BONAPARTE
Bonaparte! ce nom, quand la main le crayonne, Sur le grossier vélin comme un astre rayonne. Jamais nom de mortel n'eut des destins si beaux. Si la France perdait l'éclat qui la décore, Ce nom étincelant l'embraserait encore.
Comme un soleil sur des tombeaux.
Ce nom! le grenadier dans les sables humides L'incrustait en veillant auprès des Pyramides; L'Anglais le dessina sur le roc de l'exil ; Et lorsque le burin manquait aux sentinelles. Elles le ciselaient en lettres éternelles Avec la pointe du fusil.
Le sauvage le dit d'une voix ingénue,
Sur l'île où toute langue est encore inconnue,
Où l'Océan du sud murmure de doux sons;
^^S^P^ ALFRED DE VIGNY .B^k^m
Les peuples endormis sous les ombres du pôle Ont buriné ce nom sur l'immense coupole, Arrondie avec des glaçons.
Allez à Tombouctou, la ville fabuleuse, Où le Niger étend son onde nébuleuse, Prononcez de grands noms, des noms grecs et romains. Aucun ne touchera le stupide sauvage; Demandez Bonaparte à l'écho du rivage, Le rivage battra des mains.
Partout il est connu : cherchez bien sur la carte, Un seul peuple oublieux du nom de Bonaparte ; Notre globe le sait de l'un à l'autre bout. Les peuples périront ainsi que leurs histoires, Les temples, les cités, le bronze des victoires; Ce nom restera seul debout.
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