‹ Album lyrique de la France moderneChapitre 217 sur 328 · LE SECRET DE MA TANTE ZÉPHIRINE · texte numérisé non relu

LE SECRET DE MA TANTE ZÉPHIRINE

Ma pauvre tante Zéphirine!

Je la vois en fermant les yeux :

Les tout petits aiment les vieux. — Puis elle était notre voisine; Je m'échappais à chaque instant

ms^^s- EDOUARD PAILLERON ^e^^^^ee

Pour aller la voir tricotant.

De sa main blanche, alerte et'fine, Ce n'était pas bien gai pourtant . . . Ma pauvre tante Zéphirine!

Je la trouvais au coin du feu, Dans ces vieux meubles de l'Empire Oîi l'âme d'un passé respire.

Tricotant toujours, parlant peu ; Mais les sphynx dorés sous les gazes, Les lyres d'albâtre, les vases Et les tiroirs qui sentaient bon, Tout me jetait dans des extases . . . Et peut-être aussi le bonbon.

Vêtue en mère-grand, coiffée

D'un éternel bonnet de nuit.

Pâle, sombre, marchant sans bruit,

Pour moi c'était comme une fée.

Personne ne la venait voir;

Elle ne sortait de son ombre

Qu'une fois l'an, mais toute en noir,

Et ne revenait que le soir.

Encore plus pâle, encore plus sombre.

Et quand je demandais pourquoi?

— N'étant pas d'âge où l'on devine — Ma mère, répondait: .Tais-toi!

C'est le secret de Zéphirine. »

Je m'asseyais à ses genoux, Lisant un livre où l'on s'applique, Sentant sur moi le poids si doux De son regard mélancolique; Elle abandonnait son tricot.

Et restait là sans dire un mot, Sans bouger, comme inanimée.

Sans m'embrasser même, et pourtant

^^.^^ EDOUARD PAILLERON ,â^r^ee

Pourquoi-donc, moi, l'aimais-je tant Et m'en sentais-je tant aimée.

Parfois, je baillais ... un peu fort,

Quand j'étais lasse de me taire.

Elle comprenant mon effort,

Ouvrait la commode au mystère

Cette commode d'acajou

Dont les tiroirs sentaient les roses,

Elle en tirait un vieux joujou

Du milieu de beaucoup de choses

En me disant: - Prends-en bien soin

Et j'allais jouer dans un coin

Avec ce vieil objet à franges.

Usé, terni, sans forme et laid

Mais magnifique, il me semblait . . ,

Les enfants ont des goûts étranges.

D'autres jours, dont je me souviens Quand j'entrais, elle disait: « Viens!

(Sa figure était singulière) « Viens nous amuser si tu veux. »

Puis elle arrangeait mes cheveux.

Et m'habillait à sa manière D'anciens chiffons tirés aussi De l'inépuisable commode; Et lorsque j'étais faite ainsi.

Les bras nus à la vieille mode, Elle disait: « Dis-moi: maman »

Et me suivait obstinément De cet oeil sec, rouge et qui brille.

Des gens qui pleurent en dedans Et murmurait entre ses dents:

« Ma fille! ma fille! ma fille! »

Mais quand je demandais pourquoi?

— N'étant pas d'âge ou l'on devine — Ma mère répondait: « Tais-toi!

C'est le secret de Zéphirine. >

ms^^^ Mme E. ADAM ,âd5è=t£as

Jours qui ne devraient pas finir!

A quel prix le bonheur s'achète!

Que de pleurs pour un souvenir,

Fleur d'adieu que le temps nous jette!

Un matin ma mère me prit,

Entra chez elle, ouvrit sa porte . . .

Ma tante dormait sur son lit,

Et l'on me dit qu'elle était morte!

Moi, je pleurais, mais sans penser

Que la m.ort était si cruelle ;

Et comme alors pour l'embrasser,

Ma mère me penchait sur elle,

Je vis à son cou le portrait

D'une enfant qui me ressemblait . . .

Je suis à l'âge où l'on devine

Maintenant je sais son secret . . .

Ma pauvre tante Zéphirine !

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