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la plus eu iM eu se était celle où le roi était élu. Dans la plaine de Wola, auprès de Varsovie, se rendaient parfois 1 :^0 ou 130 œO gentilshommes « qui demeuraient sous leurs tentes en attendant rélecticm».

On commençait par élever un bâtiment de bois, le Szopa, entouré d'un rempart et d'un fossé; là se réunissaient avec le primat, principal personnage du royaume pendant l'interrègne, les sénateurs et les ministres de la République. Ouand les discussions préliminaires avaient pris lin, parfois après plusieurs semaines, les nobles montaient à cheval, s'approchaient du Szopa, et se rangeaient à l'entour sous leurs bannières. On chantait l'hymne Veni Crealor; puis, le primat passait à cheval devant chaque groupe et proposait à haute voix les noms des candidats. « Alors la scène devient infailliblement tumultueuse, lit-on dans un mémoire anonyme écrit au milieu du xvui*' siècle sur la constitution du royaume de Pologne; on s'anime, on s'injurie, on met le sabre à la main ; les coups de pistolet se font enlendre et il y a quelquefois du sang

LES ÉTATS SCANDINAVES, LA POLOGNE, LA RUSSIE ET LA TURQUIE AU XViU' SIÈCLE 4l

Le Palais royal, à Varsuvio; d'après uno gravuro en laillu-douce anonyme. Les originaux de ces deux gravures sont conservés au Cabinet des estampes de la Bibliolbëquo nationale.

répandu. » Quand Faccord était à peu près fait, le primat nommait roi celui des candidats qui avait été le plus acclamé. « L'assemblée se met à genoux dans la campagne et le primai chante le Te Deum auquel succèdent les salves d'artillerie et de mousqueterie, le bruit des timbales et des trompettes et mille cris d'allégresse, w Ou détruisait ensuite le Szopa ; on comblait le fossé, et un second Te Deum était chanté dans la cathédrale de Varsovie.

Misère du pays. — En aucun autre pays d'Europe plus qu'en Pologne, on ne retn)uvait un aussi saisissant contraste entre la richesse des nobles, la médiocre fortune des habitants des villes et la misère des paysans. Les villes étaient petites ; la capitale, Varsovie, était « si horriblement pavée » qu'il était impossible d'y mener les chevaux au grand trot ; ses rues étaient sales, point éclairées, « bordées en quelques endroits d'assez beaux hôtels, mais souvent

AUîlM llISTOUIQUi:. — IV.

de maisons, ou plutôt de cahutes épouvantables ». Les paysans, vêtus de peaux de mouton non apprêtées, vivaient dans des maisons en bois basses et couvertes de chaume, à peine éclairées par des fenêtres d'un ou deux pieds carrés. « Les villages et hameaux, écrit en 1799 Tabbé Georgel, sont peuplés d'une grande quantité de porcs qui y rôdent en liberté ou qui se vaulrent dans la boue. » Un voyage en Pologne était une véritable expédition; il fallait emporter avec soi lit, vaisselle et provisions, s'attendre à verser plusieurs fois par jour, et se préparer à passer la nuit dans de mauvaises auberges ou une cloison séparait seulement de Técuric l'unique chambre où les voyageurs étaient entassés pêle-mêle.

La cour de Russie ; Catherine IL — « La cour de Russie passe dans toute l'Europe pour extrêmement brillante ; nous ne croyons pas qu'elle mérite cette célébrité », écrivent deux

La Russie.

Coaronnement do limporalrico Anne en 1<3U; d ajii r-s une niuvurc ou t.tillc-duuco auuuva^^ conservée au Cabinet des estampes de la Bibliothèque nationale.

Monnaie d'argent d'Elisabeth (i74i-1762) d'une valeur do 10 kopecks.

Monnaie d'argent d'Auuo (1730-1741).

Kopeck en cuivre d'Elisabeth I (1741-1762).

Ces monnaies sont conservées au Cabinet des Médailles, à Paris.

voyageurs français qui parcoururent la Russie en 1792. Celle Iransforraalion élait due à Catherine II, qui, n'ayant pas beaucoup plus de goût que Frédéric II pour la représenlation, avait de bonne heure renoncé au faste encore barbare d'Anne

Monnaie de cuivre d'Elisabeth (1703-1796) d'une valeur de î> kopecks.

Monnaie d'or do Catherine H (I76M796).

Impératrice; Elisabeth Pelrovna (1741-1762) gravure en laillc-douro de Schniidl (1712-1775), d'après lo portrait peint par L. Tocquc qui vécut de 1695 à 1772 (Schiemann).

Monnaie de cuivre de Calhorine H (1702-1796).

Ces monnaies sont conservées au Cabinet des Médailles, à Paris.

et d'Elisabeth. Levée à six heures, Catherine, après quelques soins de toilette, consacrait sa matinée au travail, dînait à une heure avec une dizaine de convives auxquels elle faisait manger une chère médiocre, car son plat favori élait du

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La Russie : Saint-Pétersbourg.

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Saint-Pétersbourg en 1753; vue des bâtiments des colk^ges impériaux [necneil de plans el de vues de Saint-Pétersbourg).

Saint-Pétersbourg en n.)3: vue du palais d'Été [/tecueil de pians et de vues de Saint-Pétersbourg).

bœuf bouilli avec des concombres salées, donnait ensuite une heure à la broderie ou à la lecture, travaillait de nouveau avec ses ministres jusqu'à quatre heures, se reposait jusqu'à six, visitant les collections de tout genre qu'elle avait rassemblées dans son palais de l'Ermitage, puis à partir de six heures recevait la cour et se couchait à dix heures. Elle se plaisait de préférence à Tzarskoié-Sélo, d'où elle avait banni toute étiquette ; il était rare qu'elle sortît de ses palais. « La tragédie lui déplaît, écrit en 1773 l'envoyé français Durand ; la comédie l'ennuie; elle n'aime pas la musique; sa table est sans la moindre recherche ; le jeu n'est pour elle qu'une contenance; elle n'aime dans les jardins que les roses ; elle n'a enfin de goût que

pour bâtir et pour régenter sa cour, car celui qu'elle a pour régner, pour figurer dans l'univers est une passion. » C'est à ce besoin d'éblouir ses contemporains qu'il faut évidemment attribuer les magnificences du voyage en Tauride, peu familières à une princesse, qui n'avait pas plus d'une trentaine de personnes autour d'elle, estimait inutile de faire éclairer l'escalier principal du château de Péterhof alors qu'elle y conviait la cour à un bal masqué, et se décidait en 1792 à faire renouveler la livrée de ses pages, ce qui n'avait pas été fait depuis trente-quatre ans. Les nobles russes. — Les nobles russes ne suivaient guère l'exemple de leur souveraine; tous les témoignages sont d'accord pour signaler le faste « asiatique » des boïards. Ils avaient

La Russie.

autour d'eux un personnel extrêmement considérable de serviteurs, qu'ils recrutaient parmi leurs serfs ; Razoumowski en avait auprès de lui trois cents, parmi lesquels on comptait deux nains qui servaient de bouffons. Ils étaient magnifiques en vêlements quïls faisaient venir de France et portaient sans trop s'inquiéter souvent d'en assortir les couleurs et les parures. Aux fêtes de la cour, leurs femmes ruisselaient de diamants.

Ils poussaient fort loin le luxe de la table, étant d'ailleurs fort grands m angeurs . Langcron prétend avoir vu Potemkine, dans un accès de lièvre il est vrai, a dévorer un jambon, une oie salée et trois ou quatre poulets, et boire du kvass, du klouwa, de l'hydromel et toutes sortes de vin. » Le comte Schérémetoff, recevant Catherine II, fail mettre sur une table disposée pour cent couverts crimmenses cristaux enrichis de pierres précieuses de toutes les couleurs et de gemmes du plus grand prix. Dans un souper, Potemkine fit circuler autour de la table des coupes de cristal remplies de

Le supplice du grand knout (Loprinoc).

diamants et invita les dames à y puiser à pleines mains. Mais, bien que les plus riches d'entre eux entretiennent des troupes de comédiens, qu'ils se piquent de former des collections d'objets d'art et de réunir de riches bibliothèques, les Européens, qui sont en rapport journalier avec eux, font peu de cas de leur culture intellectuelle.

Saint-Pétersbourg. — Le xviii® siècle vit Saint- Pétersbourg se développer. Sous Pierre le Grand et ses premiers successeurs , presque toutes les maisons étaient en bois; elles furent peu à peu remplacées par des maisons en briques, qui leur donnait l'apparence <le constructions en pierre. Catherine II continua l'œuvre de Pierre le Grand et enrichit la ville d'un grand nombre de constructions nouvelles. Les étrangers admiraient volontiers la nouvelle capitale ; les rues droites, longues, très larges, les quais de granit bordés dVdifices neufs leur plaisaient fort; mais ils s'accordent à déclarer que la ville était mai

Marchand de Kalouga. Femme ilc Kaloiifra en habit d'ël<5.

Ces deux pravurcs en taillo-donce sont extraites d'un recueil anonyme « Habillements de loutps les nations de la Jtussie » puMi»' en 177i fCahinct des estampes de In njbIiolIi<''q»ie nationale'.

revêtues d'un mastic gris

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La Russie.

Marchands de poissons vivnnts ot d'œufs d'csiurpfoons.

Paysans revenant du march<*.

Paysanne promenant ses enfants en hiver.

Ces vignettes, ainsi que colles de la pape 4i, sont reproduites d'ap^^s des gravures en taille-douce de Lepnnee (17.14-1781), artiste franeais qui vc^eut en Russie de 17;i8 h 17i;3.

pavéo, fort bououso sitôt qu'il avait plu ot trc'^s mal (^clairoo. Los nc^fçociants ot los Lourg^oois habitaionl los plus anrionnos partios do la cité: los noblos étaiont groupés autour dos palais impériaux dans le quartior do l'Amirauté. Avoc SOS prétentions d'être une ville d'aspect européen, Saint-Pétersbourg présentait encore quelques traits propres aux villes russes. Les étrangers seuls pouvaient tenir boutique dans tous les quartiers de la ville : les marchands russes devaient se grouper par catégories dans un tr^s grand bâtiment à deux rangs d'arcades on briques; il était intordit d'y avoir du fou ou do la lumière ot l'on s'y réchauffait à l'aide do gros vases d'étain pleins d'eau bouillante ot bien fermés. Les Boutiqiir^, comme on appelait ce bâtiment, étaiont le rendez-vous do la bonne

Intérieur d'une isha; à droite le poAle; aquatinte.

compagnie; los alentours on étaiont h toute heure encombrés do voitures.

Les paysans. — Les descriptions que los voyageurs do la fin du xviu® siècle nous font de la vie dos paysans russes présentent déjà la plupart dos traits auxquels nous ont accoutumés les récits do nos contemporains. C'est l'isba de bois où dans la mémo chambre sur le poôle, s'entasse on commun la famille du paysan; c'est le grossier mobilier do bois; c'est l'icono dans l'angle opposé au poêle; c'est le costume fait d'une sorte de veste ou d'une peau de mouton serrée à la taille par une ceinture oii le moujik a passé son couteau ot sa hache ; c'est pour les femmes, le jour de féto, la parure d'or, de boucles d'oreilles, de collier, etc.; mais quelques traits ont disparu do nos jours; la femme du

La Turquie.

Repas. — Celto gravure est empruntde k un recueil d'aquarelles (1« Rossel, sculpteur lyonnais qui visita l'Empire turc à la fin du xviii* siècle (Cabinet des estampes do la Bibliothèque nationale).

moujik a cessé de se couvrir le visage de plusieurs couches de blanc et de rouge et ne se noircit plus les dents. Pour Véclairage, le pétrole a remplacé les fiches de bois plantées sur des tiges de fer, qu'on allumait pour éclairer rintérieur de risba. Mais, hélas!

le penchant à Tivrogneric n'a pas

encore disparu et tout au plus pourrait-on trouvé aujourd'hui poussé trop au noir le tableau que traçaient à la fin du xvui» siècle deux voyageurs français des ravages exercés par le goi1t de Teaude-vie parmi le peuple russe. « L'eau-de-vie est la passion dominante du paysan; dès qu'il a de l'argent, il s'enivre..., les innombrables fêtes du calendrier sont autant de jours consacrés à la crapule ; or, comme le lendemain se ressent toujours de la débauche de la veille, on peut assurer que le Russe est ivre plus de la moitié de Tannée. » Constantinople. — Dans le courant du xyui^ siècle, la Turquie semble s'être peu modifiée. A Constantinople, un sultan, Osman, avait bien essayé d'améliorer l'état de la voirie; mais il dût s'arrêter dans cette tentative devant Toppo-

Femmes pleurant sur la tombe do leurs parents (Recueil de Rosset).

Intérieur du s(?rail en 1720; miniature turque extraite d'un recueil de costumes turcs exécute au début du xviii* siècle et conservé au Cnbinet des estampes de la Bibliothèque nationale.

sition des propriétaires qui ne consentirent point h laisser percer des rues nouvelles à travers les terrains qui leur appartenaient. Constantinople resta ainsi la ville la plus séduisante vue de l'extérieur, la plus malpropre à l'intérieur. Les rues bordées de maisons en bois étaient « assez étroites pour que la saillie des toits laissât à peine un passage à la lumière »; elles étaient pavées de méchants cailloux, jamais nettoyées et peu éclairées; de temps à autre de terribles incendies assainissaient un peu la ville. Dans les bazars et les cafés venaient flâner les riches musulmans. « La manière d'être un Turc assez aisé pour n'avoir rien à faire, écrit le baron de Tott dans ses mémoires, est de sortir journellement de chez lui pour aller s'asseoir de préférence dans une boutique de marchand de tabac k fumer. Là, sous le prétexte d'essayer quelque nouvelle qualité de tabac, il fume plusieurs pipes sans rien payer et jouit encore par-dessus le marché du coup d'œil des passants, qui de leur côté admirent

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La Turquie.

Monnaie d'or d'Ahmed III r

(1703-1127), conservée au Cabinet des Médailles.

Monnaie d'ar- . pont d'Ahmed III !J (1703-17^7), con- '' servée au Cabinet des Médailles.

Bibliothèque pabli<iae d'AbduI-Hamid I (177i-i777), d'après une gravure sur acier de Née datée do 1787 {Tableau de F Empire ottoman).

Femmes de Smvrno faisant le pain (Uecucil de Kosscl).

l'insolente gravité du Turc et le respect de deux ou trois valets qui se tiennent debout à

Bazar d'Antioche (Uecucil de Uossct).

ses côtés les mains croisées sur leur ceinture. » Les sultans. — Les sultans se montraient

La Turquie.

Maison de campagne (Recueil do Hossci}.

Fontaine (Uecuell de Kossel).

Entrée de l'acropole d'Athènes; d'après une aqualinlo de Sandby (172d-I80:j).

rarement h leurs sujets ; mais quand ils sortaient du sérail , ils étalaient un luxe qui stupéfiait les Européens appelés à jouir de ce spectacle. Le baron de Tott nous a laissé une minutieuse description de a procession qui conduisit solennellement le sultan Mustapha à la mosquée d'Eyoub, où avait lieu le couronnement des princes ottomans; c'est un éblouissement d'armes de luxe, d'étoiles précieuses, de housses enrichies de broderie, de panaches, d'aigrettes de plumes d'autruche. Quelques détails bizarres frappent dans ce récit :

devant le chef des janissaires marche un des officiers supérieurs, sorte d'intendant, ayant sur le corps « une longue ceinture à gros crochets et à charnières qui soutient

Cour intérieure de la maison du pacha de Damas (Rossel).

deux énormes couteaux dont les manches couvrent presque entièrement le visage derofficier,tandis que des cuillers, des tasses et d'autres ustensiles d'argent suspendus à des chaînes du môme métal lui laissent à peine l'usage de ses pieds. »

Le grand seigneur est précédé de deux cavaliers portant les turbans du prince devant lesquels s'inclinent respectueusement les janissaires qui forment la haie ; enfin , précédant le sultan paraissent des soldats d'élite, armés d'arcs et de flèches, ayant sur la tête un riche casque surmonté d'un panache en éventail « dont les extrémités en se réunissant forment deux haies au milieu desquelles le grand seigneur s'avance seul à cheval ».

Marche à Baiilani (Indes néerlandaises) au xvi« siècle.

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