STANCES
Sans doute il est trop tard pour parler encor d'elle; Depuis qu'elle n'est plus quinze jours sont passés, Et dans ce pays-ci, quinze jours, je le sais. Font d'une mort récente une vieille nouvelle. De quelque nom d'ailleurs que le regret s'appelle, L'homme, par tous pays, en a bien vite assez.
O Maria-Félicia! le peintre et le poëte Laissent, en expirant, d'immortels héritiers; Jamais l'affreuse nuit ne les prend tout entiers. A défaut d'action, leur grande âme inquiète De la mort et du temps entreprend la conquête; Et, frappés dans la lutte, ils tombent en guerriers.
Celui-là sur l'airain a gravé sa pensée. Dans un rhythme doré l'autre l'a cadencée; Du moment qu'on l'écoute, on lui devient ami. Sur sa toile, en mourant, Raphaël l'a laissée; Et, pour que le néant ne touche point à lui. C'est assez d'un enfant sur sa mère endormi.
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Comme dans une lampe une flamme fidèle,
Au fond du Parthénon le marbre inhabité
Garde de Phidias la mémoire éternelle,
Et la jeune Vénus, fille de Praxitèle,
Sourit encor, debout dans sa divinité,
Aux siècles impuissants qu'a vaincus sa beauté.
Recevant d'âge en âge une nouvelle vie, Ainsi s'en vont à Dieu les gloires d'autrefois; Ainsi le vaste écho de la voix du génie Devient du genre humain l'universelle voix . . . Et de toi, morte hier, de toi, pauvre Marie, Au fond d'une chapelle il nous reste une croix!
Une croix! et l'oubli, la nuit et le silence. Écoutez! c'est le vent, c'est l'Océan immense; C'est un pêcheur qui chante au bord du grand chemin. Et de tant de beauté, de gloire et d'espérance, De tant d'accords si doux d'un instrument divin, Pas un faible soupir, pas un écho lointain!
N'était-ce pas hier qu'enivrée et bénie Tu traînais à ton char un peuple transporté. Et que Londre et Madrid, la France et l'Italie, Apportaient à tes pieds cet or tant convoité. Cet or deux fois sacré, qui payait ton génie. Et qu'à tes pieds souvent laissa ta charité ?
Qu'as tu fait pour mourir, ô noble créature, Belle image de Dieu, qui donnais en chemin Au riche un peu de joie, au malheureux du pain? Oh! qui donc frappe ainsi dans la mère nature, Et quel faucheur aveugle, affamé de pâture. Sur les meilleurs de nous ose porter la main?
Que nous restera-t-il, si l'ombre insatiable. Dès que nous bâtissons, vient tout ensevelir? Nous qui sentons déjà le sol si variable
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Et sur tant de débris marchons vers l'avenir, Si le vent, sous nos pas, balaie ainsi le sable, De quel deuil le Seigneur veut-il donc nous vêtir?
Hélas! Marietta, tu nous restais encore. Lorsque, sur le sillon, l'oiseau chante à l'aurore, Le laboureur s'arrête, et, le front en sueur, Aspire dans l'air pur un souffle de bonheur. Ainsi nous consolait ta voix fraîche et sonore. Et tes chants dans les cieux emportaient la douleur.
Ce qu'il nous faut pleurer sur ta tombe hâtive, Ce n'est pas l'art divin, ni les savants secrets; Quelque autre étudiera cet art que tu créais ; C'est ton âme, Ninette, et ta grandeur naïve. C'est cette voix du cœur qui seule au cœur arrive. Que nul autre, après toi, ne nous rendra jamais.
Meurs donc! ta mort est douce, et ta tâche est remplie. Ce que l'homme ici-bas appelle le génie. C'est le besoin d'aimer; hors de là tout est vain. Et, puisque tôt ou tard l'amour humain s'oublie, 11 est d'une grande âme et d'un heureux destin D'expirer comme toi pour un amour divin.
ESPOIR EN DIEU
Quand j'ai traversé la vallée.
Un oiseau chantait sur son nid.
Ses petits, sa chère couvée, Venaient de mourir dans la nuit.
Cependant il chantait l'aurore:
O ma Muse ne pleurez pas.
A qui perd tout. Dieu reste encore.
Dieu là-haut, l'espoir ici-bas.
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