‹ Album lyrique de la France moderneChapitre 315 sur 328 · EDMOND ROSTAND · texte numérisé non relu

EDMOND ROSTAND

BERTRANDOU, LE FIFRE

Approche, Bertrandou, le fifre, ancien berger; Du double étui de cuir tire l'un de tes fifres Souffle, et joue à ce tas de goinfres et de piffres Ces vieux airs du pays au doux rythme obsesseur. Dont chaque note est comme une petite sœur, Dans lesquels restent pris des sons de voix aimées, Ces airs dont la lenteur est celle des fumées ■Que le hameau natal exhale de ses toits Ces airs dont la musique a l'air d'être en patois! Que la flûte, aujourd'hui, guerrière qui s'afflige Le souvienne un moment, pendant que sur la tige Tes doigts semblent danser un menuet d'oiseau. Qu'avant d'être d'ébène, elle fut de roseau; Que sa chanson l'étonné et qu'elle y reconnaisse L'âme de sa rustique et paisible jeunesse! Écoutez les Gascons! ce n'est plus sous ses doigts Se fifre aigu des camps, c'est la flûte des bois! Ce n'est plus le sifflet du combat sous ses lèvres. C'est le lent galoubet de nos meneurs de chèvres! Écoutez! . . . C'est le val, la lande, la forêt Le petit pâtre brun sous son rouge béret. C'est la verte douceur des soirs sur la Dordogne, Écoutez les Gascons: C'est toute la Gascogne.

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