LA FAUVETTE DU CALVAIRE
Lorsque par ses douleurs le blond fils de Marie, Mourant, réjouissait Sion et Samarie,
Hérode, Pilate et l'enfer; Son agonie émut d'une pitié profonde Les anges dans le ciel, les femmes en ce monde
Et les petits oiseaux dans l'air.
Et sur le Golgotha, noir d'un peuple infidèle,
Quand les vautours, à grand bruit d'aile.
Flairant la mort, volaient en rond; Sortant d'un bois en fleur, au pied de la colline,
Une fauvette pèlerine Pour consoler Jésus se posa sur son front. Oubliant pour la croix son doux nid sur la branche, Elle chantait, pleurait et piétinait en vain. Et de son bec pieux mordait l'épine blanche.
Vermeille, hélas! du sang divin;
Et l'ironique diadème Pesait plus douloureux, au front du moribond, Et Jésus, souriant d'un sourire suprême,
Dit à la fauvette: "A quoi bon?
A quoi bon te rougir aux blessures divines? Aux clous du saint gibet à quoi bon t'écorcher? 11 est, petit oiseau, des maux et des épines Que du front et du cœur on ne peut arracher!
La tempête qui m'environne
Jette au vent ta plume et ta voix, Et ton stérile effort, au poids de ma couronne. Sans même l'effeuiller ajoute un nouveau poids. >
m&=^^ ALFRED DE MUSSET .5^^=^^
La fauvette comprit, et déployant son aile, Au perchoir épineux déchirée à moitié, Dans son nid que berçait la branche maternelle, Courut ensevelir ses chants et sa pitié.
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