‹ Album lyrique de la France moderneChapitre 26 sur 328 · MON HABIT · texte numérisé non relu

MON HABIT

Sois-moi fidèle, ô pauvre habit que j'aime!

Ensemble nous devenons vieux.

Depuis dix ans je te brosse moi-même,

Et Socrate n'eût pas fait mieux.

Quand le sort à ta mince étoffe

Livrerait de nouveaux combats, Imite-moi, résiste en philosophe.

Mon vieil ami, ne nous séparons pas.

Je me souviens, car j'ai bonne mémoire.

Du premier jour où je te mis; C'était ma fête, et, pour comble de gloire,

Tu fus chanté par mes amis.

Ton indigence qui m'honore

Ne m'a point banni de leurs bras:

Tous ils sont prêts à nous fêter encore; Mon vieil ami, ne nous séparons pas.

T'ai-je imprégné des flots de musc et d'ambre

Qu'un fat exhale en se mirant?

M'a-t-on jamais vu dans une antichambre

T'exposer au mépris d'un grand?

Pour des rubans la France entière

Fut en proie à de longs débats:

La fleur des champs brille à ta boutonnière; Mon vieil ami, ne nous séparons pas.

Jean-Pierre de Béranger

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Ne crains plus tant ces jours de courses vaines,

Où notre destin fut pareil ; Ces jours mêlés de plaisirs et de peines,

Mêlés de pluie et de soleil.

Je dois bientôt, il me le semble,

Mettre pour jamais habit bas ; Attends un peu; nous finirons ensemble:

Mon vieil ami, ne nous séparons pas.

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