‹ Album du Salon de 1841Chapitre 10 sur 36 · BIARD · texte numérisé non relu

BIARD

Le visage du public boude M. Biard d'un côté et lui sourit de l’autre. C'est que M. Biard, cette année, rebrousse l'esprit de ses admirateurs par son excentricité, et le chatouille en même temps par sa grosse gaîté. Le public, qui honore cet artiste de sa bienveillance, ne peut lui pardonner d’avoir peint les régions polaires autrement qu'il aurait peint notre pays, le

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> 17 -& plus éclectique de tous les pays en fait de climat. Eh! quoi! M. Biard, nous prenez-vous pour des barbaresques? La Seine ne charrie-t-elle pas des gla- |

çons, et n'avez-vous jamais regardé le baromètre centigrade de l'ingénieur | Chevalier ? Qu'est-ce à dire ! vous nous en contez de belles avec vos aurores | boréales qui ressemblent à des cascades blanches d'écume, avec vos glaces

| brochées de blanc sur fond vert. À d'autres!

A tous ces beaux diseurs, M. Biard pourrait répondre : Allez y voir.

Heureusement, M. Biard a exposé de ces scènes burlesques devant lesquelles les faces s'épanouissent Il y a le Gros Péché, un tambour-major dans un confessionnal, et de l’autre côté un gros curé jovial qui dit: Oh! — Le livret ne parle pas de cet oh! mais on le lit sur la figure.

Les Demoiselles à marier sont une spirituelle étude de mœurs; une mère rayonnante avec trois jeunes personnes en étalage, enseignes déployées, trois visages qui commencent à se pincer, dont les lignes se font contrites, et que certain air vieille fille, qui tout desséche , fait ressembler à des roses con-

servées dans un livre. C'est aussi peu fait que Paul de Kock, mais c’est d’une | observation plus fine.

Le meilleur tableau de M. Biard nous semble être le Pasteur Laestadius instruisant des Lapons. Au milieu d'un chemin profond, taillé dans vingt pieds de neige, quelques pauvres gens sont assis dans toutes les attitudes du recueillement. Les têtes sont d'une expression vraie et bien rendue. Les || personnages ont plus de solidité et de réalité que n’en ont d'ordinaire ceux | de M. Biard.

Il y a de charmantes choses dans la Chasse aux rennes; le paysan qui jette

le lacet dans les bois de l'animal est habilement posé, mais les premiers

plans ne sont pas peints. Nous ne demandons pas qu'on découpe les feuilles

avec des ciseaux comme fait l’école génevoise, mais en tout il y a une juste | mesure.

| Le duc d'Orléans recevant l'hospitalité sous une tente de Lapons est | un des bons tableaux de M. Biard. Les personnages sont heureusement | groupés : l'homme qui est étendu devant le brasier sur lequel est suspendue une marmite, que tout le monde entoure, et qui chante sur le feu un ré- | k citalif très-touchant, cet homme, disons-nous, a de la vigueur et de la $ L vérité. La tête du Roi est surtout bien comprise, l'expression en est triste, / D)

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le regard porte dans le vide; c'est que sa pensée a fui à tire d'aile de la misérable hutte pleine de fumée, et qu’elle erre toute troublée, sans doute, dans le pressentiment de cette vie étrange, chemin dont tout le milieu | plonge dans l'ombre, et dont les deux extrémités, le commencement et la | fin’, ressortent dans le soleil.

Dénnons des éloges aux glaces bleues et blanches, d'où le talent de | l'artiste, comme ces barques aux pointes aiguës, s'est retiré avec bonheur ; [+ à l'aurore boréale, où il semble que le ciel et la terre aient neigé récipro- | quement l’un sur l’autre. Est-ce tout?

| Oh ! c'est que la besogne est rude avec des artistes d’une. si heureuse, | | d'une trop heureuse facilité peut-être.

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