‹ Album lyrique de la France moderneChapitre 63 sur 328 · MESSÉNIENNES · texte numérisé non relu

MESSÉNIENNES

LE CHIEN DU LOUVRE i)

Passant que ton front se découvre:

Là plus d'un brave est endormi.

Des fleurs pour le martyr du Louvre !

Un peu de pain pour son ami!

C'était le jour de la bataille :

Il s'élança sous la mitraille; Son chien suivit.

Ib

') Ce chien appartenait à l'un des combattants tombés dans les journées de juillet 1830, et enterrés près du Louvre.

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Le plomb tous deux vint les atteindre; Est-ce le maître qu'il faut plaindre?

Le chien survit.

Morne, vers le brave il se penche, L'appelle, et de sa tête blanche

Le caressant, Sur le corps de son frère d'armes Laisse couler ses grosses larmes

Avec son sang.

Des morts voici le char qui roule; Le chien respecté par la foule

A pris son rang, L'œil abattu, l'oreille basse, En tête du convoi qui passe

Comme un parent.

Au bord de la fosse avec peine, Blessé de Juillet, il se traîne

Tout en boitant !

Et la gloire y jette son maître.

Sans le nommer, sans le connaître ;

Ils étaient tant !

Gardien du tertre funéraire, Nul plaisir ne peut le distraire

De son ennui ; Et fuyant la main qui l'attire, Avec tristesse il semble dire:

« Ce n'est pas lui. »

Quand sur ces touffes d'immortelles Brillent d'humides étincelles,

Au point du jour. Son œil se ranime, il se dresse.

Pour que son maître le caresse

A son retour.

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Aux vents des nuits quand la couronne Sur la croix du tombeau frissonne,

Perdant l'espoir, Il veut que son maître l'entende; 11 gronde, il pleure, et lui demande

L'adieu du soir.

Si la neige avec violence.

De ses flocons couvre en silence

Le lit de mort.

Il pousse un cri lugubre et tendre.

Et s'y couche pour le défendre

Des vents du nord.

Avant de fermer la paupière, II fait pour soulever la pierre

Un vain effort; Puis il se dit comme la veille :

Il m'appellera, s'il s'éveille.

Puis il s'endort.

La nuit il rêve barricade :

Son maître est sous la fusillade

Couvert de sang.

Il l'entend qui siffle dans l'ombre.

Se lève et saute après son ombre

En gémissant.

C'est là qu'il attend d'heure en heure, Qu'il aime, qu'il souffre, qu'il pleure.

Et qu'il mourra.

Quel fut son nom? C'est un mystère:

Jamais la voix qui lui fut chère

Ne le dira.

Passant, que ton front se découvre :

Là plus d'un brave est endormi.

Des fleurs pour le martyr du Louvre!

Un peu de pain pour son ami !

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