies. Sous Henri II et ses successeurs, la gravure en médailles se perfectionna, grâce aux encouragements de toute sorte qui lui furent décernés. Louis XIII, Louis XIV, lui donnèrent un brillant essor; et l'on vit apparaître de grands artistes on ce genre : les Georges Dupré, les Warin, les Molart, les Duvivier, cpii nous ont laissé de véritables chefsd'œuvre.

Les médailles ont abondé pendant la révolution ; elles sont remarquables alors, moins par leur mérite réel que par leur étrangeté. Il y eut une foule de graveurs particuliers, qui retracèrent les moindres événements do l'époque, sans que leur pensée fut soumise à aucune espèce d'examen. L'empire releva l'art de la gravure sous ce rapport, et il n'est guère de victoires de Napoléon qui n'aient été célébrées par une ou plusieurs médailles. Ce progrès continue de nos jours avec l'accroissement du nombre des amateurs.

Parmi les graveurs actuels se distinguent MM. Barre, Bovy, Depaulis. Nous avons remarqué surtout au Salon de cette année, les médailles de M. Bovy, qui sont d'un style élevé, d'un beau caractère, et qui rappellent les magnifiques camées antiques.

Nous croyons que c'est une indifférence reprochable à la presse de ne jamais s'occuper des médailles, car là encore se rencontre l'art, ce grand soleil aux mille rayons différents.

M. Bovy (Antoine) est né à Genève; il est élève de M. Pradier.

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