‹ Album du Salon de 1841Chapitre 22 sur 36 · RÉMOND ET MEISSONIER · texte numérisé non relu

RÉMOND ET MEISSONIER

M. Rémond a fait un paysage historique, M. Meissonier une scène d’intérieur ; l'un de ces tableaux est prodigieusement grand , l'autre, prodigieusement petit; aussi, ne sachant dans quelle catégorie les classer, nous les avons réunis. Ce sont deux extrêmes, ils se touchent.

Les joueurs sont assis autour d'une table de bois de rose où est posé l'échiquier. La chambre est close, pleine de bien-être, boisée, ornée de microscopiques gravures dans des cadres antiques de bois noir. Les personnages, qui sont dessinés et finis avec une patience de brodeuse, sont, en dépit des détails minutieux, faits avec une expression et une largeur surprenantes. La Partie d'échecs ressemble à ces mordants quatrains de nos pères, où chaque mot cachait une malice, et qui en disaient plus qu'ils n'étaient gros. Que de volonté, que de persistance, que de combinaisons dans ces fronts taillés carrément et que le caleul plisse ! On à beaucoup dit de ce tableau qu'il rappelait les reproductions du daguerréotype ; ce sera vrai quand le daguerréotype aura de l'esprit, de la couleur et du sentiment. Ce petit tableau est caarmant de vérité.

Nous ne pouvons en dire autant du gigantesque paysage qui représente Élie sur le mont Carmel. Le prophète a, devant le peuple d'Israël et les prétres de Baal, fait couper un bœuf par morceaux. Le feu du ciel dévore l’holocauste. Or, le feu du ciel est représenté par un rayon poudroyant qui glisse à travers les branches d'un cèdre, et ne pourrait rien enflammer qu'avec le secours d’une lentille. Un ciel-bleu et rayonnant éclaire cette scène. Cependant , que dit l'Écriture : « La pluie après une sécheresse de trois années) tomba avant qu'Élie fût rentré en sa maison. » Ne vous semble-t-il pas évident que ce ciel est un contre-sens beaucoup trop azuré, et que le feu céleste n'était autre chose que ce qu’on appelle communément la foudre?

Pour notre part, nous ne faisons pas volontiers bon marché de la vérité historique. Nous ne voulons point d’adoucissements aux drames terribles. Dans | Écriture, la vengeance céleste tombe sur les fronts coupables avec les carreaux enflammés; ce sont les anges qui descendent ces échelles d’or qu'on nomme des rayons.

Une fois nos réserves faites, il faut reconnaître dans ce paysage une faci-

a Se dass

Challamelet Cie Edit 4 vue de l'Abbaye

Célestin Nantewil del

nfance de Ribera

lp

d'Aubert & Ci

lité prodigieuse, brillante, trompeuse toutefois, une certaine magnificence de décoration et de belles études d'ateliers.

Pourquoi avons-nous réuni ces deux tableaux ? c’est qu'il nous semble qu'on sacrifie trop souvent ces toiles formidables à des miniatures. Là, toutes | | les qualités sont éparpillées sur un vaste espace; ici, elles sont concentrées || sur un seul point. Le même soleil qui frappe un pan de mur et une goutte | d’eau éclaire l’un d'une teinte jaune, pâle et monotone , allume l’autre || | d'une flammèche éblouissante. | |

Page 1