RÊVE DE JEANNE D'ARC DANS SA PRISON
Je reconnais les fleurs que vos pas ont foulées; Compagnes du hameau, venez, c'est votre sœur. Votre sœur, libre enfin, qui de l'air des vallées
N'a point oublié la douceur!
Pendant qu'on travaillait à la moisson vermeille, Ma moisson de lauriers s'est faite ... Oh ! venez voir! Je reviens sous mon toit, comme une jeune abeille
Rentre dans sa ruche le soir.
Je verrai mes troupeaux chercher, à chaque aurore, L'onduleuse vapeur qui suit le cours des eaux. Mes mains travailleront le lin qui pend encore
A ma quenouille de roseaux. ^
85^=^^ ALEXANDRE GUIRAUD .B^^^sm
Doux vallons, où passa mon enfance inconnue, Comme une jeune fleur que l'on cache aux autans, Comme au beau lac qui réfléchit la nue
Passe une hirondelle au printemps.
De vos prés, de vos champs, une image adorée Me suivait sous l'azur flottant de mon drapeau, Et je reviens mourir où je serai pleurée;
Mes sœurs, vous aurez mon tombeau!
Gardez, oh ! gardez-moi ma place au cimetière, Un peu d'ombre, et la pierre où retrouvant mon nom, Le voyageur dira sa plus longue prière
A genoux sur le haut gazon ! . . .