‹ Album lyrique de la France moderneChapitre 88 sur 328 · L'INFINI · texte numérisé non relu

L'INFINI

Quand, vainqueur du néant par un sacré mystère. De son vœu souverain Dieu créa notre terre, Quand il nous anima de son souffle béni, Entre son œuvre et lui pour tracer la distance, A l'esprit des mortels courbés sous sa puissance Il montra l'infini. —

L'infini ! l'infini ! mot fatal et sublime, l"'anal éblouissant, sombre nuit, noir abîme, Énigme dont le mot tourmente en vain l'esprit. Éternel désespoir de l'âme qui te sonde, Parole dont le sens brille et se voile au monde, Océan dont le flot nous inonde et tarit;

^t^^^g^ EUGÈNE BOREL ^^s=^ge

Suprême vérité que les anges adorent, Mystère ténébreux que les mortels ignorent, Mot que la langue humaine épellera toujours, Borne qu'aperçoit l'homme, et qu'il ne peut atteindre, Secret de l'Éternel qu'il faut bénir et craindre, Jour qui luira sans fin, quand finiront nos jours!

Oh ! quand cette pensée ou m'exalte ou m'écrase, Je sens mon cœur plus fort battre dans cette extase, Comme si j'agitais le voile du trépas; Et dans l'abîme obscur plus je cherche à descendre. Plus sa nuit est profonde, et moins je peux comprendre Que l'infini puisse être, ou puisse n'être pas.

Et, lassé d'espérer la clarté que j'implore, Brisé sous mon néant, je me courbe et j'adore; J'adore, Dieu puissant, ta sainte volonté ! Je m'abandonne, aveugle, ô Père ! à ta clémence. Sûr que si l'infini brille dans ta puissance. Il est aussi dans ta bonté.

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