LE CHEMIN DE VIE
Je sens sourdre à mon front des sueurs d'agonie, Et je n'ai fait pourtant qu'un pas dans mon chemin ; Je vais en tâtonnant et je cherche une main . . . Qui voudra me guider sur la route infinie?
Les cailloux, autrefois, poussés d'un pied alerte, Et qui, dans les lilas et les fleurs d'églantiers, Ruisselaient en chantant aux pentes des sentiers, Voici qu'en les heurtant je bute et je m'arrête ! . . .
Je suis seul, et pourtant on marche quelque part. Je frôle à chaque pas de grandes fleurs qui tremblent. Comme la route est sombre au lointain; il me semble Qu'un grand soleil pourtant rayonnait au départ.
Je ne sais plus; je sens s'aggraver peu à peu L'invisible fardeau qui charge mes épaules. Atteindrai-je du moins là-bas le Vallon bleu Où je pourrais dormir près du lac, sous les saules?
Mes amis autrefois m'ont dit en souriant Qu'ils voulaient me conduire aux îles Fortunées . . . Peut-être l'atteindrai-je en marchant des années Le mirage apparu dans l'aube à l'Orient?
Je sais que pour le joindre il faut passer les mers ; Mais peut-être en allant devant moi, quelque jour Ayant erré dans l'ombre et fait un long détour, Verrai-je se dresser enfin ses Palais clairs!
Les Paradis d'espoir ne sont jamais perdus,
Et quand on a manqué pour y cingler la voile,
Après avoir souffert et marché sans étoile,
On les voit luire, un soir que l'on n'y croyait plus.
Mais j'irais moins lassé sur la route infinie Si je n'étais pas seul à faire mon chemin. Et si pour me guider je tenais une main Dont je suivrais le charme et la douceur bénie.
60^=^^ Mlle DE BLONDEL DE BEAUREGARD >B^^^m
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