MON HABIT
Sois-moi fidèle, ô pauvre habit que j'aime!
Ensemble nous devenons vieux.
Depuis dix ans je te brosse moi-même,
Et Socrate n'eût pas fait mieux.
Quand le sort à ta mince étoffe
Livrerait de nouveaux combats, Imite-moi, résiste en philosophe.
Mon vieil ami, ne nous séparons pas.
Je me souviens, car j'ai bonne mémoire.
Du premier jour où je te mis; C'était ma fête, et, pour comble de gloire,
Tu fus chanté par mes amis.
Ton indigence qui m'honore
Ne m'a point banni de leurs bras:
Tous ils sont prêts à nous fêter encore; Mon vieil ami, ne nous séparons pas.
T'ai-je imprégné des flots de musc et d'ambre
Qu'un fat exhale en se mirant?
M'a-t-on jamais vu dans une antichambre
T'exposer au mépris d'un grand?
Pour des rubans la France entière
Fut en proie à de longs débats:
La fleur des champs brille à ta boutonnière; Mon vieil ami, ne nous séparons pas.
Jean-Pierre de Béranger
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Ne crains plus tant ces jours de courses vaines,
Où notre destin fut pareil ; Ces jours mêlés de plaisirs et de peines,
Mêlés de pluie et de soleil.
Je dois bientôt, il me le semble,
Mettre pour jamais habit bas ; Attends un peu; nous finirons ensemble:
Mon vieil ami, ne nous séparons pas.