VOYAGE EN GRECE
Dans la belle vallée où fut Lacédémone, Non loin de l'Eurotas, et près de ce ruisseau Qui, formant son canal de débris de colonne, Va sous le laurier-rose ensevelir son eau. Regardez ! c'est la Grèce, et toute en un tableau. Une femme est debout, de beauté ravissante. Pieds nus, et sous ses doigts un indigent fuseau, File, d'une quenouille empruntée au roseau, Du coton floconneux la neige éblouissante. Un pâtre d'Amyclée, auprès d'elle placé. Du bâton recourbé, de la courte tunique, Rappelle les bergers d'un bas-relief antique. Par un instinct charmant, et sans art adossé Contre un vase de marbre à demi renversé, Comme aux jours solennels des fêtes d'Hyacinthe, Des fleurs du glatinier sa tête encore est ceinte : Sous sa couronne, à l'ombre, il regarde surpris Trois voyageurs d'Europe, au pied d'un chêne assis. Le chemin est auprès. Sur un coursier conduite, La musulmane y passe, et de l'air du mépris Regarde; et l'Africain marche et porte à sa suite, Dans une cage d'or, sa perdrix favorite : Cependant qu'un aga, dans un riche appareil. Rapide cavalier, au front sombre et sévère, Sous un galop bruyant fait rouler la poussière. De ses armes d'argent que frappe le soleil. Parmi les oliviers scintille la lumière. Il nous lance, en passant, des regards scrutateurs. Voilà Sparte! voilà la Grèce tout entière! Un esclave, un tyran, des débris et des fleurs.
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Mme DESBORDES-VALMORE