‹ Alcaloïdes et glucosidesChapitre 3 sur 23 · ACONITINE · texte numérisé non relu

ACONITINE

Un grand nombre de savants se sont occupés de Faconit.et de son principe ! actif, Faconitine. Parmi eux, il convient de citer spécialement :

Steinacher, en 1808, qui attribué les propriétés actives de l’aconit à un principe volatil ;

Brandes, en 1819, qui retire de l’aconit, ainsi qu’on Fa vu dans l’histoire générale que nous avons faite au commencement de cet ouvrage, une sub- i stance ayant l’aspect d’un extrait et qu’il nomme acohüin; I

liesse, en 1833, qui présente le principe actif comme un alcaloïde volatil, incristallisablé, très vénéneux, qu’il nomme aconitine;

Geiger, Vauquelin, Braconnot, Marson, Planta, Smith, qui donnent une : formule de Faconitine ainsi que son analyse, après l’avoir, au moyen des ! dissolvants, plus ou moins bien purifiée ;

Hottot et Liégeois, qui proposent un nouveau procédé d’extraction ;

Grove, qui paraît avoir obtenu, le premier, Faconitine cristallisée en se servant d’un procédé fort compliqué et ne donnant que des résultats imparfaits;

Enfin, Duquesnel, qui fait connaître une méthode simple et pratique pour isoler le principe actif à l’état cristallin.

On retire Faconitine de diverses espèces d’aconit, mais plus particulière- ; ment de l’aconit napel. UAconitum heierophyllmn, qui croît dans les régions tempérées des parties occidentales de l’Ilimalaya, n’en contient pas, comme i cela résulte des expériences de Broughton, qui lui assigne un alcaloïde par- ' i ticulier parfaitement défini et auquel il attribue les formules C'''Tr^A;s-0^

D autres aconits renferment des bases particulières ; VAconüum ferox, la pseudo-aconitine, VAconüum hjcoctonim, l’acolyctine et les aconits du Japon, la japoconitine. .

^ ' La racine est la partie de la plante qui contient la plus grande quantité

^ • de principe actif. Les feuilles en renferment une bien plus faible proportion,

'M : qui serait notablement diminuée dans les semences, d’après les essais faits à la clinique de Strasbourg. Selon 0. Zinolfsky, elles sont toujours plus riches i que les feuilles et les tiges. Selon Practor, la richesse en aconitine est beaucoup ' plus considérable dans les aconits d’Amérique que dans ceux cultivés en Europe. Les premiers donnent 4.2 d’aconitine pour 1,000, tandis que les seconds ne fournissent que 2 pour la même quantité, i Propriétés chimiques et physiques. — Isolée primitivement par Grove, l’aconitine cristallisée a, grâce aux travaux de Duquesnel en 1871, remplacé l’aconitine impure, la seule connue alors à l’état de poudre amorphe ; et formant des sels incristallisables. C’est une substance incolore, cristallisant ‘ sous la forme de tables rhombiques ou hexagonales par suite de modifications ' qui se produisent principalement sur les angles aigus; elle exige 150 parties d’eau froide pour se dissoudre et 50 parties d’eau chaude seulement; elle est très soluble dans l’alcool, l’éther, la benzine et surtout le chloroforme ;

; elle est insoluble dans la glycérine et les huiles de pétrole lourdes ou I légères.

I Elle dévie à gauche le plan de polarisation.

! Précipitée d’une dissolution saline par un alcali, elle est amorphe, pulvé- ' rulente, blanche et très légère. Sous cet état, elle l’enferme de l’eau d’hydrai tation,qu’elleperd à 100° sans changer d’aspect; chauffée à 85°, elle devient i anhydre; à 120°, elle brunit; à 140", elle se volatilise en se décomposant j en grande partie; sa réaction est faiblement alcaline. En dissolution, elle i ramène au bleu le papier de tournesol rougi par les acides et forme, avec la plupart de ces derniers, des sels qui cristallisent facilement. Le nitrate se ^ distingue particulièrement par cette propriété et le volume de ses cristaux, i Le chlorhydrate forme des prismes à base rhomboïdale, terminés par des i sommets dièdres. Les sels d’aconitine ne sont pas déliquescents, ils se j dissolvent dans l’eau et dans l’alcool, i L’aconitine est instable.

j Les acides étendus et chauds la transforment en apoaconitine et, sous i l’influence des alcalis et de la chaleur, elle se dédouble en acide benzoïque ! et en une nouvelle base, l’aconine.

I L’aconitine se dissout à froid, sans coloration, dans l’acide nitrique; elle fournit avec l’acide sulfurique un liquide jaune qui se colore rapidement en violet rouge ; l’acide phosphorique très concentré la colore, vers 85°, en violet.

Les alcalis caustiques, à l’exception du carbonate d’ammoniaque et du bicarbonate de soude et de potasse, la précipitent de ses combinaisons avec les acides.

Elle n’a pas d’odeur, mais elle possède une amertume et une âcreté persistantes et produit sur la langue un picotement particulier.

Extraction. — Différents procédés ont été indiqués pour isoler l’aconitine.

I Longtemps on a suivi celui proposé par Hottot et que la commission du j Codex avait adopté pour la préparation de cet agent thérapeutique. Le voici : Procédé Hottot. — On fait macérer, pendant huit à dix jours, dans l’alcool à 85°, la racine d’aconit grossièrement pulvérisée. On met à la presse, on filtre le liquide, qu’on distille au bain-marie. On mélange la solution aqueuse avec une suffisante quantité de chaux éteinte. On agite de temps à autre. La solution, filtrée de nouveau et précipitée par un très léger excès d’acide sulfui rique, est évaporée en consistance sirupeuse. On ajoute enfin, au produit de l’évaporation, deux ou trois fois son poids d’eau. On laisse reposer, afin i d’enlever une huile verte solidiflable à 20°, qui vient surnager sur le liquide, j puis on se débarrasse des dernières portions de cette huile en vei’sant le tout j

I sur un filtre mouillé. On ajoute de l’ammoniaque dans la liqueur filtrée et j

j on la porte à l’ébullition pour chasser l’excès d’alcali volatil et rassembler le j

I précipité, qui est recueilli sur un filtre ; enfin, ce précipité est lavé, séché et i

traité par de l’éther pur. On filtre et on abandonne la solution à l’évaporation spontanée. Le résidu est repiûs par de l’acide sulfurique dilué ; ■ on précipite de nouveau par l’ammoniaque, et après avoir porté le tout à l’ébullition, . qu’on continue pendant quelque temps, on recueille le précipité, on le lave i avec soin, on le sèche à l’étuve et on le reprend par l’éther. Ce traitement | est répété trois ou quatre fois. Pour avoir l’aconitine pure, il faut veiller pen- I dant le dernier traitement à ne verser l’ammoniaque que goutte à goutte. , Par ce procédé, 10 kilogrammes de racine d’aconit donnent en moyenne j . 4 à 6 grammes d’aconitine. I

Procédé Duquesnel. — On épuise par l’alcool très concentré de la racine d’aconit napcl convenablement choisie et pulvérisée, en l’additionnant de 1/100 d’acide tartrique.

On distille, à l’abri du contact de l’air et à une température ne dépassant ; ; pas 60", les liqueurs alcooliques, de façon à extraire tout l’alcool ; on reprend : l’extrait par l’eau, pour précipiter toutes les matières grasses et résineuses ^ ; que l’alcool a entraînées.

La solution aqueuse qui renferme toute l’aconitine à létat de tartrate acide est d’abord agitée avec de l’éther, qui enlève des matières colorantes, * ; puis additionnée, jusqu’à cessation d’effervescence, de bicarbonate alcalin, qui met l’alcalo’ide en liberté. Un nouveau traitement par l’éther de cette solution alcâline enlève l’alcalo'ide, qui cristallise par la concentration des liquides éthérés additionnés d’éther ou de pétrole (essence de pétrole ; ^ légère).

Procédé de Wright. — Les procédés d’Hottot et de Duquesnel ne four- ;

nissent pas un produit pur. Pour l’obtenir dans cet état, Wright y a sub- ^

stitué le suivant, qui présente de grandes analogies avec celui de Duquesnel : :

La racine d’aconit napel est épuisée par l’alcool concentré, contenant une ,

petite proportion d’acide tartrique. La liqueur alcoolique est évaporée, et i

; l’extrait est exposé à l’air dans des vases plats, pour éliminer totalement ;

l’alcool. On le reprend ensuite par l’eau, cm sépare par le fdtre la résine ;

précipitée, on enlève à la solution les dernières traces de résine en l’agitant /

avec de l’essence de pétrole et l’on additionne le liquide aqueux de carbonate de potassium en léger excès. L’aconitine se précipite à 1 état impur, elle est reprise par l’éther, qui laisse une petite quantité de substance humique; la solution éthérée étant distillée, la base est transformée en tartrate, précipitée de la solution aqueuse de ce sel par le carbonate de sodium et dissoute une seconde fois dans l’éther ; l’alcaloïde contient encore des corps amorphes dont on ne peut le débarrasser qu’en faisant cristalliser son bromhydrate à plusieurs repi’ises. Finalement, on le met en liberté par le carbonate de sodium, et on le fait cristalliser dans l’éther, auquel on peut-ajouter avec : avantage de l’essence de pétrole. | :

La liqueur acjueu.se dont l’aconitine brute a été séparée par le carbonate , de potassium, contient une base amorphe différente de la picro-aconitine et . qui peut en être précipitée par l’iodomercurate de potassium. Cette base est envisagée par Wright comme un produit d’altération de l’aconitine.

Doses, formides. — L’aconitine pure se prescrit pour l’usage interne à la dose de \ /2 milligramme à 1 milligramme. On pourra augmenter cette dose ; s’il ne se produit pas d’effets toxiques. Pour l’usage externe, on l’administre ;

: sous forme de Uniment, embrocation, pommade, glycérolé, gouttes, etc. , i

Embrocation diaconitine ('Tuknbeell). ;

Aconitine..

Alcool rectifié..

Faites dissoudre ; employez en frictions

1 gramme.

Glyeérolé d’aconitine (Hottot).

Glycérolé d’amidon.4 grammes.

Aconitine.10 centigrammes.

Acide acétique.2 gouttes.

Gouttes d’aconitine.

Aconitine . 1 gramme.

Alcool rectifié.10 grammes.

Faites dissoudre. Ces gouttes sont employées en frictions sur la face ou sur le derrière de l’oreille, ou introduites dans la conduit auditif.

Gi'amdes d’aconitine.

Azotate d’aconitine.5 centigrammes.

I Sirop et poudre de gomme.Q-S.

j Faites s. a. 100 granules argentées.

1 Chaque granule contient 1/2 milligramme d’aconitine.

j Uniment d’aconitine (Turnbeell).

Aconitine.1 gramme.

Huile d’olive.2 —

. Axonge.30 —

Toxicologie. — L’aconitine est un poison d’une violence extraordinaire. Un milligramme tue un chien. La dose nécessaire pour causer la mort chez l’homme doit être-très faible. Le D'' Anatole Geneuil a éprouvé des accidents I après avoir absorbé dans la journée trois granules d’aconitine cristallisée de 1/5 de nûlligramme chacun. Gubler a vu un malade perdre connais- ; sance après avoir pris en seize heures 1 1/2 milligramme d’aconitine. Le D'' Golding Bird a rapporté un cas d’em.poisonnement par 2 1/2 grains d’aconitine.

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