CHAPITRE II
Les nobles
en France et en Angleterre
au XIV« et au XV« siècle.
Costume restitué de tournoyeur au xv« siècle (musée d'Artillerie).
Costume de tournoyeur au xv« siècle (musée d'Artillerie).
Heaume et ècu de
tournoi aux armoiries des Hohenlohe , conservés dans l'église de Creglingen (Wurtemberg) où ils sont attachés à un pilier (Hefner-Alteneck).
Héraut d'armes au xv« siècle, d'après le manuscrit français de la Bibliothèque nationale, u°2692; il tient les bannières des juges du tournoi.
Album historique. — II.
Casque de tournoi au xv siècle, d'après le manuscrit français de la Bibliothèque nationale, n" 2692; on y distingue le timbre fait d'un chien entre deux cornes et le lambrequin, bande d'étoffe, attachée à la couronne.
Costumes de nobles au XI Ve et au XVe siècle.
Costumes de jeunes nobles dans la seconde moitié du xv siècle, restitués par Viollet-Le-Duc d'après une miniature d'un manuscrit de la Bibliothèque nationale ; ils portent les chausses et le surcot.
Costume noble de la lin du xiv siècle, d'après une miniature du <■ Liera de la Chasse » de Gaston Phœbus, représentant ce prince ; il porte une robe d'intérieur appelée houppelande.
Costume noble de la fin du xiv« siècle, restitue par Viollet-Lo-Duc ; ce personnage porte un surcot à manches tailladées.
Costume de dame noble de la fin du XlV siècle, restitué parViollet-Lc-Duc; cette princesse porte pardessus sa robe un surcot do fourrure d'hermine.
Costume d'intérieur de la fin du XIV" siècle, d'après le « Livre de la Chasse » de Gaston Phcebus ; ce personnage porte le vêtement appelé fond de cuve.
Costumes de dames nobles, de la seconde moitié du XV» siècle, d'après une miniature du recueil de Gaignièrcs; elles portent sur la tète le hennin.
Costumes nobles de la fin du xiv» siècle, d'après une miniature du contrat do mariage de Jean, duc de Berry, frère de Charles V, représentant ce prince et sa femme (Archives nationales).
Les costumes représentés sur cette page, ainsi que ceux que l'on trouvera à la page 19, ont été choisis en vue, non pas de faire connai ansformations du costume au xiv" et au xv" siècle, mais afin de donner une idée do l'élégance, de la richesse, ou de l'étrangcté des modes pi
transf
ces deux siècles.
tre les endant
La noblesse au XI V^ et au XV siècle. — Le xiv" et le xv" siècle forment une des plus brillantes et des plus curieuses périodes de l'histoire de la noblesse en France et en Angleterre. Réunis autour des rois et des chefs des grandes familles, les nobles étalent un luxe et un faste extraordinaires. Médiocrement portés par suite
de leur ignorance à s'adonner aux affaires publiques, n'estimant d'ailleurs comme dignes d'eux que les exploits militaires, n'étant retenus ni par l'obéissance au roi, ni par le devoir patriotique qu'ils ne soupçonnent même pas, ni par le i-espect des enseignements de Ja religion qui se perd au milieu des ti'oubles dont l'Église
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Costumes de nobles au XI Ve et au XVe siècle.
Costume noble du milieu du xv« siècle, d'après une miniature représentant Philippe le Bon, duc de Bourgogne, dans lo costume de grand maître de la Toison d'Or (Willoiaiii).
Un chevalier anglais
à la fin du xiv" siècle (Green).
Un jeune noble anglais à la fin du xiv" siècle (Green)
Ces deux costumes sont reproduits d'après les miniatures d'un manuscrit du XIV' siècle renfermant l'œuvre du poète anglais Chaucer, les Contes de Cnnterbunj.
Costume de gentilhomme du
débat du xv siècle, restitué par VioUet-Le-Uuc, d'après un manuscrit de la Bibliothèque nationale ; ce gentilhomme porte un chaperon, un surcot à manches longues, orne d'une torsade d'or et serré par une ceinture de treillis d'or.
Costume de dam^ noble anglaise de la fin du xv« siècle, d'après une pierre tombale conservée à ICast-Markham, dans le comté de IN'ottingham (Haines).
Sceau de Jean sans Peur, duc de Bourgogne (I3TI-I;i9)j conservé aux Archives nationales.
Sir Geoffroy Loutrell recevant do sa femme et de sa belle-fille les pièces de son armure, d'après, une miniature du psautier composé pour ce seigneur au milieu du xiv siècle {Vetusia Monumenta),
est alors déchirée, ils ne souhaitent à leur activité d'autre emploi que la satisfaction de leurs passions ; les plus grands d'entre eux se disputent et s'arrachent le pouvoir au milieu des plus terribles violences, à seule fin d'apaiser leur soif d'honneur, leur cupidité ou leur amour effréné du plaisir. Leur vie est une suite de fêtes interrompue ou terminée par de sanglantes catastrophes.
Costume de dame noble anglaise au xiv siècle , d'après une pierre tombale conservée à Mirister, dans le comté de Kent (Haines).
Sceau de Charles, duc d'Orléans (1391-U65), conservé aux Archives nationales.
Insignes des nobles; ordres chevaleresques.
Médaille de Philippe le Bon, duc de Bourgogne (face).
Médaille de Philippe le Bon, duc de Bourgogne (revers).
Sceau de Philippe le Bon, duc de Bourgogne (I396-14G7), conservé aux Archives nationales.
Sceau de Charles, duc de Berry (I44"-U72), conservé aux Archives nationales.
Chapitre de la Toison d'Or, tenu par Charles le Téméraire, d'après une miniature d'un inannscrit conservé à la bibliothèque de Bruxelles. L'évêque que l'on voit au premier plan est le chancelier de l'ordre.
Sceau de Jeanne d'Alençon , veuve du cinquième fils de saint Louis (Archives nationales).
Fragment d'étendard trouvé dans la tente de Charles le Téméraire, sur le champ de bataille de Granson, et con serve dans la cathédrale do Berne (du Sommerard).
Le luxe dans les vêtements. — Le goût de la parure fut une des passions les plus vives des nobles au xiv* et au xv* siècle.
Leurs costumes sont magnifiques ; ils y emploient les étoffes les plus coîi- «'e
Ange tenant les armes du
duc de Bourgogne, d'après
le frontispice des Miracles
Noire-Dame, manuscrit enlumine par Jean Miélot
♦ oiicf.c ^norv rl'r... rif ^^'""" ^'"'''PP" '^ Bon , aujourd'hui conservé à Oxford ICUSeS, Qiap a Ol et (biWiothèquc Bodléienne).
Fragment d'étendard trouvé dans la tente de Charles le Téméraire, sur le champ de bataille de Granson, et conservé à la cathédrale de Berne (du Sommerard).
de soie, satin cramoisi, velours éclatants ; la laine est réservée aux valels. Ils se parent « avec une somptuosité excessive , avec un soin scandaleux » , dit un chroniqueur du xiv" siècle; ils décorent de perles et de diamants les chaperons et les ceintures ; « tous, du petit au granfl, dit le mémo liislorion,
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Habitations princières en France.
L'hôtel de Cluny, à Paris (vue intérieure de la cour) .résidence des abbés
de Gluny, construit à la fin du xv siècle, commencé sous Jean de Bourbon, qui mourut en 1483, et terminé sous Jacques d'Amboiso, son successeur.
L'hôtel des archevêques de Sens, à Paris, bâti pendant les dernières années du xv» siècle, sur l'ordre de Tristan do Salazar, archevêque de Sens.
se couvraient si abondamment de tels objets de coquetterie que lesj)erles et les pierreries se vendaient à haut prix et que Ton pouvait à peine en trouver à Paris. » Le duc de Bourbon, en 1356, se fit faire une cotte d'armes que l'on décora de six cents perles, sans compter les rubis et les saphirs.
Au siècle suivant, l'aimable Charles d'Orléans « dépensa 276 livres pour avoir 960 perles destinées à orner une houppelande, sur les manches de laquelle étaient brodés les vers d'une chanson; la musique accompagnait les paroles ; les portées
L hôtel de Nesles, à Pans, vers i**u ^restiiuiion;, habitation du duc de Berry, frère de Charles V, situé sur l'emplacement o(i se trouvent actuellement l'hôtel de la Monnaie et le palais de l'Institut (de Champeaux).
étaient de broderies d'or, et chaque note était formée de quatre perles cousues en carré ». (J. Quicherat.) Hommes et femmes déploient l'ingéniosité de leur esprit à imaginer des coiffures étranges, des coupes de vêtement bizarres. Au xv*" siècle, les dames adoptent la grande coiffe de toile, le he?min, qui se dresse triomphal au-dessus de leur front; ou, sur les tempes, elles bâtissent un échafaudage de cheveux et d'étoffe, si vaste qu'il convient, au passage des portes, « qu'elles se tournent de côté, autrement elles ne
Habitations princières en France.
Château de Pierrefonds (vue. cavalière), construit par l'ordre de Louis d'Orléans à la fin du xiV siècle, entièrement restauré sous Napoléon III par Viollet-I,e-Duc. On aperçoit l'enceinte défendue par huit fortes tours à plusieurs étages, pourvue d'un double chemin de ronde, et à l'intérieur les bâtiments d'habitation, élégantes constructions qui font un contraste saisissant avec les puissantes défenses du rempart.
pourraient point passer «. Les hommes, au siècle précédent, portèrent des surcots aux manches tailladées, qui tombaient si près de terre, « qu'ils semblaient mieux jongleurs qu'autres gens. » La garde-robe est fréquemment renouvelée ; « il faut avoir l'œil à changer de mise )),ditun père à son fils; et lorsque, au mariage de Charles le Téméraire, on sortit de table pour se rendre au pas d'armes qui continuait la fête, les dames, raconte Olivier de la Marche, se retirèrent dans leurs chambres pour se reposer un moment « et devez savoir, ajoute le chroniqueur, qu'il y eut plusieurs habillements changés et renouvelés ».
Les richesses des nobles. — On reste confondu, en parcourant les inventaires qui nous sont restés des richesses des plus grands seigneurs des xiv" et xv" siècles, de l'immense quantité de perles, de pierres précieuses , de bijoux qu'ils possédaient. C'était évidemment avec la vais^lle d'or et d'argent un des éléments de leur fortune. Ils ne pouvaient se séparer de ces richesses qui, s'ils venaient h subir quoique terrible défaite,
tombaient entre les mains de leurs vainqueurs. Plus d'un Suisse s'enrichit à Granson et à Morat des dépouilles des compagnons de Charles le Téméraire. Déjà, cent vingt ans auparavant, Froissart nous apprend que les Anglais firent une bonne affaire quand ils s'emparèrent, à Poitiers, du roi Jean et de ses compagnons. « Ils devinrent riches d'honneur et d'avoir, nous dit -il, tant par la rançon des prisonniers que par les gains qui furent faits en or et en argent, en vaisselle et joyaux, en malles farcies de riches et lourdes ceintures et de beaux manteaux. »
Les habitations. — Leur luxe se manifeste encore dans leurs habitations. A vivre isolés dans les sévères châteaux de leurs ancêtres, ils ne se fussent guère amusés; ils les quittent et viennent s'installer à Paris ou à Londres, dans de somptueux hôtels. Ils ont désormais maison de ville et château fort. Les plus riches d'entre eux possèdent un grand nombre de résidences; le duc de Berri, frère de Charles V, a dans Paris une vaste demeure, l'hôtel du Petit-Nesle; il se fait construire un admirable palais à Poitiers, un
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Habitations princières en France.
Grande salle da palais construit à Poitiers, par l'ordre du duc Jean de Berry, frèro de Charles V, et devenu aujourd'hui le palais de Justice de celte ville (d'après nue photographie), « La grande salle du palais do .Poitiers a conservé l'imposant aspect qu'elle présentait au xiv siècle » (de Champeaux).
autre à Bourges; ses châteaux de Bicêtre, de Montaigis sont parmi les plus célèbres constructions de ce temps. Son neveu, Louis d'Orléans, fait bâtir le merveilleux château de Pierrefonds et l'entoure d'un réseau de forteresses secondaires. Changement dans les habitations. — Leurs maisons de ville sont de luxueuses demeures avec de nombreux appartements décorés de tentures et de riches tapisseries, « enluminées de magnifiques verrières. » Les Anglais conservent Tusage de la grande pièce commune, le /<«//, centre de toute l'habitation; mais ils en font une salle splendide de réception, où se donnent les fêtes. Les châteaux forts changent également de caractère : au xiv" siècle, les résidences féodales « deviennent des palais fortifiés, tandis que jusqu'au xiii" siècle les châteaux ne sont que des forteresses pourvues d'habitations ». (Yiollet-Le- Duc.) Nulle part ce caractère n'apparaît mieux que dans les constructions élevées ou remaniées sur l'ordre de Louis d'Orléans : à Pierrefonds, d'éléganls bâtiments d'habitation s'appuient sur
le rempart qui, dans quelques parties, n'a pas moins de 7 mètres d'épaisseur; aux ruines du château de Coucy, on aperçoit, établi aux dépens de la puissante muraille du xiii'' siècle, un délicat boudoir du xiv'' siècle, avec de fines sculptures aux voûtes et des traces de peinture aux parois.
Les fêtes. — Ces belles demeures devinrent le théâtre de fêtes éclatantes. Les festins, avec leurs entremets bizarres, les bals et les mascarades en formaient le fonds principal. Les mascarades, bien qu'elles fussent condamnées par TEglise, étaient alors fort goûtées : « on se barbouillait de couleurs, on retournait ses habits ou Ton s'affublait de sacs; on cousait après soi des chiffons de toute sorte, des grelots et des clochettes, comme celles que l'on pend au cou des. bestiaux; d'autres se couvraient de peaux de moutons et de vaches. »(Quicheral).Les encadrements des pages des beaux manuscrits du xv siècle sont remplis de figures grotesques, dont plus d'une semble reproduire quelque déguisement. La nuit tout entière se passait en danses, et
Habitations princières en Angleterre.
Château de Hurstmonceux (Susses), construit au xv« siècle (Turner).
Manoir de Penshurst, dans le comté de Kent, construit au xiv siècle (Turner).
Hall du manoir de Markenfield, dans le comté d'York, construit au xiv« siècle (Turner).
les maîtres de maison prenaient soin de faire apporter « vin et épices » pour réconforter leurs invités.
Occupations des nobles. — Les nobles trouvaient encore d'autres distractions dans le jeu; Jean de Venette les blâme, au milieu du xiv* siècle, de donner leurs journées au jeu de paume et leurs nuits au jeu de dés. Le sévère Charles Y voulut proscrire tous les jeux qui ne préparaient
pas à Texercice des armes. D'autres, comme les écuyers de Charles le Téméraire , « lisaient romans et nouvelles ou devisaient d'armes ou d'amour; » c'était aussi un des passe -temps favoris des jeunes nobles que Gaston Phœbus nourrissait en si grand nombre auprès de lui; conversations bien naturelles aune époque où les femmes avaient pris une si grande place dans la société. C'était beaucoup pour mériter leurs
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Scènes de la vie des grands seigneurs au XI V© et au XVe siècle.
Conversation dans un jardin, d'après un manuscrit «lu xv siècle conservé à la Bibliothèque de l'Arsenal, à Paris (Louandrc).
Un homme sauvage,
déguisement fréquent au XV" siècle : d'après le manuscrit français n" iCii'i de la Bibliothèque nationale.
suffrages que la plupart des nobles se ruinaient en vêtements et en fêtes.
Le seigneur, invité à devenir le tenant d'un tournoi, disvait, conformément à l'usage , répondre au roi d'armes qui lui portait le défi, qu'il acceptait cette invitation au combat « pour faire aux dames plaisir et ébaltement ». ^
Il serait injuste de ne pas reconnaître que les grands seigneurs du xiv*" et du xv" siècle consacrèrent une notable partie de leurs revenus et de leur temps à des occupations d'un ordre plus élevé. Ils aimèrent passionnément les lettres et surtout les arts; et ce ne furent point seulement les princes les plus puissants ou les plus riclies, comme Jean de Berry, Louis d'Orléans ou le duc
Album historique. — II.
Philippe le Bon, duc de Bourgogne et Charles le Téméraire enfant, recevant la dédicace d'un livre, d'après une miniature des chroniques de Hailinnt. manuscrit «-onservé à la Bibliothèque de Bruxelles.
Joueurs d'échecs au XV« siècle, d'après une miniature d'uu manuscrit de la tin du x\' siècle (Lacroix).
Un fou de cour au XV' siècle , d'après un manuscrit de la Bibliothèque nationale (Lacroix).
de Bourgogne qui se placèrent au rang des protecteurs les plus empressés et les plus éclairés de l'art et des lettres; mais de moindres seigneurs , comme sir Geoffroy Loutrell , en Angleterre, au XIV* siècle, ou le sire de laGruthuyse, en Flandre, au XV" siècle, firent composer et enluminer d'admirables manuscrits, devenus aujourd'hui les joyaux des grandes bibliothèques de Londres ou de Paris.
Les tournois. — Enfin, la chasse et les tournois doivent être placés au nombre des occupations favorites des nobles au xv* siècle. Le plus enragé chasseur de ce temps fut peut-être Gaston Phœbus, qui, passionné pour son art, nous a laissé dans un traité, le Livre de la Chasse^ l'énumération des chasses en
Bals et festins.
Le bal des Ardents. Cette curieuse miniature, empruntée au manuscrit français do la Bibliothèque nationale, n» 2 646 (Chroniques do Froissart) représente le fameux bal de la cour de Charles VI, où le roi faillit périr. Los personnajres de cette miniature exécutée à la fin du x\' siôcle sont vêtus de costumes de cette époque.
Un repas au XV' siècle, d'après une miniature du Renaud do Montauban, conservé à la Bibliothèque de l'Arsenal, à Paris (Lacroix).
usage parmi ses contemporains. Quant aux tournois, il faut en lire la description, dans le curieux traité que le roi René d'Anjou leur a consacré à la lin du xv" siècle, pour voir combien ces parades militaires différèrent des exercices violents et dangereux qui portaient le même nom au xii" et au xiii' siècle. D'abord l'organisation d'un tournoi, divertissement fort onéreux, est devenue l'affaire des plus puissants seigneurs. Puis il y a tout un ensemble de règles minutieuses auxquelles il faut se conformer et dont les rois d'armes et les hérauts sont les dépositaires. Celui qui veut faire un tournoi en envoie d'abord la proposition à quelque autre seigneur
Un bal au XV" siècle, d'après une miniature d'un manuscrit conservé à la lîibliothèque do l'Arsenal, à Paris (Lacroix).
Une fête dans un bail anglais à la fin du XV° siècle, d'après un manusctit de la Bibliothèque Bodleienne i Oxford (Turner).
de même rang que lui ; si celui-ci accepte, il choisit les quatre juges diseurs. Ensuite a lieu le cri du tournoi. L'assistant du roi d'armes ou poursuivant fait savoir partout où les juges diseurs ont jugé convenable de proclamer le tournoi « qu'en tel jour de tel mois, en tel lieu de telle place, sera un grandissime pas d'armes et très noble tournoi frappé de masses de mesure et épées rabattues, en harnais propres pour ce faire, en timbre, cottes d'armes et houssures de chevaux armoyés des nobles tournoyeurs, ainsi que de toute ancienneté est de coutume ». Les seigneurs se rendent au lieu désigné, accompagnés « de la plus grant quantité de
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Les tournois au XV© siècle.
Le cri du tournoi. — Le roi d'armes, ayant sur rt'paule le drap d'or, insigne de sa fonction, et portant en outre un parchemin sur lequel sont figurés les deux chefs du tournoi avec les quatre écussons des juges, annonce publiquement le tournoi ; les poursuivants qui l'accompagnent donnent à ceux qui veulent en prendre des écussons dos juges: et ceux qui les ont reçus s'engagent par là même à prendre part au tournoi.
L'entrée des Juges du tournoi dans la ville où doit avoir lieu la joute; d'après une miniature du Livre des Tournois. Les juges précédés de trompettes, de poursuivants et du roi d'armes, tiennent en main chacun « une verge blanche qu'ils doivent porter à pied et à cheval partout où ils seront durant la fête, afin que mieux on les connaisse être juges diseurs ».
Les tournois au XV© siècle.
L'exposition des heaumes avant le jour du tournoi, d'après une miniature du Livre des Tournois. Les dames, sous la conduite des juges, font le tour des galeries; on leur indique le nom des chevaliers possesseurs des heaumes; et si l'un d'eux a médit d'une dame, celle-ci fait connaître le coupable au juge. « Et doit être si bien battu le médisant, que ses épaules s'en sentent très bien » et qu'il profite de la leçon.
chevaliers et écuyers tournoyants qu'ils peuvent trouver ». Les juges à leur tour font leur entrée dans la ville. Dès le soir de leur venue, ils réunissent dans une grande salle après souper tous les tournoyeurs et les dames; invitation est criée aux seigneurs par le roi d'armes et ses poursuivants de faire apporter leurs heaumes en l'hôtel des Juges ; et la soirée se termine par des danses. Le lendemain a lieu l'exposition des heaumes ; la répartition en est faite après une enquête auprès des dames qui fait connaître si l'un des tournoyeurs n'a pas manqué à quelque devoir de chevalerie ; le soir, nouvelles danses pendant lesquelles les rois d'armes invitent les seigneurs à venir le jour suivant « sans armure, habillés le mieux et le plus joliment qu'ils pourront » avec leur escorte, pour prêter serment de ne point contrevenir aux lois du tournoi. La troisième journée est consacrée à cette cérémonie qui est l'occasion d'un brillant défilé. Enfin le quatirème jour a lieu le tournoi; il dure autant qu'il plaît aux juges ; quand ceux-ci estiment qu'il y a eu un nombre suffisant
de combats singuliers ou de luttes en groupe , ils font sonner les trompettes; on ouvre les lices, et les combattants reviennent « en leurs auberges ». Les prix sont distribués à la réunion du soir; puis le roi d'armes fait crier les joules et les prix pour le lendemain.
La cour de Bourgogne. — On ne saurait jeter un coup d'oeil même rapide sur la vie des grands au xiv" et au xv* siècle, sans s'arrêter un moment au spectacle que présente celle des cours féodales où s'est réalisé le mieux l'idéal des nobles à cette époque. De l'aveu de tous leurs contemporains, les ducs de Bourgogne, sous les règnes de Charles VII et de Louis XL dépassèrent tous les autres seigneurs, même les rois, en luxe et magnificence. Un peuple de seigneurs et de domestiques vit autour d'eux, « et combien que le duc de Bourgogne soit prince et seigneur des plus belles villes du monde, dit Olivier de la Marche, toutefois est son état si grand que l'on trouve peu de villes, là où ils puissent tous loger, et faut souvent adjonction de villes et villages. » Une étiquette déjà compliquée règne dans cette
LES NOBLES EN FRANCE ET EN ANGLETERRE
Les tournois au XVe siècle.
Prélude du tournoi. Les seigneurs, ranj^jés dans les barrières ou lices, sont partagés en deux groupes qui se font face; derrière eus sont leurs écuyers tenant leurs bannières. Sur les balustrades, on voit assi.s quatre hommes, munis chacun d'une « grande hache de charpentier». Au signal donné par les juges, ils couperont la corde et les tournoyeurs s'élanceront les uns contre les autres. Au fond de la scène trois tribunes; dans celle du milieu se tiennent les juges diseurs et le roi d'armes.
cour ; le même chroniqueur emploie de longues pages ;i détailler par le menu les usages suivis à la table du maître par chacun des chefs des grands services de son hôtel, panelier, échanson, écuyer tranchant, etc.
Les fêtes à la cour de Bourgogne. — La renommée de la cour de Bourgogne fut due surtout aux somptueuses fêtes qu'on y donnait. Parmi ces solennités, il en est qui sont particulièrement célèbres, comme celle où Philippe le Bon et sa cour firent vœu, en 1453, d'aller reprendre Constantinople aux Turcs. Cependant, on se contentera de retracer ici une cérémonie qui fut moins stupéfiante que celte fêle extraordinaire, mais qui présente quelques-uns des divertissements les plus fréquents à la cour de Bourgogne, un cortège, un festin et un pas d'armes. C'est le mariage de Charles le Téméraire avec Marguerite d'York, célébré à Bruges en 1474.
Le cortège au mariage de Charles le Téméraire. — Il y eut d'abord une réception solennelle
de l'épousée. Un cortège magnifique se forma: en tête venaient les gens d'église et les collèges ; le bailli de Bruges ; les gentilshommes de l'hôtel des princes et des seigneurs assistant à la fêle ; puis, deux à deux, les gentilshommes de l'hôtel du duc, « vêtus de robes et parure, pour laquelle il coûta plus de 40000 francs; et certes il faisait beau voir marcher en ordonnance les chevaliers et gentilshommes vêtus de cette parure. » Des musiciens, les officiers d'armes de divers pays, six archers de la couronne du roi d'Angleterre précédaient « Madame en sa litière » ; autour d'elle, marchaient les chevaliers de la Toison d'or, « richement vêtus et parés, les uns de drap d'or, les autres d'orfèvrerie moult richement ». Deux capitaines et vingt archers « tenaient la place large » autour de la princesse pour garder la litière de la presse. La « compagnie des dames » suivait l'épousée, les unes à cheval, les autres dans cinq chariots couverts de drap d'or ». Derrière les dames venaient les ambassadeurs « tant prélats
Les tournois au XVe siècle.
« Comment les tournoyeurs se vont combattant par troupeaux ». On voit au premier plan les barrières ou lices où se tiennent les valets et les hommes d'armes ; à l'intérieur des lices, les cavaliers combattant les uns contre les autres ; à l'arrière-plan, deux échafaudages réservés, l'un aux juges, l'autre aux dames; celui-ci porte lo « couvre-chef de plaisance » du chevalier d'honneur. Ce personnage, choisi par les dames, avait mission
d'intervenir pour protéger le chevalier qui, s'étant rendu coupable
de quelque infraction, était châtié
par ses compagnons d'armes. Cet
épisode marque la fin du tournoi;
les cavaliers, après une dernière
passe d'armes, retournent « en
leurs auberges ».
La remise
Trois dames, chevalier vain tournoi.
du prix au vainqueur du tournoi, conduites par les juges, remettent au queur, qui le reçoit à genoux, le prix du
Casque portant la coiffe de feutre, sur laquelle on installait le timbre.
Ces miniatures sont empruntées au Livre des Tournois, œuvre du roi René d'Anjou. Le manuscrit qui en est conservé aujourd'hui à la Bibliothèque nationale (fonds français, n° 2092), fut exécuté sur l'ordre du sire de la Gruthuyse pour être offert au roi de France Charle* VIII.
La maison d'un des juges du tournoi, ornée des bannières et des armoiries des chevaliers qui prennent part au tournoi.
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La chasse au XI Ve siècle.
Lacs ou filets « pour prendre toutes bêtes ».
La chasse au sanglier.
Ces trois miniatures sout reproduites d'après le Liere de la Chasse, composé en 1387, par Gaston Phœbus, comte de Fois. Ce manuscrit est aujourd'hui conservé à la Bibliothèque nationale (fonds français, n° 616).
Sacoche avec couteau
de chasse.
{Livre de ta Chasse.)
que chevaliers ». La
marche était fermée La chasse à courre,
par « les nations » ;
c'est ainsi qu'on appelait les corps de marchands étrangers, qui venaient trafiquer à Bruges, Vénitiens, Florentins, Espagnols et Génois. Ceux-ci, par une flatterie à la princesse, anglaise d'origine, « faisaient aller devant eux une belle fille à cheval, représentant la pucelle, fille du roi que Saint-Georges garantit du dragon : et Saint- Georges venait après, armé de toutes armes ». Décoration de l'hôtel du duc. — L'épousée fut reçue à l'entrée de l'hùtel du duc par la mère du prince. A droite et à gauche de l'entrée, on avait placé deux mannequins; l'un figurait « un Grec tirant de l'arc et par le bout de son trait, saillait vin de Beaune, tant comme la fête dura » ; l'autre était un Allemand, tirant d'une sorte de couleu-
Arbalète de chasse ave
son carreau.
(Livre de la Chasse.)
vrine, de l'extrémité
de laquelle saillait
« vin du Bhin ».
Les vins tombaient « en deux grands bacs de
pierre, où tout le monde en pouvait prendre à
son plaisir ». Dans la cour était un pélican, qui
se frappait la poitrine de son bec, et « en lieu
du sang qui en devait partir, en saillait hypocras,
qui tombait en une manne d'osier si subtilement
-faite que rien ne s'en perdait » .
Le festin. — Le festin fut servi dans une grande salle en charpente, construite à cet effet, ornée de tapisserie, éclairée de candélabres de bois attachés au sommet de la salle, et de deux autres chandeliers placés aux deux bouts et faits « en forme de châteaux sur des montagnes ». Trois tables étaient dressées ; elles enfermaient entre elles un bufl"et en losange, entouré de barrières
La chasse au XlVe siècle.
Le rendez- vous de chasse ; i)lu> oui s t;ililo3 ont été disposées pour les seigneurs et leurs valets; au premier plan, la meute se désaltère dans l'eau d'une fontaine où l'on fait rafraîchir le vin. Cette miniature, comme la suivante, est empruntée au Livre de la Cluisse de Gaston l'hœbus.
La curëe les chu i ^ en [)iLsene( 4i s cntiaillts du ccit
attendent l'instant où le .,;ui- ayant fait sentir la tète fraicliemeut
coupée de l'animal, ils seront lâches sur leur proio.
^9 tit t»^i^|pp
Trident pour prendre la loutre. {Livre de la Chasse.)
Lance de chasse. {Livre de la Chasse.)
Masse de tournoi, d'après le Livre des Tournois.
Cor de chasse avec
sa courroie.
{Livre de la Chasse.)
Ëpieu de chasse. {Livre de la Chasse.)
Épèe de tournoi, d'après le Livre des Tournois.
et décoré de la vaisselle d'or du prince. Le service fut fait à toutes les tables en vaisselle d'argent.
Le pas d'armes. — Il n'y eut point d'entremets, probablement pour ne pas allonger la durée du repas; mais il fut suivi d'un pas d'armes, qui eut lieu sur la grande place du maicbé, convertie en champ clos. Aux extrémités de la place, on avait établi deux portes fortifiées: et sur un des côtés, un « moult beau pin tout doré excepté les feuilles ». Auprès de cet arbre, sur un perron se tenait un géant captif retenu pur un nain avec un héraut revêtu pour la circonstance du nom d'Arbre d'or. La fable était très simple : un chevalier, l'organisateur du pas d'armes (c'était le bâtard de Bourgogne) s'oppose aux tentatives faites par d'autres chevaliers pour délivrer Arbre-
d'Or et ses compagnons. L'un des tenants, M. de Ravestain, se présenta à l'une des portes, accompagné d'un nombeux cortège ; on la lui ouvrit, et alors l'un de ses compagnons monté sur une petite mule « à manière d'homme de conseil » fit connaître aux dames le désir de son maître de prendre part à la joute. M. de Ravestain fut aussitôt accepté ; il alla se revêtir de ses armes. Sitôt qu'il fût de retour, on fit avancer par l'autre porte « un grand pavillon jaune tout semé d'arbres d'or de bordure » ; le chevalier de l'Arbre d'or en sortit, tout armé pour le combat. Les deux chevaliers coururent l'un conti'e l'autre pendant une demi-heure, et le chevalier de l'Arbre, ayant rompu plus de lances que son partenaire, c( gagna la vei'ge d'or, ainsi qu'il était convenu es articles du pas. »
Une ville au XTV' siècle, d'après une miniature du psautier de Geoffroy Loutrell, composé au milieu du xiv« siècle, représentant Constantinople
sous l'aspect d'une ville d'Occident (Yctusta Monumenta).
Gens de métier (maçons) au XIV' siècle,
d'après une miniature du manuscrit français n° y 106 de la Bibliothèque nationale renfermant la traduction de la Politique d'Arislote, par Nicolas Oresme.