CHAPITRE IV
Les armées pendant la Guerre de Cent ans.
Bassinet du xiv» siècle.
L'art militaire au XIV" et au XV* siècle. — L'art de la guerre, Ici qu'il a été pratiqué 'avant l'invention de l'arlillerie, atteint son apogée au xiv'' et au w" siècle. Les transformations de l'armure achèvent
de mettre l'homme d'armes à l'abri des
coups de son adversaire ; les constructions
militaires dépassent en solidité et en
ingéniosité tout ce qui avait été fait jusqu'alors en ce genre; au lieu des petites
troupes féodales, les princes mettent sur
pied des armées considérables. Mais alors
aussi apparaît l'arme, dont l'usage doit
dans la suite transformer totalement l'art
militaire, c'est-à-dire, le canon.
Le costume militaire. — Le costume
militaire se modifia complètement au
XIV* siècle. Les hommes d'armes remplacèrent l'armure en tresse de mailles par
une armure faite de plaques métalliques
ou plates recouvrant toutes les parties du
corps. Ils n'y arrivèrent pas du premier
coup. Dès le règne de Philippe le Bol, les gens de guerre avaient commencé à couvrir le devant des
jambes et des cuisses de longues plaques d'acier attachées à l'aide de courroies. Sous Philippe YI,
Bombarde du xv" sièlo; d'après le manuscrit français n» 2643 de la Bibliothèque nationale.
Bombarde du xv siècle ; d'après le manuscrit français n» 2043 de la Bibliothèque nationale.
Le costume militaire au XlVe siècle.
Chevalier du XIV siècle : règne de Philippe de Valois; il porte le chapeau de Montauhan , coiffure adoptée souvent « par les chevaliers qui no pouvaient supporter le heaume fermé ».
Chevalier du XrV« siècle : règne do Jean le Hon ; il porte une armure faite moitié do cuir et moitié de plaques do fer; la pièce la plus curieuse de son costume est le jupon en cuir revêtu d'étoffe.
Chevalier du XI V siècle : règne de Charles V ; il porte par-dessus le haubert une cotte aux armes de Duguesciin ; il a en tête le bassinet ; il est armé « de la grande épéc à deux mains, ôpée d'arçon qui était attachée à la selle ».
Chevalier du XIV» siècle : « pouvant représenter le dauphin, plus tard Gliarles V. Il est vêtu de la cotle juste et rembourrée », recouvrant le haubert. Son écu est attaché par une guif/e ornée de pièces d'orfèvrerie.
Homme de pied du XIV siècle : règne de Joan le Bon ; il porte la cotte de mailles pardessus le gambison de cuir :
il est armé du fauchard, et d'une épëe à laquelle est suspendu un petit bouclier appelé boce.
Ces costumes militaires sont reproduits d'après les restitutions du Musée d'artillerie, à Paris.
« avec doubles plaques montées sur charnières ou seulement bouclées au moyen de courroies, on fit des boîtes où la totalité des membres se trouva enfermée. On réunit ces boîtes aux genouillères et aux coudières par des lames articulées; on y ajouta des gants et des souliers de fer fabriqués d'après le même système. Grâce à cette carapace, le combattant put se débarrasser d'une pai'tie des pièces dont il s'enveloppait auparavant. De son maillot chevaleresque, il ne conserve qu'un court haubergeon sans manches ou à demi-manches, et le pan de la coiffe. » (J. Quicherat). Au xv° siècle, la cuirasse fut remise en usage, et les modifications apportées à la coiffure achevèrent d'enfermer le combattant dans une carapace métallique. Le heaume avait été remplacé par le bassinet, casque pointu muni d'une visière mobile percée de trous; auxv° siècle, on relia le bassinet à la cuirasse par une plaque métallique qui préserva la gorge et le menton. On prolongea le casque sur la nuque. Dès lors, l'usage du bouclier ou de l'écu devint inutile. L'armure, dans son ensemble, prit le nom de harnais ; on l'appelait « harnais blanc, lorsqu'elle était de fer ou d'acier poli. C'était la façon préférée pour la guerre ». Comme il est naturel en ce siècle où la passion
du luxe fut si développée chez les grands, les armures d'abord simples, furent ensuite très décorées. Les ducs de Bourgogne portèrent des harnais où l'armurier avait enchâssé des perles, des rubis et des diamants. « Les seigneurs de leur cour revêtaient pour le combat de splendides armures aux pièces cannelées et clouées ou bordées d'or ; festonnées, fleuronnées sur leurs contoui's, » ou décoiées d'ornements d'orfèvrerie. Les chevaux furent également bardés de for. Les ai^mes offensives restèrent à peu près les mêmes qu'aux siècles précédents ; les lances devinrent plus longues et plus lourdes. L'équipement des fantassins était naturellement plus léger. Ils ne portaient qu'une sorte de pourpoint; s'il était en cuir, ou rembourré d'étoupe, on l'appelait gambison; s'il était recouvert de plaquettes de métal, on le nommait brir/andine. Ils avaient sur la tête le chapeau de fer ou le bassinet à visière, relié au pourpoint par une pièce en tissu de mailles qu'on appelle le cajnail. Leurs armes offensives étaient la dague, la hache, la pique avec toutes ses variétés, la masse d'armes, l'arc, l'arbalète, et à partir du début du xv" siècle, le canon à main, pi'ototype du fusil. Beaucoup d'entre eux s'abritent derrière un long bouclier rectangulaire, \e pavois.