‹ Album du Salon de 1841Chapitre 19 sur 36 · GEFFROY · texte numérisé non relu

GEFFROY

Si vous le voulez, d’une bataille, nous allons passer à une autre. Voyez ces personnages si bien mis, tous souriants, tous bons amis; ce sont des gens qui se battent bien aussi, allez ! Pas de jour où ils n'engagent d’escarmouche. Leur chemin est dominé par une redoute, dont ils s'emparent tour à tour, et à laquelle ils font faire ua rude service. Ce sont les comédiens de la Comédie Française. Savez-vous pourquoi vous les voyez si calmes, c’est qu'ils sont devant le public, et qu'ils ont pris chacun la physionomie de leur principal rôle. Si l'on pouvait fermer un rideau sur eux, comme toutes ces expressions-là changeraient, à commencer par le sourire de Celimène! Pourquoi Me Dorval, qui, — puisqu'on ne veut pas du drame, — serait, pour l’art faux et ennuyeux, bien plus grande tragédienne que Mie Kachel, pourquoi Mn: Dorval n'est-elle pas là? Et Dupont, la vive soubrette! Ah! messieurs et dames, vous souriez tous d'une façon charmante ; mais 1l vous manque celle qui pleure, et celle qui rit. Donnons pourtant de grands éloges à M. Geffroy. Il a admirablement saisi le carac— tère de ces talents si variés, ce sourire de Mars dont nous parlions tout à l'heure, sourire divin, l’espièglerie d'Anaïs, l'intelligence alerte et friponne de Monrose, le froncement de sourcil de Mie Rachel, l'élégance fine de Me Plessis, et les manières titrées de Firmin. C’est là un tableau peint avec soin par un homme d'esprit et un gracieux artiste, qui, tous deux , se sont entendus à merveille.

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