VI.— L'ACTION MORALE
Par tous ces moyens sera facilitée l’action morale de l'officier.
Pour que cette action soit fructueuse, il faut que l’officier ait une compréhension très vive de son devoir social et en particulier, au point de vue de l'alcoolisme, il faut que sa conviction soil forte et réfléchie. Qu'il soit luimême abstinent de spiritueux, car si les hommes le ren-
contrent savourant les joies de l'apéritif, comment pourra-t-il prendre sur lui de leur dire : abslenez-vous de l'alcool ?
L'éducation antialcoolique de l'officier (1) est la première réforme à entreprendre, car plus d’un pourrait méditer avec fruit la brochure de M. Cosre intitulée : « Aux insouciants qui s’alcoolisent sansle savoir. »
Ce sacrifice accompli, le rôle d'instructeur de l'officier devra se doubler d’un rôle d’éducateur : qu’il pénètre le caractère individuel de ses hommes, gagne leur confiance, leur montre tout Le bien qu'il veut leur faire, leur enseigne le respect de soi-même. J'entends bien l’objection : l’officier n'est pas un prédicant : « Non, l'officier «n’est pasun prédicant. Mais il est un citoyen, et il doit «combattre, pour sa part de citoyen, un mal qui détruit «et ronge la cité. Il est un homme, et il doit combattre « pour sa part d'homme, prendre soin de la conduite et «des mœurs de ces jeunes gens qui lui sont confiés. C’est « évidemment une conceplion du rôle de l'officier qui ne «ressemble pas à celle que l’on s’en faisait il y a 30 ans. « Mais l’état social a changé, l’armée a changé. Ce ne sont «plus les mêmes soldats; ce ne doivent plus être les «mêmes chefs. »
C’est ainsi que la lutte antialcoolique doit être comprise dans l’armée, — et beaucoup d'officiers en ont cette conception ; — il faut que la caserne continue l’œuvre de l’école, qu'elle préserve de l'alcool ceux qui en
(1) En 1899, sur l'initiative de l’Union française antialcoolique, des conférences ont été faites à Saint-Cyr, elles ont compté parmi lescours officiels du programme et ont été suivies d’interrogations sur le sujet traité. (CF, Rapport du Dr Borssier à l’Assemblée générale du Havre, in Alcool, décembre
sont indemnes, qu'elle réveille chez ceux qui ont succombhé à l'attrait du poison. le souvenir des leçons entendues. Ainsi sera continuée par l'armée ce mouvement d'opinion commencé par l’école, sans lequel il n’y aura pas de réformes sérieuses en matière d'alcoolisme. Et ayant ainsi compris son rôle, l'officier, humble ouvrier de la Réforme sociale, aura reconquis la place que devraient lui assurer dans la société son savoir et son désintéressement,