POPELINE
La populine a été découverte par Braconnot. Elle existe dans l’écorce, les feuilles et les racines du tremble, Populus tremula. On la trouve également dans le Populus aïba et le Populus grœca. Elle a été étudiée par Herberger, De Konink, Piria, Schiff, Biot et Pasteur, Phipson.
I Propriétés chimiques et physiques: La populine se présente r aiguilles^ incolores, fines et soyeuses. Elle renferme quatre équivalents d’eau de cristallisation quelle perd à ICO»; elle fond à 180” en un liquide huileux incoloi-e qui se solidifle pendant le refroidissement en une masse vitreuse. Soumise à une température supérieure à 180", elle dégage des vapeurs piquantes qui I se eoncrètent eu aiguilles; vers 220”, elle brunit sans éprouver d’altératL profonde. Elle brûle avec flamme en donnant une odeur résineuse aroma- ' tique. Soumise à la disUllation, elle se boursoufle et donne, d'après Braconnot, une huile empyreumatiquequi, par le refroidissement, cristallise et renferme de l’acide' benzoïque.
Elle possède une saveur sucrée. Elle dévie à gauche le plan de pol .risaüon I de la lumière. Elle se dissout dans 1,900 parties d’eau à 9° et dans 70 par- i i ties d’eau bouillante ; elle est plus soluble dans l’alcool bouillant; elle se dis- ! j sont à peine dans l’éther. ’ j
Avec les acides, elle forme des solutions que précipitent partiellement l’eau ‘ et en totalité les alcalis. L’acide acétique à froid dissout facilement la popu^ i I Ime. Cette substance forme avec l’oxyde de plomb une combinaison blanchè ' ^ peu soluble dans l’eau. - ' I
L’acide azotique concentré transforme la populine en acides nitro-benzoïoue ^ picrique et oxalique. »
L’acide azotique étendu, d’une densité de 1.30, la transforme en benzohé- ^ berne. L’acide sulfurique forme avec elle une solution rouge foncé de : laquelle l’eau précipite de la rutiline. A chaud, l’acide sulfurique la charbonne. En traitant la populine par un mélange de bichromate et d’acide sulfureux, elle donne de l’hydrure de salicyle en abondance.
Chauffée à 100“ en tubes scellés avec de l’ammoniaque alcoolique, la i populine forme de la salicine, de la benzamide et du benzoate d’éthyle. Chauffée avec de la potasse, elle fournit de l’acide oxalique, lorsqu’on la fait bouillir; soumise à l’action de la chaleur, elle se ramollit vers S5°, mais ne
fond complètement qu’à 100 °.
Avec de l’hydrate de baryum ou de calcium, on obtient de l’acide benzoïque et de la salicine.
En contact avec de l’eau, la caséine en putréfaction et du carbonate de : calcium, la populine se décompose au bout de quelque temps en saligénine, acide lactique et acide benzoïque.
Le chlore, 1 iode et l’émulsine n’ont pas d’action sur la populine.
Les acides étendus et bouillants la transforment en acide benzoïque, salérétine et glucose :
CTFO®+H-0=C'II®0 -j C'H®0^+C®H^^0®.,
. Acide
Populine. Salérétine. benzoïque. Glucose.
Schiff est parvenu à obtenir de la populine par synthèse.
Extraction. — Premier procédé. — On se sert des feuilles du tremble qui , donnent les meilleurs résultats. On épuise par l’eau bouillante, on précipite la solution chaude par un excès de sous acétate de plomb, et l’on évapore en consistance de sirop la liqueur filtrée; la populine se sépare. On la fait recristalliser dans l’eau bouillante avec un peu de noir animal.
Deuxième procédé: — On précipite la décoction aqueuse de l’écorce par du sous-acétate de plomb, on filtre et l’on précipite le plomb par l’acidesulfhydrique après avoir fait bouillir avec du charbon animal. On concentre pour faire cristalliser la salicine. L’eau mère traitée par du carbonate de potasse fournit un précipité blanc qui, dissous dans l’eau bouillante, cristal" lise par le refroidissement.
Troisième procédé. — Après avoir précipité la décoction aqueuse des feuilles par le sous-acétate de plomb, on filtre et on précipite le plomb par l’acide carbonique. Le liquide concentré en sirop fournit de la populine cristallisée.
PROPHÉTINE.
La substance amère du Cucumis prophetanan contient un glucoside qu’on a nommé prophétine. Il a été découvert par Winckler et étudié par Walz.
QUERCITRIN.
Le quercitrin a été découvert par Clievreul. Il existe dans l’écorce du quercitron [Quercus tinctoria). Rochleder et Kawalier en ont retiré des fleurs du marronnier. Stein l’a rencontré dans les bourgeons floraux non développés du Sophora japonica ; on l’obtient des bourgeons floraux du Capparis spinosa. Ce corps a été l’objet de nombreuses études. Parmi les savants qui se sont occupés spécialement de lui, nous citerons : Bolley, Rigaut, Hlasiwetz, ; Zwenger et Droncke, Pfaunder, Stenhouse, Rochleder et Kawalier.
Propriétés chimiques et physiques. — Le quercitrin cristallise en tables ; microscopiques rectangulaires et rhombiques ayant des troncatures sur les < angles obtus. Les cristaux réduits en poudre ont une couleur jaune pâle.
Soumis à l’action de la chaleur, ces cristaux perdent 5.74 p. c. d’eau de cristallisation à 100; vers 165, ils en perdent de nouveau, et la perte totale s’élève à 11.81 p. c. A une température un peu plus élevée, ils fondent et forment une résine jaune foncé qui se solidifie sous forme amorphe.
Chauffé dans une cornue, le quercitrin laisse dégager des vapeurs qui se condensent en forme d’aiguilles jaunes et laissent un résidu de charbon.
Le quercitrin est peu soluble dans l’eau froide ; il est soluble dans 25 parties d’eau bouillante, très soluble dans l’alcool et peu soluble dans l’éther. Il est aisément dissous avec une couleur jaune verdâtre par les alcalis fixes et l’ammoniaque. La solution ammoniacale s’oxyde et brunit à l’air.
L’eau de baryte précipite en roux la solution aqueuse de quercitrin. L’alun y produit une belle couleur jaune. L’acétate de plomb, l’acétate de cuivre, le chloi’ure d’étain y donnent des précipités floconneux jaunes.
Le persulfate de fer colore en vert olive les dissolutions de quercitrin et les précipite peu à peu. Le perchlorure de fer détermine une légère coloration! Le quercitrin est coloré en rouge orange par l’acide nitrique ; il est dissous par l’acide sulfurique concentré.
D’après Rigaut, une solution aqueuse de quercitrin, additionnée d’acide sulfurique et portée à l’ébullition, ne tarde pas à se troubler et laisse déposer, même à chaud, d’abondants flocons d’un jaune plus intense que le quercitrin et presque insolubles dans l’eau bouillante. Le phénomène est très net et s’observe le mieux de la manière suivante : On chauffe ensemble du quercitrin pur et de l’eau contenant 1/10 d’acide sulfurique. Lorsque la température est suffisamment élevée, le quercitrin entre en dissolution, puis tout à coup le liquide devient jaune foncé, puis se trouble et se remplit de flocons de quercétine.
Le liquide séparé par filtration de la quercitine, saturé par du carbonate de baryum filtré et concentré, donne un sirop sucré. D’après Zamminer, le sirop peut cristalliser et le sucre du quercitrin est dénué de pouvoir rotatoire.
Il réduit les sels de cuivre alcalins. Suivant Hlasiwetz et Pfaundler, le sirop, évaporé à consistance convenable, dépose de beaux cristaux, ayant la forme de la saccharose. Ces cristaux constituent l’isodulcite, qui est un isomère de la mannite et de la dulcite.
H résulte de ces expériences que le quercitrin se dédouble en isoduleite et en quercétine d’après l’équation :
! Quercitrin. Quercétine. Isoduleite.
; L’acide azotique concentré attaque énergiquement le quercitrin il se forme de l’acide oxalique. Chauffé avec un mélange d’acide sulfurique et de
1 peroxyde de manganèse ou de bichromate de potasse, le quercitrin donne de
I l’acide formique.
Il précipite en brun le nitrate d’argent, mais le précipité se réduit rapide- : ment en donnant de l’argent métallique; il réduit le chlorure d’or immédiaj tement, et les solutions alcalines de cuivre après une longue ébullition, j Extraction. Il existe plusieurs procédés pour extraire le quercitrin. Les plus connus sont les procédés Chevreul, Bolley, Zv\'enger et Droncke.
Procédé Chevreul. — On épuise le quercitron par 10 parties d’eau bouilj lante; on obtient ainsi une liqueur jaune brunâtre, laissant déposer, au bout ! de quelque temps, une substance cristalline qui est le quercitrin.
Procédé Bolley. Bolley cçnseille d’épuiser le quercitron du commerce : par de l’alcool à 84 centécimaux, dans un appareil à déplacement. Le tannin I contenu dans cette liqueur est éliminé par la gélatine. La solution est évaporée I et donne un résidu formé de croûtes cristallines que l’on purifie par plusieurs ' cristallisations dans l’alcool.
, Procédé Zwenger et Droncke. — On épuise le quercitron en poudre par de l’alcool, on concentre et on précipite par l’acétate neutre de plomb, avec addition d un peu d’acide acétique. Le liquide filtré est précipité par l’hydrogène sulfuré, filtré de nouveau et concentré. Les cristaux de quercitrin sont purifiés par des cristallisations dans l’alcool.
QUILLAINE.
i La quillaïne est un glucoside retiré de l’écorce du Quillaja saponaria, de la ; famille des rosacées.
La quillaïne ressemble beaucoup à la saponine. Elle présente les caractères qui distinguent ce principe actif. Pour extraire la quillaïne, on suit un procédé identique à celui employé pour obtenir la saponine.
Action physiologique. — La quillaïne est toxique ; elle détermine la parai, lysie du système nerveux central.
Effets thérapeutiques. — Le docteur Robert, de Strasbourg, a proposé ^ l’écorce du Quillaja saponaria comme substitutif du polygala de Virginie, dans le traitement des maladies de l’appareil respiratoire. Son action comme expectorant paraît être bien établie ; elle facilite l’expulsion des mucosités en les ramollissant. Elle est contre-indiquée quand il y a imminence . de toux, quand il existe des ulcérations de la gorge, du tube gastrointestinal, car dans ce cas, la quillaïne serait absorbée et agirait comme toxique.
Doses. — On emploie la décoction de l’écorce à la dose de 5 grammes pour 200 grammes et on donne 5 grammes toutes les heures pour les adultes et 3 grammes pour les enfants.
j QUINOVINE.
La quinovine a été découverte par Pelletier et Caventou dans le faux quinquina du commerce {China nova). Schwartz l’a aussi retirée des écorces vraies du quinquina. Primitiveinent, elle avait été considérée comme un acide et a porté les noms de chioccoccique, quinovique, quinovatique, amer j de quinquina, quinovine. Les recherches de Hlasiwetz ont établi sa véritable nature. C’est un glucoside qui a été tour à tour étudié par Pelletier et f Caventou,Winckler,Buchner, Petersen, Schnedermann, Rochleder, Schwartz, Hlasiwetz, Oudemans, Liebermann et Giesel.
Propriétés chimiques et physiques. — D’après les recherches de Liebermann et Giesel, la quinovine présente deux modifications, suivant qu’elle est retirée des écorces des Cinchona succinirubra, officinalis et pitatjo, du qu’elle provient des écorces dites cuprea, fournies par la tribu des remijas, voisine des oinchonas. Les deux modifications fournissent les mêmes produits de dédoublement, mais elles possèdent quelques propriétés qui les distinguent entre elles. On les désigne sous les noms de a-quinovine et de l>-quinovine.
A-quinovine. . L’a-quinovine constitue une poudre blanche cristalline, formée d’écailles ou de petites aiguilles, insolubles dans l’eau, à peine solubles dans l’éther, dans la benzine et dans le chloroforme, très solubles dans l’alcool et surtout dans les alcalis ou l’eati de chaux. 100 parties d’alcool à 98" dis-
solvent à 15" plus de 43 parties de quinovine. Par évaporation lente, cette solution se dessèche en une niasse gommeuse, elle est dextrogyre, elle ne réduit pas la liqueur de Fehling et ne fermente pas.
Extraction. — Liebermann et Giesel ont extrait l’a-quinovine de certains résidus de fabrication de la quinine provenant d’une usine où l’on épuise les écorces par l’alcool. La solution alcoolique étant distillée, on ajoute de 1 eau et un acide minéral au résidu, les alcaloïdes entrent en dissolution et l’a-quinovine se précipite dans un état très impur. La masse est mise à macérer à une douce chaleur avec un lait de chaux et le liquide filtré est précipité par l’acide chlorhydrique. Le dépôt lavé et séché cède à l’alcool froid la quinovine tandis qu’une petite quantité d’acide quinovique reste insoluble, ün ajoute de l’eau à la solution alcoolique de manière à la rendre trouble et on l’abandonne à elle-même ; la quinovine se dépose à la longue et est purifiée par une cristallisation dans l’alcool, faible.
Douze kilogrammes d’écorce ont fourni ainsi 7 grammes de quinovine pour le G. succinirubra, 13 grammes pour le G. officinalis et 16 grammes pour le G. pitayo.
La b-quinovine cristallise dans l’alcool faible en lamelles incolores ; elle se dissout très facilement avec élévation de température dans l’alcool absolu, mais au bout de quelque temps, la liqueur laisse déposer de beaux prismes rhombiques brillants, qui constituent une combinaison de 5 molécules d’alcool et de 1 molécule de ^-quinovine. Il ne reste que fort peu de substance en dissolution. Les cristaux se ternissent à fair en perdant de l’alcool et deviennent opaques.
Soumis à l’action de la chaleur, ils fondent vers 70-80", perdent leur alcool, se solidifient de nouveau vers 120" et ne fondent-définitivement que vers 235" en se décomposant.
La ù-quinovine broyée avec de l’acide sulfurique donne une solution jaune qui se colore à l’air en rouge ; elle est dextrogyre.
Extraction. — La solution alcoolique obtenue comme il a été dit pour l’extraction de l’a-quinovine ne cristallise pas lorsqu’on a employé l’écorce dite cuprea; mais si l’on y ajoute à chaud de l’ammoniaque, le tout se prend en une masse de fines aiguilles d’un sel ammoniacal. Ce sel est décomposé par l’acide acétique, dissous dans l’alcool, traité une deuxième fois par l’ammoniaque et après un nouveau lavage à l’acide acétique, redissous dans l’alcool. La solution étendue d’eau laisse alors déposer des cristaux de ù-quinovine.
Produits de dédoublement des quinovines a et b. — Sous l’influence des acides étendus, les' deux quinovines se dédoublent en acide quinovique et en une matière sucrée particulière, la quinovite d’après l’équation suivante : L’acide quinovique
se présente sous la forme d’une poudre d’un blanc éclatant cristalline et légère; il est sans saveur. Il est insoluble dans l’eau, fort peu soluble dans l’alcool froid, plus soluble dans l’alcool bouillant ; il se dissout dans l’ammoniaque et les alcalis étendus. Ses sels incristallisables sont difficiles à purifier. Une température de 300" le dédouble en gaz carbonique et en acide pyroquinovique. La quinovite est une matière épaisse, vitreuse, incristallisable et très hygroscopique; sa saveur est amère; elle réduit la liqueur de Fehling, mais elle ne fermente pas, même après l’action des acides.
RHINANTHINE.
La découverte de la rhinanthine est due à Ludwig. Ce glucoside est retiré des graines de la crête-de-coq, Alectrolophus hirsutus, de la famille des rhinantacées.
Propriétés chimiques et physiques. — La rhinantine cristallise en prismes ■incolores réunis en étoiles. Elle est neutre au papier de tournesol. Sa saveur est d’une amertume douceâtre. Elle est soluble dans l’eau et dans l’alcool. Sa , solution aqueuse ne précipite pas le sous-acétate de plomb. Sous l’influence de J’acide azotique, la rhinanthine se colore rapidement en brun foncé. Chauffée
, en solution alcoolique avec, une petite quantité d’acide chlorhydrique ou sul- ; urique, elle se dédouble en sucre et en une nouvelle substance, la rhinan- ; I hogine incristailisable, insoluble dans l’eau, de couleur brune et colorant 1 alcool en vert bleuâtre.
ROBININE.
Les fleurs do robinier, Robinta pseuio-aeacta, de la famille des légumi- Lneuses, renferment un glucoside qui a été décou.ert et étudié par Zwenger et Droncke, ®
I Propriétés chimiques et physiques. - La robinine se présente sous Ibrme , de fines aiguilles soyeuses, jaune de paille, contenant environ 5 molécules : deau de cristallisation.
Soumise à l’action de la chaleur, elle perd son eau d’hydratation à 100°, fond-à 195“ en une masse amorphe et donne à la distillation sèche un liquide I jaune contenant de la quercétine.
La robinine est peu soluble à froid dans l’eau et dans l’alcool. A chaud, elle se dissout aisément dans l’éau bouillante en formant une solution jaune qui se décolore par l’addition d’un acide. L’alcool bouillant la dissout bien, mais la laisse déposer en fines aiguilles ou en grains cristallins. Elle est insoluble dans - l’éthér. Les alcalis et carbonatès alcalins la dissolvent en prenant une couleur jaune d’or ; la solution ammoniacale se colore après quelque temps en brun.
; La robinine réduit, à chaud, la liqueur cupro-potassique, le chlorure d’or I et le nitrate d’argent ; ce dernier sel; lentement et incomplètement. La solu- : tion de robinine n’est précipitée ni par l’acétate neutre de plomb, ni par la plupart des sels métalliques. L’acétate basique de plomb, employé en excès, y produit un précipité.
Les solutions concentrées de robinine prennent une coloration brun foncé en présence du chlorure ferrique. Le chlorure ferreux est sans action sur elles. Par l’action de l’acide azotique concentré, la robinine fournit un peu d’acide oxalique et principalement de l’acide picrique.
Lorsqu’on chauffe la robinine avec l’acide sulfurique ou chlorhydrique î étendu, elle se dédouble en quercétine et en un sucre incristailisable d’une saveur sucrée réduisant le tartrate cupro-potassique, mais ne fermentant pas. Zvvenger et Droncke représentent ce dédoublement par l’équation suivante
Robinine. Quercétine. Sucre.
L’émulsine ne peut pas opérer ce dédoublement.
Extraetion. — On fait bouillir les feuilles fraîches avec de l’eau, on décante, on exprime et on épuise une nouvelle quantité de fleurs avec le liquide de la première coction. Quand on a répété cette opération six à huit ! fois, on évapore les liqueurs à consistance sirupeuse et on fait bouillir le résidu à plusieurs reprises avec de l’alcool. L’alcool est distillé et le résidu abandonné pendant quelque temps. Il se sépare alors une matière cristalline qu on comprime entre les doubles de papier qu’on lave à l’alcool froid et' qu’on dissout dans l’eau bouillante. On ajoute de l’acétate de plomb qui précipite les matières étrangères; on filtre et on débarrasse le liquide filtré par l’hydrogène sulfuré du plomb qu’il contient. Après une nouvelle filtration, la robinine se dépose en cristaux jaunâtres qu’on purifie complètement par plusieurs cristallisations dans l’eau bouillante.
Thérapeutique. — La racine du robinier paraît être tonique à petite dose, émétique et purgative à dose élevée.
Toxicologie. — La robinine est toxique. Le D-" Emery a publié différentes observations d’empoisonnement arrivé chez des enfants qui s’étaient amusés à mâcher et à sucer de l’écorce de la plante. Les symptômes furent plus ou moins graves. Chez tous les enfants, il y eut des vomissements de mucus gluant, mélangé ou non de sang et de la sécheresse de la gorge ; dans les cas les plus graves, jil y avait de la stupeur; Faction du cœur était faible et
inlermittente, les extrémités froides, le pouls imperceptible, les pupilles dilatées, le visage d’une pâleur livide.
RUBIAN.
On désigne sous ce nom le glucoside qui a été isolé par Schunck de la racine de garance.
Propriétés chimiques et physiques. —Le rubian constitue une masse dure, cassante, amorphe, transparente, de couleur jaune foncé. Il possède une saveur très amère. Il se dissout très facilement dans l’eau et l’alcool; il est insoluble dans l’éther. Le sous-acétate de plomb précipite sa solution aqueuse. A froid, l’acide azotique n’a aucune action sur elle; mais à l’ébullition, il se forme de l’acide phtalique avec dégagement de vapeurs rutilantes;
L’acide phosphorique normal et les acides organiques ne modifient pas le rubian, même à l’ébullition.
La soude colore en rouge de sang la solution de rubian. A l’ébullition, cette couleur devient pourpre et les acides précipitent alors un corps rouge orangé, en même temps que la liqueur se colore.
Sous l’influence des alcalis, des acides minéraux dilués et bouillants, ou par l’action d’un ferment, le rubian se dédouble en glucose et alizirine, purpurine, etc.
Extraction. — On fait digérer avec du charbon d’os une décoction chaude de garance. Le charbon est lavé à l’eau froide pour éliminer la chlorogénine, puis épuisé par l’alcool bouillant qui s’empare du rubian. La solution est évaporée à sec et le résidu repris par l’eau est traité une seconde fois, par le noir animal : celui-ci est bouilli avec l’alcool. Le dépôt, décomposé par l’hydrogène sulfuré ou par l’acide sulfurique, cède à l’eau le rubian pur.
RUTINE.
La rutine est un glucoside qui existe dans un grand nombre de plantes. On l’a trouvé dans les parties herbacées de la rue, Ruta graveolens, dans les câpres, bourgeons floraux du Capparis spinosa, dans les bourgeons floraux non développés du Sophora japonica, dans les roses de Provins. Elle a été étudiée par Borntrâger, Zwenger et Droncke, Rochleder et Hlasiwetz, Stem, Filhol, Spiess et Sostmann, Weiss.
Propriétés chimiques et physiques. — La rutine cristallise en fines aiguilles jaune clair; elle est peu soluble à froid dans l’eau et l’alcool; elle se dissout beaucoup mieux à chaud dans ces véhicules. Ses solutions sont jaunes, mais les acides les décolorent.
Soumise à l’action de la chaleur, elle perd de l’eau à dOO» et devient anhydre entre 150 et 160-, elle fond à 190“ et forme par refroidissement une masse résineuse.
Elle ne réduit pas la liqueur de Fehling, mais bien le nitrate d’argent et le chlorure d’or. Elle est colorée en vert foncé par le chlorure ferrique et en rouge brun par le sulfate ferreux.
La rutine se dissout avec une coloration jaune dans les alcalis, et les solutions se foncent à l’air. Une solution alcoolique de chlorure de calcium produit, dans une solution alcoolique de rutine, un précipité vert foncé de composition variable. L’acétate de plomb donne, dans une solution alcoolique de rutine, un précipité orangé,, qui ne devient permanent que lorsqu’on a ajouté un excès de sel de plomb. Ce précipité ne présente pas une composition constante. L’hydrogène naissant développé par l’amalgame de sodium convertit la rutine en paracarthamine.
Par l’ébullition avec les acides minéraux dilués, ou bien avec 1 acide formique, la rutine se dédouble enquercétine et en sucre, et ce dédoublement a lieu, suivant Zwenger et Droncke, d’après l’équation suivante ;
Q25jj280l5 j 3H20 = C^W°0®-l-2C®tl^^0°
Rutine. Quercétine. Sucre.
I La rutine présente une grande analogie avec le quercitrin, mais ne doit pas : être confondue avec lui.
Extraction. — On suit, pour extraire la rutine, le procédé Weiss et : Borntràger ou le procédé Zwenger et Droncke.
i Procédé Weiss et Borntràger. — On fait bouillir les feuilles sèches et ; coupées de la rue avec du vinaigre pendant une demi-heure; on filtre la décoction bouillante et on l’abandonne pendant quelques semaines. La rutine se précipite alors sous la forme de cristaux microscopiques qu’on lave avec I de 1 eau froide et qu on dissout à l’ébullition dans un mélange de 4 parties î d’eau et de 1 partie d’acide acétique; la liqueur filtrée laisse déposer au bout de quelques jours la rutine à l’état cristallisé; on la lave à l’eau froide, on la ! dissout dans six fois son poids d’alcool bouillant, en ajoutant un peu de I charbon animal; on filtre, on mélange la dissolution avec un huitième d’eau,
, on chasse l’alcool par distillation et l’on abandonne le résidu pendant plusieurs jours dans un endroit frais. La cristallisation exige toujours beaucoup de temps et s’effectue d’autant mieux que la liqueur est plus froide.
I Procédé Zwenger et Dronke. — On évapore l’extrait acétique de la plante 1 et Ion abandonne le résidu. La rutine impure se sépare lentement ■ mélangée d’un corps résineux vert. On la purifie d’abord par quelques i cristallisations, puis on la dissout dans l’alcool ; on ajoute un peu d’acide j acétique et de l’acétate neutre de plomb qui précipite quelques impuretés. La solution filtrée, débarrassée du plomb qu’elle contient par fhydrogène sulfuré et évaporée, fournit des cristaux de rutine encore légèrement impure. Pour l’amener à un état de pureté parfaite, on la fait cristalliser dans l’eau et on la traite par l’éther.