CHAPITRE VI
LaurentdeMédicis (1448-1492), buste en terre cuite attribué à Andréa Verrochio (1435-1488) conservé au South Kensington Muséum, à Londres.
L'Italie
Pierre de Médicis (1414-1464), dit le Goutteux, d'après un buste de Mino da Fiesole.
Hercule I d'Esté, duc de Ferrare de 1471 à 150o(Gabinet des médailles).
au XIV^ et au XV^ siècle*.
La civilisation italienne au XIV" et au XV* siècle. — « Au xy*" siècle et au commencement du xvf siècle, la vie matérielle en général était plus élégante et plus raffinée chez les Italiens que chez aucun autre peuple de la terre. » (Biirckhardt). Ni les révolutions continuelles qui bouleversaient les cités, ni les guerres sanglantes
Élèonore d'Aragon, femme d'Hercule d'Esté (Cabinet des médailles).
Agostino Barbarigo, doge de Venise de 1483 à 1501 (Cabinet des médailles).
1. Toutes les gravures de ce chapitre ont été reproduites d'après les belles photographies de la collection Armand, conservée à la Bibliothèque nationale (département des estampes), source précieuse pour l'histoire de l'art, et dont l'accès a été rendu très facile grâce au Revers de la médaille d' Agostino catalogue soigneusement dressé par M. Courboin, sous-bibliothécaire Barbarigo, doge de Venise (Cabinet au département des estampes. des médailles).
Costumes italiens au XIV^ siècle.
Riche Florentin. Jeune Florentin. Statue de Lecco Sini- Dame florentine, d'après Un citoyen de Pise,
Ces deux personnages sont empruntés à une fresque de la baldi, professeur de droit à une fresque de Taddeo Gaddi d'après une fresque du
chapelle des Espagnols, dans l'église Santa-Maria-NovcUa, Bologne (12"!2-1337), dans la (13007-1366) dans l'église Garapo Santo, à Pise.
à Florence. cathédrale de l'istoia. Sanla-Groce, à Florence.
Le doge de 'Venise Michèle tombeau dans l'église des
qui en furent les terribles conséquences, n'empêchèrent les Italiens au xiv« siècle et pendant tout le xv" d'apporter dans leur costume une élégante recherche , de s'aménager de luxueuses habitations,
d'orner leurs villes de splendides monuments et de se récréer les yeux par le spectacle de fêtes somptueuses.
Le costume italien au XIV" et au XV siècle. — Le costume italien pendant la période qui nous occupe est en général approprié aux formes du corps, élégant et riche. Au xiv" siècle, les hommes sont vêtus de robes à manches longues, larges ou serrées au poignet, tombant jusqu'aux pieds; seuls, les élégants laissent voir leurs chausses collantes, et leur pourpoint sur lequel ils jettent une légère pèlerine. Mais au xv" siècle, le vêtement court et ajusté est en général préféré ; des chausses collantes, une tunique serrée à la taille, souvent plissée et tombant en général à mi-jambe, par-dessus une sorte de blouse percée d'ouvertures pour laisser passer les bras, fendue sur le devant pour faciliter les mouvements des jambes, constituent le vêtement élégant et commode des hommes. Les vieillards, les magistrats, les professeurs, les médecins conservent cependant l'usage de l'ample lévite, dans laquelle tout
Morosini, mort en 1382, d'après sou S. Giovanni et Paolo. à Venise.
le corps est enveloppé.
Quant aux femmes, les monuments du xiv" siècle nous les représentent vêtues de robes amples, montant jusqu'au cou, et dégageant fort peu la taille, par-dessus lesquelles elles jettent un long manteau : elles ont quelquefois le visage entouré d'un bandeau d'étoffe pareil à une mentonnière. Au xv" siècle, leur costume devient beaucoup plus élégant; elles portent la robe à traîne, quelquefois lacée par devant; la taille est mieux accusée; le cou et les épaules sont souvent légèrement décolletés ; l'usage du manteau est abandonné. Le capuchon, terminé par une longue bande d'étoffe, avait été porté fréquemment par les hommes au xiv" siècle ; il disparaît au xv*' siècle et est remplacé par une infinité de coiffures. A la même époque, les femmes qui, jusqu'au xv* siècle, avaient le plus souvent caché leurs cheveux sous un long voile, réduisent celui-ci à des dimensions moindres, le remplacent quelquefois par une résille ou le suppriment tout à fait. Les hommes au xiv" siècle portent volontiers la moustache et la barbe en pointe; au xv® siècle ils se rasent complètement le visage.
Le luxe dans le costume. — Le luxe dans le costume fut très goûté des Italiens. « Nulle
L'ITALIE AU XIV« ET AU XV» SIÈCLE
Costumes italiens au XIV« siècle
Bergers, d'après une fresque de Giotto (1276- 1337) dans la chapelle deir Annunziata nell' Arena, à Padoue.
Mendiants et vieilles femmes, d'après une trcsque du xiv" siècle de la chapelle des Espagnols, dans l'église Santa Maria Novella, à Florence.
Chevalier, d'après une fresque du XIV" siècle au Gampo Santo de Pise.
"Veuve et sa fille.
Jeunes filles.
Ces personnages sont empruntés à différentes fresques du xiv» siècle, qui décorent les murs
du Campe Santo, à Pise.
fillette et garçon, d'après une fresque attribuée à Simone di Martino (U8D?-134t) dans la chapelle des Espagnols à Santa Maria Novella de Florence.
part OQ n'attachait autant d'importance à la toilette qu'en Italie. » Les raffinements de la toilette sont connus; on fait usage de faux cheveux, de fausses dents en ivoire ; on sait teindre la chevelure ; on emploie les eaux de senteur, pâtes, cosmétiques, fards pour les différentes parties du visage, même pour les paupières et les dents. Les gens riches dépensent de grosses sommes d'argent pour leur vêtement; au XV" siècle « un vêtement de femme en brocart d'or cramoisi revenait facilement de 800 à 1 000 ducats, 40000 à 50000 francs de notre monnaie » (Miintz). La parure est très recherchée ; il y a près de 10000 perles attachées à un vêtement qui figure dans la corbeille de noce de la princesse Hippolyte Visconti (1446-1484). Toutes les classes partagent ce goût du luxe dans le vêtement; à défaut de couronnes d'or ou de
Album historique. — II.
perles, les femmes pauvres de Florence portent des couronnes de verre; au lieu d'ornements en soie, des ornements en papier peint. Aussi les moralistes déclarent-ils amèrement en Italie comme en France, qu'on ne sait plus au costume distinguer un riche marchand d'avec un patricien. La table. — En général, les Italiens ne paraissent pas avoir étendu ce goût du luxe à la table. A Florence, l'on ne faisait guère que deux repas par jour, où figuraient de préférence le pain, les herbes, les confitures et les fruits. L'usage de la viande était réservé au dimanche ; encore ne consommait-on guère que de la chair de brebis. « Le mari et la femme mangeaient dans la même assiette, buvaient au même verre, quelque domestique tenant devant eux, s'il ne faisait pas clair, une torche de résine «(Perrens.) Mais, aux festins d'apparat la vanité reprenait ses
Costumes italiens au XV® siècle.
Bourgeois en prière avec Jeune lille et fillette
SOS enfants. en prière.
Ces personnages sont empruntés à un tableau de Benozzo Gozzoli (li20-l 497 dans l'église San Agoslino à San Gimignano.
Sigisniond Malatesta, d'a-
Biches Florentins, d"aprôs une près une fresque de Piero délia
fresque de Masolino (1383-1410) dans Fraucesca (1423-1492) dans le
l'église du Garniinc, à Florence. temple des Malatesta, à Rimini.
Biches bourgeois, d'après une fresque de Benozzo Gozzoli (1420-ti97) dans l'église San Agostino à San Gimignano.
Nain ou bouffon, d'après une fresque de Gliirlandajo (1440-1494) dans l'église Santa Maria Novella, à Florence.
Enfant au maillot, d'après une terre cuite d'Andréa délia Robbia (1437-1528) à la Loggia degli Innoccnti, à Florence.
Musicien, d'après une Jeunes gens élégants,
fresque de Ghirlandajo(1449- d'après une fresque de Cosi-
1434) dans l'église Santa mo Rosselli (1439-1507) dans
Maria Novella, à Florence. la chapelle Sixtine,à Rome.
droits, et l'on voyait alors sur les tables couvertes de riches nappes, la vaisselle d'or ou d'argent, et les mets de choix, paon paré de ses plumes, pièces montées « oii l'on employait le safran, le lait d'amandes et autres ingrédients recherchés ». Les habitations. — Les riches Italiens apportaient plus de souci à leurs demeures. Les commerçants et les banquiers de Florence, de Venise, et des autres villes, les princes et les rois, se firent construire au xiv'' et au xv" siècle, des habitations à la fois robustes et élégantes. Florence et Venise en présentent encore aujourd'hui les spécimens les plus remarquables. Les
palais florentins de ces deux siècles sont des constructions à deux ou trois étages aux murs épais; le rez-de-chaussée, souvent orné de bossages, n'est percé que d'un petit nombre d'ouvertures; aux étages supérieurs, s'aligne une monotone rangée de fenêtres. On cesse d'élever au-dessus des maisons des tours défensives. Ces constructions entourent une vaste cour. Les habitations vénitiennes sont plus élégantes ; à la fin du xv" siècle, elles provoquèrent l'admiration de Commines, qui les dépeint « fort grandes et hautes et de bonne pierre, et les anciennes toutes peintes; les autres, faites depuis cent ans, ont le
L'ITALIE AU XIV ET AU XV SIÈCLE
Costumes italiens au XV^ siècle.
Dame florentine, d'après une fresque Robert Malatesta, soigneur de Rimini, capitaine général uame florentine, d'après une fresque de de Ghirlandajo (1419-1194), dans léglise des troupes pontificales en 1483 ; haut-relief en pierre conserve Ghirlandajo (1449-1494) dans l'éo'lise Santa Santa Maria Novella. à Florence. au musée du Louvre. 7^I.,ria Novella, à l'iorence.
Nci^ Cu^i.- .- i- -- - .uis Sassetti,
d'après une fresque de Ghirlandajo (1449i'»9'f), dans l'église de la Trinité, à Florence.
Laurent leMagnifique(l448-1492) ; d'après une fresque de Benozzo Gozzoli (1420-1497) au Campo Santo de Pise.
Francesco Sassetti, d'après une fresque de Ghirlandajo (1449-1494) dans l'église de la Trinité, à Florence.
Jeune Vénitien ; d'après un dessin Vittoro Pisancllo (1380-1451;.
do
Le doge Léonardo Lorédano (1501-1521); d'après un portrait de Gentile Bellini (1120-1507)
Dame vénitienne, d'après un dessin de Yittore Pisanello (1380-1451).
Costumes italiens au XIV^ et au XV^ siècle.
Monnaie de Jean Galèas Sforza
(t4"3-1494) (Cabinet (\oH m(^dailles).
Monnaie de Louis II, roi de Naples (1389-1117) (Cabinet des médailles).
Groupe de Florentins, d'après une fresque de Filippino I.ippi (1457-1504) dans l'église du Carminé, à Florence.
Bonne de Savoie, môre de Jean Galéas Sforza, d'après le revers de la médaille de Jean Galéas Sforza (Cabinet des médailles).
Monnaie de Louis II, roi de
Naples (1389-1417), conservée au Cabinet des médailles (revers).
François Sforza (1401-l4f>G), Groupe de dames, d'après une fresque de Piero
Groupe de jeunes gens, d'après une fresque de duc de Milan délia Francesca (1423-1492), dans l'église Saint-François,
Benozzo Gozzoli (1420-1497) au Gampo-Santo de Pise. (Cabinet des médailles). à Arezzo.
Gens de guerre, d'après les bas-reliefs do l'arc do triomphe d'Alphonse le Magnanime (1435-1438) au Castel Nuovo, à Naples.
L'ITALIE AU XIV« ET AU XV« SIÈCLE
Les villes italiennes au XIV^ et au XV^ siècle.
La cour d'une riche habitation du xv« siècle, à Vérone (état actuel).
Galerie du Campo Santo à Pise, construit au xiv siècle; c'était le cimetière préféré des Pisans, parce que le sol on était formé de terre même de Palestine rapportée au xii" siècle par un archevêque de Pise,
La grande place et le palais public de Sienne. Ce monument fut construit de 1293 à 1327 par les architectes Agostitio et Angelo do
La grande tour ne fut achevée qu'en 1345.
Sienne.
Le ponte Vecchio à Florence
construit au xiv» siècle.
Entrée du ponte Vecchio, à Florence.
La porte romaine à Florence,
construite en 1328 par Orcagna.
devant d« marbre blanc qui leur vient d'Istrie... et encore ont mainte grande pièce de porphyre et de serpentine sur le devant ». Outre leurs maisons de ville, les riches Italiens avaient d'élégantes maisons de campagne ; « Florence est entourée de villas sans nombre, écrit Alberti dans la seconde moitié du xv" siècle,... et parmi ces innombrables construc-
Le château des Estes à Ferrare, construit à la fin du xiY" siècle par Bcrtolino Ploti da Novara (état actuel).
lions, il y en a beaucoup qui sont comme des châteaux, comme des palais, tant elles sont riches et somptueuses. »
Mais à côté de ces luxeuses demeures, on trouvait aussi, dans les villes italiennes, quantité de maisons « petites et hasses, recouvertes de paille ou de bois, ne comptant guère que trois chambres au rezde-chaussée » (Perrens). Peu
L'ITALIE AU XIV<= ET AU XV^ SIÈCLE
Les villes italiennes au XI V« et au XV^ siècle.
Venise au XIV» siècle ; daprès une niiniaturo d'un manuscrit conservé à la Bibliothèque Bodléienno d'Oxford (Green).
au XVI" siècle; d'après un tableau de Gentile Bellini (1426-lo07) repréracle do la Sainte-Croix tombée dans le canal (Académie des Beaux-Arts,
Le palais ducal, à Venise. Cet édifice fut construit au xiv" siècle; à gauche, la place Saint-Marc, avec les deux colonnes dont l'une supporte le lion de Saint-Marc ; au fond, l'église Saint-Marc ; en arrière le Campanile, construit au xii' siècle.
importait d'ailleurs à l'Italien du moyen âge la petitesse et trop souvent Técœufanle malpropreté de son logis; car, de même que l'Alliénien, il vivait de préférence sur la place publique ou dans les rues de sa cité. De curieux usages attestent combien cette vie en plein air était familière aux Italiens. Aux funérailles dos riches particuliers, les invités, au lieu d'entrer dans le logis du défunt, s'asseyaient sur dos bancs disposés le long des murs de la maison mortuaire. Los amis conviés à un repas se réunissaient dans la rue devant la maison de leur hôte avant
d'y entier. Un des divertissements réguliers des mariages avait lieu dans la rue; les jeunes gens fermaient le passage par un ruban tendu au travers du chemin; ils arrêtaient ainsi le cortège et l'un d'eux, après avoir honoré la mariée d'un bouquet et d'une harangue, lui otfrait son bras pour la conduire à l'église.
Les villes. — L'anarchie italienne favorisa la transformation des villes au xiv" et au xv" siècle. Par suite de la rivalité qui s'établit entre les habitants dos différentes cités, un grand nombre d'édificos furent construits. « La commune s'orne
Les villes italiennes au XIV^ et au XV^ siècle.
Rome au XV» siècle, fragment d'une fresque de Benozzo Gozzoli (142CI-U97), dans l'église San Agostino, à San Gimignano.
Le caste! Nuovo à Naples ; forteresse éditioo à la fin du xiii" siècle, agrandie par Alphonse I" (1435-1458) qui y fit construire cinq tours dont quelques-unes existent encore.
Florin aux armes de Dominico Leonardi, maître des monnaies à Florcnco en 1450 (Cabinet des mddailles).
Le palais Ricardi à Florence, autrefois palais Médicis, construit par Michelozzo pour Cosme de Médicis, de 1430 à 1433.
Bucat de Venise, frappé sous le gouvernement d'Antonio Venerio, doge do Venise, de 1382 à 1400 (Cabinet des mëdailles).
Le palais Giovanelli ;> \ au XIV" siècle.
d'un château fort pour la seigneurie , d'un beffroi crénelé, d'un palais du Podestat, d'une cathédrale, d'un campanile , d'un Campo-Santo, de loges et de portiques » (Gebhardt).
Les services de voirie s'organisent; les rues sont, comparativement à celles des villes du Nord, larges et bien pavées ; cependant à Florence, l'habitude de jeter les eaux sales dans les rues et les fossés provoquait une telle puanteur que « personne, dit un document, ne pouvait plus rester dans sa bou-
La place de la Seigneurie à Florence à la fin du
XV» siècle, d'après un tableau conservé dans la cellule de .Savonarole au couvent de Saint-Marc à Florence et représentant le supplice du réformateur florentin, le 23 mai 1498.
tique, ni même dans sa chambre ». L'endroit le plus animé des villes était en général la place publique devant le palais seigneurial. Souvent un portique ou loggia était voisin de cet édifice, et c'était là, dans les cités démocratiques de l'Italie comme à Florence, que « la seigneurie se plaçait pour convoquer le peuple à parlement » , procéder à l'élection des différents magistrats, » donner le bâton de commandement aux capitaines qui devaient se mettre à la tête
L'ITALIE AU XIV* ET AU XV* SIÈCLE
Villes et campagnes italiennes au XV^ siècle.
Procession sur la plaoe Saint-Marc, à Venise; daprùs un tableau exécuté en 1491 par Gentile Bellini (1426-1507),
conservé au musée Brera, à Milan.
La campagne florentine au XV' siècle; tVaLrinent d'une fresque de Benozzo Gozzoli (1420- Ii97)
au palais Ricardi, à Florence.
de l'armée, conférer la chevalerie à ceux qui avaient bien mérité de la patrie ou qu'on voulait honorer » (Perrens).
Les fêtes. — La vie dans les cités italiennes recevait encore un nouvel attrait des fêtes qui y étaient données en grand nombre. Il y avait d'abord les fêtes religieuses, dont la célébration était accompagnée dans l'Italie, comme dans le reste de l'Europe, de processions et de mystères. Les Italiens excellaient à introduire dans ces pieux divertissements des machines compliquées ; « Brunellesco inventa, pour la fête de l'Annonciation... une sphère céleste, autour de laquelle volaient deux groupes d'anges et d'où l'on vit
Album historique. — II.
Le château dUrbin, construit par ordre de Frederigo de Montefeltro, duc d'Urbin, par Luciano di Martine da Laurana, mort eu 1482.
descendre l'ange Gabriel dans une machine ayant la forme d'une amande. » A Viterbe, en 1462, la
fête fut célébrée avec une magnificence inouïe. L'on avait élevé sur le passage du cortège des théâtres, où l'on joua de courtes scènes empruntées à l'Ancien ou au Nouveau Testament. Sur l'un d'eux, les acteurs figurèrent la Passion; sur un autre, on vit représenté le combat de l'archange saint Michel et du démon. Sur la place de la cathédrale, on avait construit un tombeau de la
Scènes de la vie italienne au XIV® siècle.
Cavaliers et fantassins italiens au XIV " siècle: d'après deux fragments d'un parement d'autel en argent dans la cathédrale de Pistoia, représentant l'un, l'arrestation de saint Jacques, l'autre, le martyre do ce saint ; c'est l'œuvre de Léonardo de San Giovanni, orfèvre florentin, qui exécuta cette partie du parement de 1366 à 1371.
Prise du château de Caprese, par Guido Tarlati da Pietramala ; épisode de la vie de ce seigneur qui mourut évêque d'Arezzo, en 1327 ; d'après son tombeau, exécuté de 1327 à 1330 dans la cathédrale d'Arezzo par Agostino et Agnolo de Sienne.
Nomination à la seigneurie d'Arezzo de Guido Tarlati da Pietramala ; épisode de la vie de ce seigneur qui mourut, en 1327, évêque d'Arezzo ; fragment de son tombeau, exécuté de 1327 à 1330 dans la cathédrale d'Arezzo par Agostino et Agnolo de Sienne.
dards italiens du XV' siècle, empruntés à difTérentes fresques
vierge Marie, qui s'ouvrit après la grand'messe. On en vit alors sortir la mère de Dieu qui, portée par des anges, s'éleva vers un Paradis en échafaudage, où le Christ, après avoir couronné sa mère, la conduisit devant le Père Éternel. Il y avait les fêtes profanes, comme le carnaval, oii les Romains excellaient. L'un des divertissements
qui y étaient le plus goûtés était les courses de chevaux, de buffles, d'ânes; on faisait aussi courir antre eux des jeunes gens, des vieillards ou des Juifs. A ces fêtes régulières s'ajoutaient les cérémonies extraordinaires, entrées de princes, d'ambassadeurs, retour triomphal d'une armée, etc. Les éléments de ces fêtes étaient
L'ITALIE AU XIV« ET AU XV^ SIÈCLE
Scènes de la vie italienne au XIV^ siècle.
Dames et seigneurs italiens au XTV» siècle ; fragment du Triomphe de la Mort, fresque de la seconde moitié du xiv* siècle au Campo Santo de Pise ; on voit ici représentés les heureux de ce monde, dont l'existence va être tranchée par la mort.
Dames et cavaliers italiens au XIV° siècle i Iragiucut Ju Ti tum^j/ic de la Mort, fresque de la seconde moitié du xiv« siècle au Campo Santo de Pise. Le cortège s'arrête brusquement à la rencontre de trois cercueils ouverts, où achèvent de se décomposer trois cadavres ; l'un , déjà réduit à l'état de squelette, est méconnaissable ; le second est la dépouille d'un prince ; le troisième, d'un docteur. Un ermite, déroulant un parchemin, expose aux seigneurs la leçon à tirer de ce spectacle.
Scènes de la vie italienne au XIV et au XV^ siècle.
Un mariage florentin au XV" siècle; d'aprôs un devant de coffre do mariage, conservé à l'Académie des Beaux-Arts, à Florence.
Magistrats italiens au XIV» siècle; fragment reproscn i ; ; ^ornement dans la fresque exécutée au Palais public de Sienne
par Ambrogio Lorenzetti (mort en 1348).
plus variés et plus originaux en Italie que dans les autres contrées de l'Europe. Le burlesque y avait sa part ; au triomphe d'Alphonse, à Naples, en 1443, une troupe de Catalans à pied « ayant entre leurs jambes de petits chevaux factices attachés par devant et par derrière »
simula un combat avec une troupe de Turcs. Parfois, l'on promenait dans les rues de la ville de « gigantesques figures d'animaux, d'où sortaient tout à coup des légions de masques ». Mais l'attention du peuple était aussi attirée par des spectacles plus relevés. Souvent ces cortèges avaient une valeur allégorique ; des groupes de personnages installés sur des chars symbolisaient les quatre saisons, les quatre vents, les quatre âges, les quatre éléments; on vit même dans un cortège à Florence sous Laurent
La construction d'une maison italienne au XV siècle ; fragment d'une fresque de Benozzo Gozzoli (1420-1497) au Campo Santo de Pise, oh le peintre a représenté l'édification de la tour de Babel en prêtant à ses personnages les usages et les costumes de ses contemporains.
le Magnifique, le char de la mort, avec des cercueils qui, s 'ouvrant à des intervalles déterminés, laissaient apparaître des cadavres. Enfin on prit l'habitude d'introduire dans les cortèges des reproductions de scènes de la mythologie et de l'histoire païenne ; fréquemment même , l'on imita les triomphes que décrivaient les auteurs anciens. Ces divertissements étaient tellement chers aux Italiens qu'à Florence, il se forma « des sociétés dont les membres se commandaient chaque année un costume pour tous, chevauchaient par la ville, donnaient des joutes, des banquets, soit aux fêtes chômées, soit à l'occasion d'un événement heureux » (Perrens). Florence était d'ailleurs réputée dans toute la péninsule pour le nombre, l'originalité, l'éclat de ses fêtes. Il y en avait de
L'ITALIE AU XIV* ET AU XV" SIÈCLE
Scènes de la vie italienne au XIV® et au XV^ siècle.
Ecoliers au XV' siècle; d'après une fresque de Benozzo Gozzoli (1420-1498) dans l'église San Agostino à San Gimignano. Elle représente saint Augustin enfant, amené à l'école par ses parents Patricius et Monique. Le peintre a donné aux personnages du tableau le costume de ses contemporains.
Ecole de droit, au xiv siècle; bas-relief du tombeau de Lecco Sinibaldi, professeur de droit à Bologne (1272-1337),
dans la cathédrale de Pistoia.
bizarres, comme celle que l'on célébrait le jour des rois. « Avec des chiffons, on fabriquait des poupées qu'on portait la veille au soir dans les rues, à la lueur des torches de cire ou des chandelles, au bruit des clairons et des tambours. On
les exposait ensuite aux fenêtres, et de la rue on les visait avec des flèches. » D'autres étaient gracieuses, comme ces promenades par la ville, que les jeunes gens faisaient au printemps, marchant à la suite du plus beau d'entre eux, « qui prenait
Scènes de la vie italienne au XI V^ et au XV^ siècle.
École de droit au XV° siècle ; d'après le tombeau de Filippo Lazzari, mort en 1412, dans l'église de Saint-Dominique à Pistoia, exécuté, en 1464, par Bernardo Rossolino (1400-1464).
V i.JUJW
Le tissage de la laine; médaillon de Giolto (1276-1337) au campanile de Florence. Cette sculpture fait partie d'une suite de médaillons où l'artiste a représenté les âges de la vie, les saisons, les métiers, les sciences, etc.
Changeurs au XIV» siècle-, fragments d'une fresque de Niccolo di Pietro Gerini, mort vers 14t5, dans l'église San Francisco, à Prato, représentant la vie de saint Mathieu.
Maréchal ferrant au X'V» siècle: bas-relief ilo Nanni di Banco à l'oratoire d'Or San Michèle, à Florence.
Paysans préparant le moretum, aliment des paj'sans du sud de l'Italie, d'après un manuscrit italien du XV siècle, aujourd'hui à la Bibliothèque nationale.
Navire au XIV siècle ; d'après une fresque de la vie de saint Renier au Campo Santo de Pise.
Galère vénitienne au XV' siècle, d'après une miniature d'un manuscrit dé 1486.
le nom de FAmour. » A Venise, il y avait une corporation chargée spécialement du soin d'organiser les fêtes. Ses membres avaient à cœur de s'acquitter dignement de la mission qui leur était confiée, et l'on cite une fête donnée en 1400
lors du couronnement du doge Michel Sténo, oîi chacun des membres de cette compagnie donna, pour que la cérémonie fût en tout point digne de la cité, la somme de 2000 florins, soit environ 10000 francs de notre monnaie.
Y, lettre initiale en filigrane du nom d'Isabelle, faisant partie de la couverture d'un jnanuscrit du xv» siècle, conservé à la Bibliothèque nationale de Madrid (Museo espaSol).
Écusson aux armes des Rois Catholiques au transept de l'église San Juan de los Reyes, à Tolède (Monumentos arquilectonicos).