‹ Album lyrique de la France moderneChapitre 89 sur 328 · LA NUIT · texte numérisé non relu

LA NUIT

Le bruit confus du jour meurt avec la lumière, Le calme dans nos champs descend avec le soir, La lampe rallumée éclaire la chaumière.

Et l'homme à son foyer, fatigué, vient s'asseoir.

Réveillé tout à coup, l'airain de la chapelle S'ébranle, et jette aux airs des sons attendrissants; Il trouve dans les cœurs l'écho saint qu'il appelle, Et nous courbons alors nos genoux fléchissants.

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La prière du soir donne une nuit sereine, Les rêves sont plus doux, le sommeil plus léger; On s'endort plein de foi, dans l'oubli de sa peine, Comme on dépose au seuil un fardeau passager.

Alors, tandis qu'en paix l'homme des champs sommeille, Ou qu'aux mondains la fête allume un nouveau jour, Plus d'une âme en prière et prolongeant sa veille. Rêveuse, lève au ciel ses yeux avec amour.

Oui, contempler les cieux, c'est te prier encore, Saint des Saints, Dieu suprême. Éternel, Infini ! Dans ton pur firmament souffre que l'on t'adore. Il est ton marche-pied, il est saint et béni.

Déjà, dans l'azur sombre, éclôt plus d'une étoile, Fleurs charmantes des nuits qui vont s'épanouir. Et du couchant douteux, où se replie un voile, La dernière lueur vient de s'évanouir.

Déroulant à nos yeux son auréole immense. Le ciel étincelant brille de majesté ; Et le regard perdu dans sa magnificence Oublie en l'admirant le jour et sa beauté.

Alors l'esprit humain se courbe et s'humilie, Et le mortel altier se jette à deux genoux; Alors dans notre cœur naît la mélancolie. Et des rêves d'en haut descendent jusqu'à nous.

Oh! qui de l'homme alors, qui pourra jamais rendre La suprême tristesse et les élans pieux. Les extases de l'âme adorant sans comprendre, Et les soupirs de flamme exhalés vers les cieux!

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Astres errants des nuits, qui brillez sur la terre, Mondes, qui gravitez vers un but ignoré. Blanches voiles des cieux, glissant avec mystère, Voguons-nous sur vos pas vers un port assuré?

Planant dans votre vol près du séjour des anges, Entendez-vous frémir le luth du séraphin ? A ses divins concerts mêlez-vous vos louanges? Tressaillez-vous d'amour à ce bonheur sans fin ?

Etes-vous dans l'éther la brillante poussière Que foulent les élus aux parvis du saint lieu? Et resplendissez-vous d'éternelle lumière Pour avoir vu sur vous passer l'ombre de Dieu?

Recueillez-vous là-haut notre âme qui s'envole? Retrouve-t-on vers vous ceux qu'on a vus mourir? Du Tout-Puissant alors entend-on la parole? Et notre œil pour le voir, peut-il enfin s'ouvrir?

Astres brillants et doux, lettres d'or du saint livre. Laissez notre âme lire en vos signes sacrés. Laissez tomber un mot, dont le sens nous enivre, Murmurez-nous tout bas des secrets adorés.

Mais si pour les mortels votre voix doit se taire, Parlez à notre Dieu du monde où vous brillez. Dites qu'il est un globe égaré, solitaire. Où pleurent loin du ciel ses enfants exilés.

O nuit! reviens toujours nourrir nos rêveries. Dans l'éther azuré roule tes globes d'or. Montre-nous l'Éternel dans ses œuvres chéries. Et prête à la pensée un poétique essor.

6©^=^?^ SIMÉON PÉCONTAL ^^^=^m

Que ton astre argenté, comme une lampe sainte, Brille religieux sur ta chaste beauté, Et du temple nocturne illuminant l'enceinte, Nous parle d'espérance et d'immortalité!

A l'aveugle mortel qui blasphème ou qui doute, Verse pour l'éclairer un rayon de ton feu, Comme à ces rois pasteurs, incertains de leur route, Que ton astre guida vers le berceau d'un Dieu.

SIMÉON PÉCONTAL

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