‹ Album lyrique de la France moderneChapitre 77 sur 328 · UNE FILLE DU CIEL · texte numérisé non relu

UNE FILLE DU CIEL

Au milieu de la foule et des bruits de la terre, Hélas! elle a passé, rapide et solitaire.

Comme le ruisseau clair et pur Qui, sous les peupliers de sa rive isolée, Murmure et court, sans nom, à travers la vallée,

Se perdre au sein d'un lac d'azur.

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Belle de cette grâce où le ciel se révèle, Semant partout l'amour et l'espoir autour d'elle.

Séchant les larmes sur ses pas.

Aux yeux des malheureux elle était apparue Comme une déité favorable, accourue

Pour les secourir ici-bas.

Mais loin du sol natal pauvre fleur exilée. Transplantée en ce monde, infertile vallée,

Où tout, hélas! vient se flétrir.

Loin d'un ciel qui, jaloux de l'éclat de ses charmes. Aimait à lui verser ses rayons et ses larmes,

Comment eût-elle pu fleurir!

Bientôt des aquilons sans relâche battue.

Frêle plante, on la vit, sous leurs coups abattue,

Languir: le regret dévorant.

Comme le ver caché sous un bouton de rose, Flétrit et dessécha son visage si rose,

Et sa lèvre au souffle odorant.

Sa vie alors ne fut qu'une souffrance lente. Que le cri douloureux d'une âme impatiente,

Qui, d'une aile captive encor.

Bat ses chaînes, voyant l'aube céleste éclore. Et vers ces champs lointains qu'un jour si pur colore,

Cherche en vain à prendre l'essor.

Aussi quand du départ l'heure fut arrivée. Voyant enfin sa tâche ici-bas achevée,

La joie éclata dans ses yeux ; Pour la première fois son pâle et doux visage Rayonna d'un sourire, et ce fut le présage

De son prochain retour aux cieux.

Puis, s'armant de constance ainsi que d'une armure, Des mains de la douleur elle prit sans murmure Sa coupe, et la vida d'un trait;

^t^^^g- J. MÉRY .Ë^^=^m

Puis de son voile blanc, comme pour une fête, A l'aspect de la mort elle couvrit sa tête, Et lui dit: — Partons, tout est prêt.

Ce fut le dernier mot que murmura sa bouche; Son front appesanti retomba sur sa couche,

Ses yeux se fermèrent au jour.

Heureuse qui, longtemps avant le soir, comme elle. S'endort pour s'éveiller avec l'aube éternelle,

Au sein du céleste séjour.

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